L’Algérie confirme sa position de premier fournisseur de gaz naturel pour l’Espagne et l’Italie, selon les dernières données publiées par Algerie Eco et Algerie360 en janvier 2026. Ces deux pays européens, dépendants des approvisionnements énergétiques algériens, ont vu leur consommation couverte à plus de 40 % par les exportations de Sonatrach, la compagnie nationale des hydrocarbures. Cette performance s’inscrit dans une stratégie de réajustement des flux gaziers vers l’Europe, marquée par une diversification des routes d’exportation et une optimisation des contrats à long terme.
Sonatrach a intensifié ses livraisons via les gazoducs Medgaz et Transmed, qui relient directement l’Algérie à l’Espagne et à l’Italie. Le gazoduc Medgaz, d’une capacité de 10 milliards de mètres cubes par an, a fonctionné à plein régime en 2025, tandis que Transmed, qui traverse la Tunisie, a bénéficié d’une stabilité opérationnelle malgré les tensions géopolitiques régionales. D’après les chiffres communiqués par le ministère de l’Énergie et des Mines, les exportations algériennes vers l’Europe ont augmenté de 8 % en volume par rapport à 2024, atteignant près de 55 milliards de mètres cubes.
Cette dynamique s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, la demande européenne en gaz naturel reste soutenue, malgré les efforts de transition énergétique. L’Allemagne et la France, bien que moins dépendantes que l’Espagne et l’Italie, ont également accru leurs importations algériennes via des contrats spot. Ensuite, la guerre en Ukraine et les sanctions contre la Russie ont réduit les approvisionnements en gaz russe, ouvrant une fenêtre d’opportunité pour l’Algérie. Enfin, Sonatrach a su négocier des prix compétitifs, indexés sur les cours du pétrole et du gaz, tout en garantissant des livraisons stables.
Une stratégie d’exportation révisée
Troisièmement, l’Algérie a mis en avant ses réserves gazières, estimées à plus de 2 500 milliards de mètres cubes, pour rassurer ses clients européens. Le ministre de l’Énergie, Mohamed Arkab, a déclaré en décembre 2025 que « l’Algérie dispose des capacités nécessaires pour répondre à la demande européenne sur le long terme ». Cette affirmation s’appuie sur les investissements récents dans l’exploration et la production, notamment dans le bassin de Berkine et le champ de Hassi R’Mel, le plus grand gisement de gaz du pays.
L’offshore algérien, un atout supplémentaire
Les travaux d’exploration, menés en collaboration avec Sonatrach, devraient aboutir à des forages commerciaux d’ici 2027. Si les résultats se confirment, l’Algérie pourrait augmenter ses capacités d’exportation de 15 à 20 % d’ici 2030. Mohamed Meziane, PDG de Sonatrach, a souligné lors d’une conférence en novembre 2025 que « l’offshore représente une opportunité historique pour l’Algérie, à condition de respecter les délais et les normes environnementales ».
Défis et concurrence
D’abord, la modernisation des infrastructures. Les gazoducs Medgaz et Transmed, bien que performants, nécessitent des mises à niveau pour éviter les pertes de pression et les fuites. Sonatrach a lancé un plan de rénovation en 2025, avec un budget de 2 milliards de dollars, pour améliorer l’efficacité des réseaux. Ensuite, la question des prix. Les contrats algériens, souvent indexés sur le pétrole, sont moins compétitifs que les prix spot du GNL américain. Enfin, la transition énergétique européenne, qui vise à réduire la part du gaz dans le mix énergétique d’ici 2035, pourrait limiter la demande à long terme.
Une diplomatie énergétique active
Par ailleurs, l’Algérie a maintenu ses livraisons à la Tunisie et au Maroc, malgré les tensions politiques. Le gazoduc Maghreb-Europe, qui transitait par le Maroc avant sa fermeture en 2021, pourrait être réactivé si les relations diplomatiques s’améliorent. En attendant, Sonatrach a augmenté ses exportations vers la Tunisie via le gazoduc Transmed, assurant ainsi une source de revenus pour ce pays voisin.
Perspectives économiques
Cependant, la dépendance aux hydrocarbures reste un risque pour l’économie algérienne. Le gouvernement a lancé en 2024 un plan de diversification industrielle, visant à réduire la part des hydrocarbures dans le PIB de 20 % d’ici 2030. Les secteurs de l’agroalimentaire, des phosphates et des technologies vertes sont prioritaires. Les exportations agricoles, évoquées par L’Algérie Aujourd’hui en septembre 2024, ont d’ailleurs connu une croissance de 30 % en 2025, grâce à des produits comme les dattes, les agrumes et l’huile d’olive.
L’Algérie aborde ainsi 2026 avec une position renforcée sur le marché gazier européen, mais aussi avec des défis structurels à relever. Sonatrach, en tant que pilier de cette stratégie, devra continuer à innover pour maintenir sa compétitivité dans un environnement énergétique en mutation.