Selon Le Monde.fr, les violences lors des accouchements en Algérie trouvent deux explications majeures : l’ancrage de traditions médicales autoritaires et le déficit de formation des sages-femmes. Publié en octobre 2019, l’article met en lumière des pratiques encore répandues dans les maternités algériennes, où les femmes subissent des gestes brutaux, des humiliations ou des actes médicaux non consentis.
Des pratiques héritées d’un système rigide
Le Dr. Nadia Chouitem, gynécologue-obstétricienne à l’hôpital Mustapha Pacha d’Alger, reconnaît que ces pratiques persistent en raison d’un « héritage colonial et d’une formation médicale centrée sur la technique plutôt que sur l’humain ». Les protocoles hospitaliers, conçus pour optimiser les flux de patientes, laissent peu de place à l’écoute ou à la personnalisation des soins.
Le rôle clé des sages-femmes
Le ministère de la Santé algérien a lancé en 2018 un plan de modernisation des écoles de sages-femmes, incluant des modules sur les droits des patientes et les techniques d’accouchement respectueuses. Pourtant, les résultats tardent à se concrétiser. Les effectifs restent insuffisants – avec seulement 3 500 sages-femmes pour 1,2 million de naissances annuelles – et les conditions de travail, précaires, alimentent un climat de tension.
Un enjeu de santé publique et de droits humains
Des associations comme El Irada ou Femmes Algériennes pour un Développement Durable (FADD) militent pour une réforme en profondeur. Elles réclament l’intégration systématique du consentement éclairé dans les protocoles, la formation continue des soignants et la création d’un observatoire des violences gynécologiques et obstétricales.
Vers un changement progressif ?
Cependant, ces expériences restent marginales. Le défi est de taille : il s’agit de transformer une culture médicale ancrée depuis des décennies, tout en répondant aux urgences sanitaires. Le ministère de la Santé a annoncé en 2023 un renforcement des programmes de formation, mais sans calendrier précis ni moyens supplémentaires alloués.
En attendant, les femmes algériennes continuent de subir, en silence, des violences qui devraient appartenir au passé. La question n’est plus de savoir si le changement est nécessaire, mais comment l’accélérer.