Le rapprochement entre l’Algérie et le Niger s’accélère depuis plusieurs mois, dans un contexte régional marqué par les tensions géopolitiques et les reconfigurations des alliances en Afrique de l’Ouest. Selon APAnews, les deux pays multiplient les échanges diplomatiques et économiques, malgré les contraintes imposées par les puissances occidentales, notamment la France et les États-Unis. Ce mouvement, qui s’inscrit dans une dynamique plus large de rejet des influences extérieures, soulève des questions sur l’équilibre des forces au Sahel et la place de l’Algérie dans cette nouvelle donne.
Une coopération militaire et sécuritaire en expansion
Les récents développements entre Alger et Niamey ne se limitent pas à des déclarations politiques. Des sources proches des ministères de la Défense des deux pays confirment que des discussions avancées sont en cours pour renforcer la coopération militaire. Le général Saïd Chengriha, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), aurait effectué une visite discrète à Niamey en début d’année, selon des informations rapportées par El Khabar. L’objectif : coordonner les efforts contre les groupes armés dans la région du Liptako-Gourma, une zone frontalière entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso, où les attaques jihadistes se multiplient.
Cette collaboration s’appuie sur un accord de défense signé en 2023, qui prévoit des exercices conjoints et un partage de renseignements. Le Niger, qui a rompu ses accords militaires avec la France et les États-Unis après le coup d’État de juillet 2023, cherche désormais des partenaires alternatifs. L’Algérie, qui dispose d’une armée bien équipée et d’une expérience dans la lutte antiterroriste, apparaît comme un allié naturel. « Le Niger a besoin de soutien logistique et de formation, et l’Algérie est prête à répondre à cette demande », affirme un analyste militaire cité par TSA.
Les enjeux économiques derrière le rapprochement
Au-delà de la sécurité, les deux pays misent sur une intégration économique renforcée. Le président nigérien, le général Abdourahamane Tiani, a récemment évoqué la possibilité de relancer le projet de gazoduc transsaharien (NIGAL), qui doit relier les champs gaziers du Nigeria au marché européen via le Niger et l’Algérie. Ce projet, vieux de plusieurs décennies, avait été gelé en raison des instabilités régionales et des réticences des investisseurs. Mais avec la crise énergétique en Europe et la volonté de l’Algérie de diversifier ses partenaires, il pourrait connaître un nouveau souffle.
Selon L’Expression, des discussions techniques sont en cours entre SONATRACH et la Société nigérienne des hydrocarbures (SNH) pour évaluer la faisabilité du projet. « Le gazoduc NIGAL pourrait transformer le Niger en un hub énergétique régional et offrir à l’Algérie une nouvelle voie d’exportation vers l’Europe », explique un expert en énergie cité par le quotidien. Cependant, les défis restent nombreux : financement, sécurité des infrastructures et concurrence des autres projets gaziers en Afrique de l’Ouest.
Les pressions occidentales et les limites du partenariat
Ce rapprochement entre Alger et Niamey ne se fait pas sans susciter des tensions avec les puissances occidentales. La France, qui a perdu une grande partie de son influence au Sahel, voit d’un mauvais œil l’émergence de nouveaux acteurs comme la Russie et la Chine dans la région. Selon l’Institut français des relations internationales (IFRI), Paris considère l’Algérie comme un rival dans sa zone d’influence traditionnelle. « La France craint que l’Algérie ne profite de la situation pour étendre son influence au détriment des intérêts français », note un rapport publié en 2024.
Les États-Unis, de leur côté, ont exprimé leurs réserves sur le rôle croissant de Moscou dans la région. Des rumeurs persistantes, relayées par Epoch Times, évoquent une possible utilisation des ports algériens par la Russie pour contourner les sanctions occidentales. Bien que le gouvernement algérien ait démenti ces allégations, elles alimentent les suspicions des Occidentaux. « L’Algérie doit naviguer avec prudence pour ne pas s’aliéner ses partenaires historiques, tout en répondant aux attentes de ses nouveaux alliés », analyse un diplomate européen cité par Jeune Afrique.
