Le 11 août 2020, le tribunal de Sidi M’hamed à Alger a condamné le journaliste Khaled Drareni à trois ans de prison ferme, une décision qui a provoqué une onde de choc dans les milieux médiatiques et associatifs. Fondateur du site Casbah Tribune et correspondant de TV5 Monde et Reporters sans frontières (RSF), Drareni était poursuivi pour « incitation à attroupement non armé » et « atteinte à l’unité nationale ». Cette condamnation, confirmée en appel le 15 septembre 2020 avec une peine réduite à deux ans, a relancé les discussions sur la liberté de la presse en Algérie, déjà fragilisée par des années de restrictions.
Une arrestation dans le sillage du Hirak
Le procès en première instance a été marqué par des irrégularités, selon ses avocats. Me Mustapha Bouchachi, l’un de ses défenseurs, a dénoncé un « déni de justice », pointant du doigt des preuves jugées insuffisantes et des témoignages contradictoires. Malgré les appels à sa libération, y compris de la part d’organisations internationales comme l’ONU et l’Union européenne, la justice algérienne a maintenu sa condamnation.
La presse algérienne sous pression
Les médias privés algériens, déjà confrontés à des difficultés financières, subissent également des pressions administratives. Plusieurs titres, comme El Khabar et El Watan, ont vu leurs tirages bloqués ou leurs sites censurés à plusieurs reprises. En 2023, le Conseil supérieur de l’éthique et de la déontologie journalistique (CSEDJ), créé par le gouvernement, a été critiqué pour son rôle dans la régulation des contenus, certains y voyant un outil de contrôle plutôt qu’un garant de la déontologie.
Réactions internationales et mobilisation locale
En Algérie, des collectifs de journalistes et d’activistes ont organisé des sit-in devant le tribunal de Sidi M’hamed et devant le siège de la télévision publique à Alger. Le mouvement Nabni et l’association Rachad ont publié des communiqués exigeant la fin des poursuites contre les professionnels des médias. Sur les réseaux sociaux, le hashtag #FreeKhaledDrareni a été largement partagé, avec des messages de soutien de personnalités comme l’écrivain Kamel Daoud et le militant Karim Tabbou.
Un cadre juridique contesté
Le Syndicat national des journalistes (SNJ) a dénoncé ces dispositions, les qualifiant de « régressives ». Dans un rapport publié en 2022, le SNJ a recensé 147 cas de violations contre des journalistes, allant des arrestations arbitraires aux pressions économiques. Le syndicat a appelé à une révision urgente de ces lois pour les aligner sur les standards internationaux en matière de liberté d’expression.
Un avenir incertain pour le journalisme indépendant
La libération conditionnelle de Khaled Drareni en février 2021, après neuf mois de détention, avait été perçue comme un signe d’apaisement. Pourtant, les poursuites contre d’autres journalistes et la persistance des restrictions légales montrent que les défis restent entiers. Pour beaucoup, la question n’est plus seulement celle de la liberté de la presse, mais celle de la survie même du journalisme indépendant en Algérie.
Les prochains mois seront décisifs. Les observateurs attendent de voir si les autorités engageront un dialogue avec les professionnels des médias ou si elles maintiendront une ligne répressive. Une chose est sûre : l’affaire Drareni a marqué un tournant, révélant les tensions entre le pouvoir et une profession déterminée à informer malgré les obstacles.