Cette semaine, l’Algérie a lancé une initiative visant à renforcer les liens avec sa diaspora à travers une manifestation entrepreneuriale d’envergure. Intitulée « 72 heures d’entrepreneuriat », cette opération a enregistré une participation massive des membres de la communauté algérienne établie à l’étranger. Selon la Radio algérienne, l’événement a permis de mettre en lumière des projets concrets portés par des Algériens de la diaspora souhaitant investir dans leur pays d’origine.
L’événement, qui s’est tenu récemment, a rassemblé des entrepreneurs, des investisseurs et des représentants d’institutions publiques algériennes. Parmi les participants, on comptait des figures de la diaspora algérienne en Europe, en Amérique du Nord et dans les pays du Golfe. La manifestation a été organisée en collaboration avec plusieurs ministères, dont celui de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises, ainsi que l’Agence nationale de développement de l’investissement (ANDI).
Selon les organisateurs, l’objectif principal était de faciliter les échanges entre les membres de la diaspora et les acteurs locaux, tout en offrant un cadre propice à la concrétisation de projets innovants. Plusieurs ateliers thématiques ont été proposés, couvrant des secteurs variés comme les technologies de l’information, l’agriculture intelligente, les énergies renouvelables et l’industrie pharmaceutique. Ces sessions ont permis aux participants de présenter leurs idées, d’obtenir des conseils juridiques et fiscaux, et de rencontrer des partenaires potentiels en Algérie.
Un des moments forts de la manifestation a été la signature de plusieurs accords de partenariat entre des entrepreneurs de la diaspora et des entreprises algériennes. Parmi les projets retenus, on note la création d’une plateforme de e-commerce destinée à promouvoir les produits algériens à l’international, ainsi qu’un incubateur de start-up spécialisé dans les solutions numériques pour l’agriculture. Ces initiatives s’inscrivent dans la stratégie du gouvernement algérien visant à diversifier l’économie et à attirer les compétences et les capitaux de la diaspora.
Le ministre de l’Économie de la connaissance, Yacine Oualid, a souligné l’importance de cette mobilisation lors d’une intervention devant les participants. « La diaspora algérienne représente un levier essentiel pour le développement économique du pays. Ses membres possèdent des compétences, des réseaux et des ressources financières qui peuvent contribuer à la modernisation de notre tissu industriel et à la création d’emplois », a-t-il déclaré. Il a également annoncé la mise en place d’un guichet unique dédié aux investisseurs de la diaspora, afin de simplifier les démarches administratives et fiscales.
Cette initiative s’ajoute à d’autres mesures récentes destinées à encourager le retour des compétences et des investissements de la diaspora. En 2024, le gouvernement avait déjà lancé un programme de facilitation des visas pour les Algériens résidant à l’étranger, ainsi qu’une série d’incitations fiscales pour les projets portés par des membres de la diaspora. Selon l’ANDI, ces dispositifs ont permis d’attirer plus de 500 millions de dollars d’investissements en 2025, principalement dans les secteurs des technologies et des énergies renouvelables.
Cependant, certains défis persistent. Des participants à la manifestation ont évoqué des difficultés liées à la bureaucratie et à la lenteur des procédures administratives en Algérie. « Nous avons des idées et des moyens, mais il faut que les institutions locales soient plus réactives. Certains projets mettent des mois, voire des années, à se concrétiser à cause des lourdeurs administratives », a confié un entrepreneur basé en France. Pour répondre à ces préoccupations, le gouvernement a promis d’accélérer la digitalisation des services publics et de renforcer les capacités des structures d’accompagnement des investisseurs.
La manifestation « 72 heures d’entrepreneuriat » a également été l’occasion de mettre en avant des success stories d’entrepreneurs de la diaspora ayant réussi à s’implanter en Algérie. Parmi eux, on trouve Samir Bouaouina, un Algérien résidant au Canada qui a lancé une entreprise de production de panneaux solaires à Sétif. Son projet, soutenu par des fonds canadiens et algériens, emploie aujourd’hui plus de 200 personnes et exporte une partie de sa production vers l’Afrique subsaharienne.
Les organisateurs ont annoncé que cette première édition serait suivie d’autres initiatives similaires dans différentes villes algériennes, ainsi qu’à l’étranger, notamment en France, au Canada et aux Émirats arabes unis. L’objectif est de créer un réseau permanent d’entrepreneurs de la diaspora, capable de mobiliser des ressources et des expertises au service du développement économique de l’Algérie.
Pour les observateurs, cette mobilisation de la diaspora s’inscrit dans une dynamique plus large de réconciliation entre l’Algérie et sa communauté à l’étranger. Depuis quelques années, les autorités algériennes multiplient les gestes en direction de la diaspora, qu’il s’agisse de facilités administratives, de reconnaissances symboliques ou d’invitations à participer aux grands projets nationaux. Cette approche semble porter ses fruits, comme en témoigne l’augmentation des investissements et des transferts de fonds en provenance de la diaspora, qui ont atteint un record de 2,5 milliards de dollars en 2025, selon la Banque d’Algérie.
Reste à voir si cette dynamique pourra se maintenir dans la durée. Pour les entrepreneurs de la diaspora, le succès de leurs projets dépendra en grande partie de la stabilité du cadre juridique et économique en Algérie, ainsi que de la capacité des institutions à accompagner leurs initiatives. Dans un contexte marqué par des tensions géopolitiques et des défis économiques mondiaux, la mobilisation de la diaspora pourrait représenter un atout majeur pour l’Algérie, à condition que les efforts engagés soient poursuivis et amplifiés.