Le Salon Investir en Algérie 2026, annoncé pour février 2026 par le ministère de l’Économie de la Connaissance et des Start-up, marque une étape dans la stratégie algérienne pour attirer les capitaux des Algériens résidant à l’étranger. Selon دزاير توب, cet événement vise à positionner l’Algérie comme une destination crédible d’investissement, avec un accent particulier sur le tourisme et les secteurs innovants. Une initiative qui intervient dans un contexte où les transferts financiers des MRE (Marocains résidant à l’étranger) et des Tunisiens de l’étranger dépassent largement ceux des Algériens, malgré un potentiel estimé à plus de 5 millions de ressortissants.
Un salon pour capter l’épargne des expatriés
Le Salon Investir en Algérie 2026 s’inscrit dans une logique de diversification économique, alors que le pays cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures. D’après les organisateurs cités par دزاير توب, l’objectif est de convaincre les Algériens de l’étranger d’investir dans des projets concrets, notamment dans le tourisme, l’agroalimentaire et les technologies. Le choix de ces secteurs n’est pas anodin : le tourisme, en particulier, a enregistré une croissance de 30 % en 2024, selon les chiffres du ministère du Tourisme, avec une fréquentation en hausse de 1,2 million de visiteurs étrangers.
Pour attirer les investisseurs, le gouvernement mise sur des incitations fiscales et des facilités administratives. Le ministre de l’Économie de la Connaissance, Yacine Oualid, a récemment déclaré que les projets portés par des Algériens de l’étranger bénéficieraient d’un accompagnement personnalisé, incluant des exonérations partielles d’impôts et des procédures accélérées. Une mesure qui rappelle les dispositifs mis en place par le Maroc et la Tunisie pour leurs diasporas respectives, avec des résultats tangibles : en 2023, les investissements des Marocains de l’étranger ont atteint 1,8 milliard de dollars, selon Bank Al-Maghrib.
Les freins persistants à l’investissement
Malgré ces annonces, plusieurs obstacles subsistent. D’abord, la méfiance historique des Algériens de l’étranger envers les institutions locales. Un rapport de la Banque mondiale publié en 2023 soulignait que seulement 12 % des transferts financiers des Algériens expatriés étaient orientés vers l’investissement productif, contre 45 % pour les Marocains et 38 % pour les Tunisiens. Les raisons invoquées incluent la complexité des démarches, la lenteur des administrations et le manque de transparence dans la gestion des projets.
Ensuite, la question du change reste un sujet sensible. Le dinar algérien, soumis à des restrictions strictes, limite les possibilités de rapatriement des bénéfices pour les investisseurs étrangers. Un entrepreneur algérien basé en France, cité par TSA, explique : « On nous demande d’investir, mais comment rapatrier nos gains si le dinar est surévalué et les transferts bloqués ? » Cette problématique a été partiellement adressée en 2024 avec l’assouplissement des règles pour les investisseurs étrangers, mais les mesures restent jugées insuffisantes par les acteurs économiques.
Le tourisme, fer de lance de la stratégie
Le secteur du tourisme est présenté comme le principal levier pour attirer les capitaux des expatriés. L’Algérie dispose d’atouts indéniables : 1 200 km de côtes, des sites historiques classés à l’UNESCO comme Timgad ou la Casbah d’Alger, et un patrimoine culturel diversifié. Pourtant, le pays ne capte que 0,5 % des flux touristiques méditerranéens, selon l’Organisation mondiale du tourisme (OMT). En comparaison, la Tunisie attire 9 millions de visiteurs par an et le Maroc 13 millions.
Pour inverser la tendance, le gouvernement mise sur des projets phares comme la station balnéaire de Sidi Fredj, près d’Alger, ou la réhabilitation des sites archéologiques de Djemila et Tipasa. « Les Algériens de l’étranger connaissent ces destinations et pourraient y investir dans des hôtels, des restaurants ou des agences de voyage », estime un responsable du ministère du Tourisme. Une approche qui a fait ses preuves en Turquie, où les Turcs de l’étranger ont massivement investi dans l’immobilier et l’hôtellerie, contribuant à faire d’Antalya une destination majeure.
Comparaison avec les voisins maghrébins
L’Algérie part de loin dans la compétition pour les investissements de sa diaspora. Au Maroc, la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger (MRE) joue un rôle clé dans l’accompagnement des projets, avec des antennes dans plusieurs pays européens. En Tunisie, la Banque tunisienne de solidarité (BTS) propose des prêts à taux zéro pour les Tunisiens de l’étranger souhaitant investir dans leur pays d’origine.
En Algérie, les structures dédiées aux expatriés restent embryonnaires. Le ministère des Affaires étrangères a bien créé en 2022 une direction des Algériens à l’étranger, mais son action se limite pour l’instant à des missions consulaires et culturelles. « Il manque une véritable agence nationale pour coordonner les investissements, comme c’est le cas au Maroc », souligne un économiste interrogé par El Watan. Sans une telle structure, difficile d’imaginer un décollage rapide des flux financiers.
Quelles solutions pour convaincre ?
Pour réussir son pari, l’Algérie devra agir sur plusieurs fronts. D’abord, simplifier les procédures administratives. « Aujourd’hui, monter un projet en Algérie prend en moyenne 18 mois, contre 6 mois en Tunisie et 3 mois au Maroc », révèle une étude de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI). Ensuite, garantir la sécurité juridique des investissements. « Beaucoup d’Algériens de l’étranger ont peur de perdre leur argent à cause de litiges avec des partenaires locaux », explique un avocat spécialisé en droit des affaires.
Enfin, le pays devra améliorer son image à l’international. « L’Algérie est perçue comme un pays difficile pour les affaires, avec une bureaucratie lourde et une corruption endémique », note Transparency International dans son rapport 2024. Pour attirer les investisseurs, il faudra donc non seulement des incitations fiscales, mais aussi des réformes structurelles pour restaurer la confiance.
Le Salon Investir en Algérie 2026 pourrait être un premier pas dans cette direction. Mais sans mesures concrètes pour lever les freins existants, le risque est grand de voir les capitaux des expatriés continuer à fuir vers des destinations plus attractives.