Le Mali et le Burkina Faso dans l’équation
Le rapprochement entre l’Algérie et le Niger s’inscrit dans un mouvement plus large de recomposition des alliances au Sahel. Le Mali et le Burkina Faso, tous deux dirigés par des juntes militaires, ont également renforcé leur coopération avec l’Algérie. Le général Abdourahamane Tiani a effectué une visite officielle à Bamako en octobre 2025, où il a rencontré son homologue malien, le colonel Assimi Goïta. Selon Afrik, cette rencontre avait pour objectif de coordonner les positions des trois pays face aux pressions de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui a imposé des sanctions économiques au Niger et au Mali après les coups d’État.
L’Algérie, qui n’est pas membre de la CEDEAO mais qui entretient des relations étroites avec ces pays, pourrait jouer un rôle de médiateur. « Alger a tout intérêt à ce que la région reste stable, car l’instabilité au Sahel a des répercussions directes sur sa sécurité intérieure », souligne un chercheur en relations internationales cité par Le Matin. Cependant, cette position de médiateur est compliquée par les tensions persistantes entre le Maroc et l’Algérie, qui limitent la marge de manœuvre d’Alger sur la scène régionale.
Les défis internes et externes
Malgré les avancées, le partenariat entre l’Algérie et le Niger reste fragile. Les deux pays doivent composer avec des défis internes importants. Le Niger, en proie à une crise économique et sociale, dépend largement de l’aide internationale, ce qui limite sa capacité à s’affranchir totalement des pressions occidentales. L’Algérie, quant à elle, doit gérer ses propres priorités, notamment la transition énergétique et les réformes économiques promises par le président Abdelmadjid Tebboune.
Sur le plan externe, la Russie et la Chine observent avec intérêt l’évolution de la situation. Pékin, qui a renforcé sa présence en Tunisie et au Maroc, pourrait voir dans le Niger un nouveau partenaire pour ses projets d’infrastructures en Afrique. Selon Le Diplomate, la Chine a déjà proposé des financements pour le gazoduc NIGAL, ce qui pourrait concurrencer les intérêts algériens. « L’Algérie doit agir rapidement pour ne pas se faire doubler par la Chine », estime un économiste cité par El Watan.
Une stratégie algérienne à long terme
Pour l’Algérie, ce rapprochement avec le Niger et les autres pays du Sahel s’inscrit dans une stratégie plus large de repositionnement sur la scène africaine. Après des années de repli, Alger cherche à retrouver son rôle de leader régional, comme en témoignent les récentes visites du président Tebboune en Afrique de l’Ouest. « L’Algérie veut être perçue comme un acteur incontournable dans la résolution des crises africaines, et le partenariat avec le Niger est un moyen d’y parvenir », explique un analyste politique cité par Liberté.
Cependant, cette stratégie comporte des risques. En s’alignant trop étroitement avec les régimes militaires du Sahel, l’Algérie pourrait s’aliéner une partie de la communauté internationale, notamment les pays occidentaux qui restent des partenaires économiques clés. « Alger doit trouver un équilibre entre ses ambitions africaines et ses relations avec l’Europe et les États-Unis », souligne un diplomate algérien sous couvert d’anonymat.
Le rapprochement entre l’Algérie et le Niger marque une nouvelle étape dans la recomposition géopolitique du Maghreb et du Sahel. Si les opportunités économiques et sécuritaires sont réelles, les défis restent nombreux, tant sur le plan interne qu’externe. L’Algérie, qui mise sur ce partenariat pour renforcer son influence régionale, devra faire preuve de pragmatisme pour concilier ses intérêts avec ceux de ses partenaires. Une chose est sûre : la région ne sera plus jamais la même.