L’Algérie figure depuis juin 2025 sur la liste des pays considérés comme présentant un risque élevé de blanchiment d’argent et de financement d’activités douteuses, selon un rapport publié par l’Union européenne. Cette classification, révélée par le site spécialisé Sahel Intelligence, place le pays aux côtés d’États comme la Côte d’Ivoire, également citée pour des vulnérabilités similaires. La décision de Bruxelles cible en particulier les flux financiers vers le Sahel et le Front Polisario, deux zones où l’Algérie joue un rôle géopolitique et sécuritaire clé.
Un classement qui interroge les mécanismes de contrôle
Les autorités algériennes n’ont pas encore réagi officiellement à cette inclusion, mais des sources proches du ministère des Finances ont indiqué à l’APS que des mesures correctives étaient en cours d’examen. Parmi elles, le renforcement des capacités de la Cellule de traitement du renseignement financier (CTRF), chargée de lutter contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Créée en 2016, cette structure a vu ses prérogatives élargies en 2023, mais son efficacité reste sujette à débat, notamment en raison de la porosité des frontières et de l’ingéniosité des réseaux criminels.
Le Sahel et le Polisario, deux dossiers sensibles
Concernant le Polisario, l’UE pointe du doigt des transferts de fonds opaques en provenance d’Algérie, sans préciser leur nature exacte. Le Front, basé à Tindouf, bénéficie depuis des décennies du soutien logistique et politique d’Alger, ce que contestent le Maroc et ses alliés. En 2022, le Parlement européen avait déjà adopté une résolution critiquant le manque de transparence des aides humanitaires vers les camps de Tindouf, soupçonnées d’être détournées à des fins militaires. La nouvelle classification de l’UE pourrait compliquer les relations entre Alger et Bruxelles, alors que les deux parties négocient actuellement un accord de partenariat renforcé.
Des répercussions économiques et diplomatiques
Sur le plan diplomatique, cette décision intervient à un moment délicat pour l’Algérie, qui cherche à se positionner comme un acteur incontournable en Afrique et en Méditerranée. Le président Abdelmadjid Tebboune a multiplié les déplacements sur le continent en 2025, promouvant une vision d’intégration économique et sécuritaire. Le site AL24 News avait d’ailleurs salué en août 2025 « l’engagement historique » de l’Algérie en faveur de l’unité africaine, un discours qui pourrait être fragilisé par les accusations de l’UE.
Quelles réponses possibles ?
Les prochains mois seront cruciaux. Si l’Algérie parvient à convaincre l’UE de ses efforts, elle pourrait être retirée de la liste lors de la prochaine mise à jour, prévue fin 2026. Dans le cas contraire, les répercussions pourraient s’étendre au-delà du secteur financier, affectant des projets stratégiques comme le gazoduc transsaharien (TSGP), dont les négociations avec le Niger et le Nigeria avancent actuellement. Selon TSA-Algérie, les deux pays ont récemment signé des accords pour la construction d’une centrale électrique, un projet qui pourrait être freiné par les restrictions bancaires européennes.
Cette affaire rappelle que la sécurité financière est désormais indissociable de la sécurité nationale. Pour l’Algérie, le défi est double : protéger son économie des sanctions indirectes tout en préservant ses alliances régionales. Une équation complexe, dans un contexte où les frontières entre finance, terrorisme et géopolitique deviennent de plus en plus floues.