L’Algérie s’impose comme la première puissance universitaire du Maghreb en 2025, selon le dernier classement régional publié par horizons.dz. Vingt-et-un établissements algériens figurent dans le palmarès, devançant le Maroc et la Tunisie, traditionnellement mieux positionnés dans les évaluations internationales. Cette performance marque un tournant pour un système universitaire souvent critiqué pour son manque de visibilité et ses difficultés structurelles.
Le classement, établi sur des critères comme la recherche scientifique, l’employabilité des diplômés et l’internationalisation, place l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumédiène (USTHB) en tête des institutions algériennes. Elle se hisse à la deuxième place maghrébine, derrière l’Université Mohammed V de Rabat. L’Université d’Alger 1 et l’Université de Constantine 1 complètent le podium national, confirmant la montée en puissance des pôles scientifiques et médicaux du pays.
Des résultats qui reflètent des réformes en cours
Cette avancée intervient dans un contexte de réformes engagées par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Depuis 2020, le gouvernement a multiplié les initiatives pour moderniser les infrastructures, digitaliser les cursus et renforcer les partenariats avec le secteur économique. Le recteur de l’Université des sciences de la santé d’Oran, Merzak Gharnaout, cité par horizons.dz, souligne que « ces résultats sont le fruit d’un travail collectif, notamment dans les filières médicales et pharmaceutiques, où l’Algérie forme désormais des compétences reconnues à l’international ».
Parmi les mesures phares, la création de pôles d’excellence comme l’Université des sciences de la santé d’Oran ou l’École nationale supérieure d’intelligence artificielle de Sidi Abdallah a permis de concentrer les ressources sur des domaines stratégiques. Le ministère a également lancé des programmes de mobilité pour les enseignants-chercheurs, avec des séjours dans des universités européennes et asiatiques, afin de stimuler la production scientifique.
La recherche algérienne gagne en visibilité
L’un des indicateurs clés du classement maghrébin est la production scientifique. En 2024, l’Algérie a publié plus de 12 000 articles dans des revues indexées, selon les données de Scimago Journal Rank. Les domaines les plus performants sont les sciences médicales, l’ingénierie et les énergies renouvelables. L’USTHB, par exemple, a signé récemment un partenariat avec le Centre de développement des énergies renouvelables (CDER) pour développer des projets de recherche sur l’hydrogène vert, un secteur en plein essor.
Autre signe de dynamisme : la participation croissante des universités algériennes à des projets internationaux. L’Université de Tlemcen a rejoint en 2024 un consortium européen sur la gestion des ressources en eau, tandis que l’Université de Batna 1 collabore avec des laboratoires français sur des technologies de dessalement. Ces collaborations permettent aux chercheurs algériens d’accéder à des financements et à des équipements de pointe, tout en renforçant la crédibilité de leurs travaux.
Des défis persistants malgré les progrès
Si les résultats du classement maghrébin sont encourageants, des obstacles subsistent. Les universités algériennes souffrent encore d’un manque de moyens financiers et humains. Le budget alloué à l’enseignement supérieur, bien qu’en augmentation, reste inférieur à celui de pays comme le Maroc ou l’Afrique du Sud. Les infrastructures, notamment dans les wilayas de l’intérieur, nécessitent des investissements urgents pour rattraper le retard accumulé.
La question de l’employabilité des diplômés reste également un sujet de préoccupation. Malgré les efforts pour rapprocher les universités des entreprises, le taux de chômage des jeunes diplômés dépasse les 20 % selon les chiffres du ministère du Travail. Les filières saturées, comme le droit ou les sciences sociales, continuent de produire plus de diplômés que le marché ne peut en absorber. À l’inverse, les secteurs porteurs comme les technologies de l’information ou les énergies renouvelables peinent à attirer suffisamment d’étudiants.
Une reconnaissance internationale qui se confirme
La performance algérienne dans le classement maghrébin s’inscrit dans une tendance plus large. En mai 2024, le Times Higher Education avait déjà intégré 21 universités algériennes dans son palmarès mondial, un record pour le pays. L’USTHB et l’Université d’Alger 1 figuraient parmi les 1 000 meilleures institutions au monde, une première pour l’Algérie. Ces classements reflètent une amélioration qualitative, même si les établissements algériens restent loin des sommets occupés par les universités égyptiennes ou sud-africaines.
Pour consolider cette dynamique, les autorités misent sur la création de nouvelles écoles d’ingénieurs et de centres de recherche appliquée. Le projet de loi sur l’enseignement supérieur, en discussion au Parlement, prévoit notamment des incitations fiscales pour les entreprises qui investissent dans la formation et la recherche. L’objectif est de faire des universités algériennes des acteurs clés de l’innovation et du développement économique.
Un modèle à consolider
L’Algérie a prouvé qu’elle pouvait rivaliser avec ses voisins maghrébins sur le terrain universitaire. Mais cette position de leader reste fragile. Pour pérenniser ces avancées, il faudra non seulement maintenir les investissements, mais aussi repenser la gouvernance des universités. La bureaucratie, les lenteurs administratives et le manque d’autonomie des établissements freinent encore l’initiative et la créativité.
Les étudiants et les enseignants interrogés par La Patrie News soulignent également la nécessité d’améliorer les conditions de vie sur les campus. Les résidences universitaires, souvent vétustes, et les bibliothèques sous-équipées contrastent avec les ambitions affichées. « Nous avons les compétences, mais il manque parfois les moyens de les exprimer pleinement », confie un doctorant en informatique à l’USTHB.
Le classement maghrébin 2025 est une étape importante, mais il ne doit pas masquer les défis à relever. Si l’Algérie veut devenir une référence africaine et méditerranéenne, elle devra accélérer ses réformes et mobiliser davantage de ressources. Les universités algériennes ont montré qu’elles pouvaient briller ; il leur reste maintenant à transformer cette réussite en un modèle durable.