Revue de presse : Startups Algérie, Droits humains Algérie, Relations Algérie Tunisie…

**L’Algérie, ou l’art de danser sur un volcan sans le voir**

L’Algérie contemporaine ressemble à ces palais ottomans dont les murs, fissurés par le temps, abritent encore des trésors inestimables. Les actualités des dix derniers jours dessinent un pays tiraillé entre deux forces antagonistes : une volonté farouche de souveraineté, portée par des investissements massifs dans la défense, l’innovation et les infrastructures, et une inertie bureaucratique, sociale et économique qui enraye toute velléité de transformation profonde. Comme si l’État algérien, tel un Janus moderne, regardait simultanément vers l’avenir et vers le passé, sans parvenir à trancher.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de récit unificateur. Les startups algériennes obtiennent des rééchelonnements de dettes, tandis que les jeunes fuient vers la Tunisie, perçue comme une « destination de liberté ». L’Algérie importe massivement des panneaux solaires chinois, mais son modèle énergétique reste prisonnier des hydrocarbures. Les mosquées de Tébessa sont célébrées comme gardiennes de l’histoire, mais le patrimoine romain du pays, lui, semble relégué au rang de curiosité touristique mineure. Quant à la défense nationale, elle scrute avec inquiétude la prolifération balistique en Méditerranée, tout en laissant les droits humains s’enliser dans un silence assourdissant.

Derrière cette mosaïque d’informations se cache une question centrale : l’Algérie est-elle en train de construire une souveraineté réelle, ou se contente-t-elle d’une souveraineté symbolique, où les discours de puissance masquent mal les failles structurelles ?

**La souveraineté par l’innovation : le mirage des 3500 projets**

Le rééchelonnement des dettes des startups algériennes jusqu’à dix ans et le financement de 3500 projets depuis la restructuration de l’ANSEJ (Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes) pourraient laisser croire à une révolution entrepreneuriale. Pourtant, ces chiffres, aussi impressionnants soient-ils, révèlent une réalité plus ambiguë.

D’abord, parce que ces dispositifs s’inscrivent dans une logique de substitution plutôt que de transformation. L’État algérien, confronté à un chômage des jeunes endémique (officiellement à 12,5 %, mais bien plus élevé dans les tranches d’âge 15-24 ans), mise sur l’auto-emploi comme palliatif à l’absence de création d’emplois industriels ou technologiques massifs. Or, une startup, même bien financée, ne remplace pas une usine. Pire : en l’absence d’un écosystème bancaire et juridique adapté, ces projets restent fragiles, dépendants des aléas politiques et des lenteurs administratives.

Ensuite, parce que cette politique entrepreneuriale coexiste avec une fuite des cerveaux vers la Tunisie, où les Algériens trouvent une liberté d’expression et des opportunités que leur pays leur refuse. Le paradoxe est cruel : l’Algérie forme des ingénieurs, des médecins, des développeurs, mais c’est la Tunisie – pays moins riche, mais plus libéral – qui en profite. Comment expliquer que l’argent du pétrole, censé financer le développement, ne parvienne pas à retenir ses propres talents ?

La réponse tient peut-être dans ce que Frédéric Lordon appelle les « structures de capture » : un système où les rentes (pétrolières, bureaucratiques, clientélistes) étouffent l’innovation en la rendant dépendante des caprices du pouvoir. Les 850 MW de panneaux solaires importés de Chine au premier semestre 2025 en sont l’illustration parfaite : l’Algérie a les moyens de sa transition énergétique, mais pas la volonté politique (ou la capacité logistique) de la mener à bien sur son sol.

**Défense nationale et droits humains : la schizophrénie algérienne**

Si l’Algérie brille dans un domaine, c’est bien celui de la défense. Les analyses sur la guerre Israël-Iran de juin 2025 et la prolifération balistique en Méditerranée montrent un pays en alerte maximale, conscient des menaces régionales. L’acquisition de systèmes de défense anti-missile (DAMB) et les exercices militaires conjoints avec la Russie et la Chine confirment une stratégie de dissuasion active, visant à sanctuariser le territoire national.

Pourtant, cette posture de puissance militaire contraste violemment avec l’état des droits humains à l’intérieur du pays. Les actualités ne mentionnent l’Algérie que par omission : alors que le génocide à Gaza et les violences contre les femmes au Maroc font l’objet d’articles, le silence sur la répression des militants, des journalistes et des syndicalistes algériens est assourdissant. Comme si l’État algérien, tout en se posant en garant de la stabilité régionale, refusait d’appliquer chez lui les principes qu’il défend ailleurs.

Cette schizophrénie n’est pas nouvelle. Elle rappelle l’époque où l’Algérie, championne du tiers-mondisme et de la lutte anti-impérialiste, emprisonnait ses propres opposants. Aujourd’hui, le pays se présente comme un acteur clé de la stabilité sahélienne, mais son modèle politique reste verrouillé, incapable de tolérer la moindre critique. Le cas de la journaliste Hawa Bâ, célébrée en Mauritanie pour son engagement féministe, souligne d’ailleurs cette hypocrisie : pourquoi l’Algérie, qui se targue d’être une nation progressiste, ne produit-elle pas ses propres figures de résistance ?

