TaqatHy propulse l’Algérie dans l’hydrogène vert

L’Algérie franchit une étape décisive dans sa transition énergétique avec le projet TaqatHy, dédié à l’hydrogène vert. Une étude récente menée par l’institut allemand Fraunhofer-Gesellschaft, spécialisé dans la recherche appliquée, confirme le potentiel du pays pour devenir un acteur clé de cette filière émergente. Selon le portail algérien des énergies renouvelables, qui relaie les conclusions de l’étude, l’Algérie dispose d’atouts majeurs : un ensoleillement parmi les plus élevés au monde, des infrastructures gazières existantes et une position géographique stratégique pour l’export vers l’Europe.

TaqatHy, lancé en 2023 par le ministère de la Transition énergétique et des Énergies renouvelables en partenariat avec des acteurs internationaux, vise à produire de l’hydrogène vert à grande échelle. Le projet s’appuie sur des électrolyseurs alimentés par des centrales solaires, une technologie qui permet de scinder l’eau en hydrogène et oxygène sans émission de CO₂. D’après les estimations du Fraunhofer-Gesellschaft, l’Algérie pourrait produire jusqu’à 50 térawattheures (TWh) d’hydrogène vert par an d’ici 2030, soit l’équivalent de la consommation annuelle d’électricité de la Belgique.

Des partenariats pour accélérer la production

Le projet TaqatHy ne se limite pas à une étude théorique. Des accords concrets ont déjà été signés pour concrétiser cette ambition. En mai 2023, lors d’une visite officielle du Premier ministre portugais António Costa à Alger, plusieurs mémorandums d’entente ont été paraphés entre des entreprises algériennes et portugaises. Parmi eux, un partenariat entre Sonatrach et la société portugaise Galp Energia pour développer des projets d’hydrogène vert en Algérie. Selon Anadolu Ajansı, qui a couvert l’événement, ces accords prévoient des investissements dans des infrastructures de production et de transport, ainsi que des échanges de savoir-faire technologique.

L’Allemagne, déjà engagée dans une stratégie nationale pour l’hydrogène vert, montre également un vif intérêt pour le projet TaqatHy. Le ministre allemand de l’Économie et de la Protection du climat, Robert Habeck, a évoqué lors d’une conférence en 2024 la possibilité de financer des projets pilotes en Algérie. « L’Algérie a un potentiel énorme pour devenir un fournisseur clé d’hydrogène vert pour l’Europe », avait-il déclaré, cité par le quotidien El Watan. Ces déclarations s’inscrivent dans le cadre du partenariat énergétique germano-algérien, qui inclut des discussions sur des corridors d’exportation via des pipelines existants ou de nouveaux gazoducs dédiés.

Un écosystème en construction

Pour transformer ce potentiel en réalité, l’Algérie mise sur la formation et l’innovation. Le ministère de la Formation et de l’Enseignement professionnels a lancé en 2024 un programme spécialisé dans les énergies renouvelables et l’hydrogène vert, en collaboration avec des universités allemandes et françaises. Selon Horizons, le quotidien national, ce programme vise à former 5 000 techniciens et ingénieurs d’ici 2027, afin de répondre aux besoins des futurs projets industriels.

Par ailleurs, des start-up algériennes commencent à émerger dans ce secteur. La société Nour Energy, basée à Oran, développe des solutions pour optimiser la production d’hydrogène vert à partir d’énergies solaires. Son fondateur, Amine Boudghène, a expliqué lors d’un forum sur les énergies renouvelables en 2025 que « l’Algérie peut devenir un hub régional pour l’hydrogène vert, à condition d’investir dans la recherche et le développement ». Nour Energy a d’ailleurs signé un accord avec l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumediene (USTHB) pour tester des prototypes d’électrolyseurs adaptés aux conditions climatiques locales.

Défis logistiques et économiques

Malgré ces avancées, le projet TaqatHy doit surmonter plusieurs obstacles. Le premier concerne le coût de production de l’hydrogène vert, encore élevé par rapport aux énergies fossiles. Selon une analyse publiée dans Nature en mai 2025, les pays du Sud, dont l’Algérie, doivent investir massivement dans des infrastructures de production et de stockage pour réduire ces coûts. Le gouvernement algérien a annoncé en 2024 un fonds de 10 milliards de dollars pour soutenir les projets d’énergies renouvelables, mais les experts estiment que des financements supplémentaires seront nécessaires.

Un autre défi réside dans le transport de l’hydrogène vert vers les marchés européens. L’Algérie dispose déjà d’un réseau de gazoducs, comme le Medgaz et le Galsi, qui pourraient être adaptés pour transporter de l’hydrogène. Cependant, cette conversion nécessite des investissements lourds et des études techniques approfondies. Selon une étude publiée par OpenEdition Journals en 2023, les infrastructures maritimes et portuaires algériennes devront également être modernisées pour faciliter les exportations par bateau, notamment vers des pays comme l’Italie ou l’Espagne.

Une opportunité pour diversifier l’économie

Le développement de l’hydrogène vert s’inscrit dans la stratégie algérienne de diversification économique, longtemps dépendante des hydrocarbures. Le président Abdelmadjid Tebboune a souligné à plusieurs reprises l’importance de ce secteur pour créer des emplois et attirer des investissements étrangers. Lors d’une allocution en décembre 2024, il a déclaré que « l’Algérie ne doit pas rater le train de la transition énergétique », citant l’hydrogène vert comme une priorité nationale.

Les retombées économiques pourraient être significatives. Selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) publié en 2025, la filière de l’hydrogène vert pourrait générer jusqu’à 200 000 emplois en Algérie d’ici 2040, notamment dans les régions du Sud, où les projets solaires sont les plus prometteurs. Des wilayas comme Adrar, Tamanrasset et Ouargla sont déjà identifiées comme des zones pilotes pour les premières centrales d’hydrogène vert.

Vers une intégration régionale

L’Algérie ne compte pas agir seule. Le projet TaqatHy s’inscrit dans une dynamique régionale, avec des partenariats en cours avec des pays voisins comme la Tunisie et le Maroc. En juin 2025, une conférence sur les énergies renouvelables à Tunis a réuni des représentants des trois pays pour discuter d’une feuille de route commune sur l’hydrogène vert. Selon African Manager, qui a couvert l’événement, l’objectif est de créer un marché régional de l’hydrogène, avec des infrastructures partagées et des normes communes.

Cette collaboration pourrait positionner l’Afrique du Nord comme un acteur incontournable de la transition énergétique mondiale. L’Algérie, avec ses ressources solaires et ses infrastructures, a une carte majeure à jouer. Comme l’a résumé un expert du secteur énergétique algérien, cité par El Moudjahid en 2025 : « L’hydrogène vert n’est pas seulement une opportunité économique, c’est une chance pour l’Algérie de redéfinir son rôle sur la scène internationale. »

Laisser un commentaire