Le paysage politique algérien s’apprête à vivre une séquence électorale marquée par l’émergence d’un acteur clé : Abdelaali Hassani Cherif. Ce candidat, présenté comme la figure du camp islamiste, a officiellement déposé sa candidature pour l’élection présidentielle prévue dans les prochains mois. Selon Jeune Afrique, qui a révélé son profil en juin 2024, Hassani Cherif incarne une ligne politique ancrée dans les valeurs conservatrices et religieuses, susceptible de redessiner les équilibres électoraux en Algérie.
Hassani Cherif, dont le parcours reste encore méconnu du grand public, a su se positionner comme un opposant crédible au pouvoir en place. Son discours, centré sur la justice sociale et la moralisation de la vie politique, trouve un écho particulier auprès d’une frange de la population en quête de renouveau. D’après les observateurs, sa candidature pourrait diviser l’électorat traditionnel, notamment celui qui s’était mobilisé lors des manifestations de 2019, connues sous le nom de Hirak. Ces dernières avaient exprimé un rejet clair des partis politiques établis, y compris ceux à référence islamiste.
Les réactions à sa candidature ne se sont pas fait attendre. Du côté des partis au pouvoir, comme le Front de Libération Nationale (FLN) ou le Rassemblement National Démocratique (RND), une certaine prudence est de mise. Aucune déclaration officielle n’a encore été faite, mais des sources proches de la présidence algérienne, citées par l’Agence Presse Service (APS), laissent entendre que le pouvoir surveille de près cette dynamique. Pour le FLN, qui a dominé la scène politique depuis l’indépendance, l’arrivée d’un candidat islamiste représente un défi inédit, surtout après les divisions internes qui ont affaibli le parti ces dernières années.
Du côté de la société civile, les avis sont partagés. Certains mouvements, comme le Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ), voient en Hassani Cherif une alternative aux figures politiques traditionnelles, tandis que d’autres, comme la Ligue Algérienne pour la Défense des Droits de l’Homme (LADDH), expriment des réserves sur son programme, jugé trop flou sur des questions comme les libertés individuelles ou la place des femmes dans la société. « Un candidat doit clarifier ses positions sur les droits fondamentaux avant de prétendre représenter une partie de la population », a déclaré un membre de la LADDH à El Watan.
Sur le plan économique, Hassani Cherif mise sur une refonte du système actuel, qu’il juge trop dépendant des hydrocarbures. Dans une interview accordée à TSA (Tout Sur l’Algérie), il a proposé de diversifier l’économie en encourageant les petites et moyennes entreprises (PME) et en renforçant les secteurs de l’agriculture et des énergies renouvelables. « L’Algérie a les moyens de devenir autosuffisante, mais cela nécessite une volonté politique forte et une rupture avec les pratiques du passé », a-t-il déclaré. Ces propositions, si elles séduisent une partie de l’électorat, restent critiquées par les économistes, qui soulignent l’absence de détails concrets sur leur mise en œuvre.
La campagne électorale s’annonce déjà tendue. Les autorités algériennes ont récemment renforcé les contrôles sur les rassemblements publics, invoquant des risques de troubles à l’ordre public. Selon Liberté, plusieurs meetings organisés par des candidats de l’opposition ont été annulés ou déplacés sous prétexte de « non-respect des procédures administratives ». Cette situation rappelle les tensions observées lors des précédentes élections, où les candidats indépendants ou issus de l’opposition avaient dénoncé des entraves à leur liberté de campagne.
Pour les Algériens, cette présidentielle pourrait être un tournant. Après des années de stagnation politique et économique, beaucoup espèrent un changement, quel qu’il soit. Hassani Cherif, avec son discours axé sur la rupture, semble incarner cette attente. Cependant, son succès dépendra de sa capacité à convaincre au-delà de son électorat traditionnel. Les jeunes, en particulier, représentent un enjeu majeur. Selon un sondage réalisé par l’institut IMMAR en 2023, près de 60 % des 18-35 ans se déclarent prêts à voter pour un candidat offrant des solutions concrètes aux problèmes du chômage et du logement.
Les prochaines semaines seront décisives. Les candidats doivent déposer leurs dossiers auprès du Conseil constitutionnel avant la date limite fixée par la loi électorale. Pour Hassani Cherif, comme pour ses concurrents, l’enjeu sera de transformer les promesses en actes, dans un contexte où la défiance envers la classe politique reste forte. Les Algériens, eux, attendent des réponses claires à leurs préoccupations quotidiennes : pouvoir d’achat, emploi, et transparence des institutions.
Cette élection pourrait aussi marquer un changement dans la manière dont les campagnes sont menées en Algérie. Avec l’essor des réseaux sociaux, les candidats ont désormais la possibilité de contourner les médias traditionnels, souvent perçus comme proches du pouvoir. Hassani Cherif, qui compte déjà des dizaines de milliers d’abonnés sur Facebook et TikTok, mise sur cette stratégie pour toucher un public jeune et connecté. « Les Algériens veulent entendre des discours directs, sans filtre. Les réseaux sociaux sont un outil indispensable pour cela », a-t-il expliqué dans une vidéo publiée récemment.
Reste à savoir si cette approche suffira à convaincre. Les élections en Algérie ont souvent été marquées par des taux d’abstention élevés, signe d’un désenchantement persistant. Pour inverser cette tendance, les candidats devront non seulement proposer des programmes crédibles, mais aussi restaurer la confiance dans le processus électoral lui-même. Dans ce contexte, la candidature d’Abdelaali Hassani Cherif pourrait bien être un test pour la démocratie algérienne.