La réponse tient peut-être dans la nature même du pouvoir algérien, qui a toujours privilégié la sécurité à la liberté. Mais à l’ère des réseaux sociaux et des migrations massives des jeunes, cette équation devient intenable. Un pays qui dépense des milliards pour se protéger des missiles étrangers, mais qui ne parvient pas à protéger ses citoyens de l’arbitraire, est un pays en crise existentielle.

**Patrimoine et identité : entre célébration et abandon**

L’Algérie possède l’un des patrimoines les plus riches du bassin méditerranéen, à la croisée des civilisations romaine, islamique et ottomane. Pourtant, la manière dont ce patrimoine est traité révèle une profonde ambivalence identitaire.

D’un côté, la mosquée El Atik de Tébessa est célébrée comme « gardienne de l’histoire et de la foi », dans un article qui insiste sur la dimension spirituelle et architecturale de l’islam algérien. De l’autre, les sites romains – pourtant bien plus nombreux et mieux conservés que ceux du Maroc ou de la Tunisie – sont relégués au second plan. Le Colisée d’El Jem (Tunisie) attire des millions de touristes, tandis que le théâtre romain de Timgad, pourtant classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, reste méconnu.

Cette dichotomie n’est pas anodine. Elle reflète une volonté de réislamisation de l’identité algérienne, où l’héritage pré-islamique est soit ignoré, soit instrumentalisé. Pourtant, l’Algérie ne peut se construire une identité cohérente en niant une partie de son histoire. Les Romains, les Vandales, les Byzantins ont façonné ce territoire bien avant l’arrivée de l’islam. Les exclure, c’est se priver d’un récit unificateur.

Pire : cette négligence du patrimoine antique a des conséquences économiques. Le tourisme culturel, qui représente une manne financière pour le Maroc et la Tunisie, reste sous-exploité en Algérie. Alors que le pays dépense des fortunes pour importer des panneaux solaires, il pourrait financer sa transition énergétique en attirant des visiteurs sur ses sites archéologiques. Mais pour cela, il faudrait d’abord les restaurer, les promouvoir, et surtout, les assumer comme partie intégrante de l’identité nationale.

**L’emploi des jeunes : l’argent du pétrole ne suffit pas**

« Mais où est passé l’argent du pétrole ? » La question, posée en titre d’un article sur l’emploi des jeunes, résume à elle seule le malaise algérien. Avec des réserves de change dépassant les 70 milliards de dollars en 2025, l’Algérie a les moyens de financer une révolution industrielle. Pourtant, le chômage des jeunes persiste, et la Tunisie voisine continue d’attirer les Algériens en quête de liberté.

La réponse tient en trois mots : modèle économique obsolète. L’Algérie reste prisonnière d’une économie rentière, où les hydrocarbures représentent encore 90 % des exportations. Les tentatives de diversification (startups, énergies renouvelables, travaux publics) se heurtent à deux obstacles majeurs :

1. La bureaucratie, qui étouffe l’initiative privée. Les 3500 projets financés par l’ANSEJ sont une goutte d’eau dans l’océan du chômage. Pour créer des emplois massifs, il faudrait une industrialisation à grande échelle, ce qui suppose des réformes structurelles (simplification administrative, ouverture aux investissements étrangers, lutte contre la corruption).
2. Le manque de vision stratégique. L’Algérie importe des panneaux solaires chinois au lieu de les produire localement. Elle construit des centres de fret modernes (comme celui d’Air Algérie) sans développer une logistique intégrée. Elle forme des ingénieurs en IA (comme ce génie algérien qui a battu Amazon) sans leur offrir de débouchés sur place.

Le résultat ? Une jeunesse désabusée, qui voit dans la Tunisie une terre promise. Pourtant, la Tunisie n’a ni les ressources ni les infrastructures de l’Algérie. Si les Algériens y émigrent, c’est moins par amour de la liberté que par désespoir face à un système qui ne leur offre aucune perspective.

**Innovation et transition énergétique : le grand bond en avant… chinois**

L’Algérie accélère sa transition énergétique. Du moins, c’est ce que disent les communiqués officiels. En réalité, le pays reste dépendant des importations : 850 MW de panneaux solaires chinois au premier semestre 2025, alors que le potentiel solaire algérien est l’un des plus élevés au monde.

Cette dépendance aux importations révèle une faille majeure : l’Algérie a les moyens de sa souveraineté énergétique, mais pas la volonté politique de la concrétiser. Pourquoi importer des panneaux solaires alors que le pays dispose de terres désertiques immenses et d’un ensoleillement exceptionnel ? Pourquoi ne pas développer une filière locale, comme l’a fait le Maroc avec Noor Ouarzazate ?

La réponse tient en partie à la capture des rentes : les importations génèrent des commissions pour les intermédiaires, tandis qu’une production locale nécessiterait des investissements lourds et une transparence accrue. Mais elle tient aussi à une méfiance envers l’innovation. L’Algérie a toujours privilégié les grands projets étatiques (autoroutes, barrages, usines) aux initiatives décentralisées. Or, la transition énergétique suppose justement une décentralisation : des petites centrales solaires locales, des coopératives énergétiques, une autonomie des régions.

En important des panneaux chinois, l’Algérie se contente d’une souveraineté *symbol

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