La wilaya de Tébessa enregistre une recrudescence inquiétante de maladies infectieuses depuis le début de l’année 2016. Selon الإذاعة الجزائرية |, les autorités sanitaires locales ont recensé 498 cas de brucellose et 156 cas de leishmaniose entre janvier et septembre. Ces chiffres, révélés récemment, soulèvent des questions sur les facteurs de propagation et les mesures de prévention en vigueur dans cette région frontalière avec la Tunisie.
Une épidémie aux origines multiples
La brucellose, également appelée fièvre de Malte, est une zoonose transmise principalement par le bétail, notamment les ovins, caprins et bovins. À Tébessa, l’élevage extensif et les pratiques traditionnelles de consommation de produits laitiers non pasteurisés constituent des vecteurs majeurs de contamination. Les services vétérinaires de la wilaya ont déjà signalé des foyers infectieux dans plusieurs communes rurales, où les contrôles sanitaires restent limités. La maladie se manifeste par des symptômes tels que fièvre, douleurs articulaires et fatigue chronique, pouvant évoluer vers des complications graves en l’absence de traitement.
La leishmaniose, quant à elle, est une parasitose transmise par les phlébotomes, des insectes vecteurs dont la prolifération est favorisée par les conditions climatiques et environnementales de la région. Les zones périphériques de Tébessa, marquées par des accumulations de déchets et des habitats précaires, offrent un terrain propice à la multiplication de ces moustiques. Les cas recensés concernent principalement la forme cutanée de la maladie, qui provoque des lésions ulcéreuses sur la peau, mais peut aussi toucher les muqueuses dans les cas les plus sévères.
Des réponses sanitaires sous tension
Face à cette situation, les autorités locales ont mis en place des campagnes de sensibilisation ciblant les éleveurs et les populations rurales. Des équipes mobiles de la Direction de la santé et de la population (DSP) de Tébessa effectuent des visites régulières dans les zones les plus touchées pour dépister les cas et distribuer des traitements. Cependant, les moyens logistiques et humains restent insuffisants pour couvrir l’ensemble du territoire, notamment dans les communes éloignées des centres urbains.
La lutte contre la brucellose passe également par un renforcement des contrôles vétérinaires. Les services de l’Office national de contrôle technique et de la protection des végétaux et des animaux (ONCTPV) ont intensifié les tests sérologiques sur les troupeaux, mais les résultats tardent à se concrétiser en raison des retards dans les analyses de laboratoire. Par ailleurs, la vaccination du bétail, bien que prévue par les protocoles sanitaires, peine à être généralisée en raison des coûts et des réticences des éleveurs.
Pour la leishmaniose, les actions se concentrent sur la démoustication et la gestion des déchets. La wilaya a lancé des opérations de nettoyage dans les quartiers périphériques, mais ces mesures restent ponctuelles et dépendent des budgets alloués. Les habitants dénoncent par ailleurs le manque d’information sur les méthodes de protection individuelle, comme l’utilisation de moustiquaires imprégnées ou de répulsifs.
Un enjeu national pour l’Algérie
La situation à Tébessa n’est pas isolée. D’autres wilayas du sud et de l’est du pays, comme Biskra, Batna ou El Oued, font face à des épidémies similaires, bien que moins médiatisées. Ces maladies infectieuses révèlent des failles structurelles dans le système de santé algérien, notamment en matière de prévention et de coordination entre les secteurs sanitaire et vétérinaire.
Les spécialistes soulignent la nécessité d’une approche intégrée, combinant surveillance épidémiologique, éducation sanitaire et amélioration des conditions de vie. Le ministère de la Santé a récemment annoncé un plan national de lutte contre les zoonoses, mais son application sur le terrain se heurte à des obstacles administratifs et financiers. À Tébessa, les acteurs locaux appellent à une mobilisation accrue des ressources pour éviter que ces épidémies ne deviennent endémiques.
Des défis à long terme
La brucellose et la leishmaniose ne sont pas seulement des problèmes sanitaires, mais aussi socio-économiques. À Tébessa, où l’élevage représente une source de revenus essentielle pour de nombreuses familles, la maladie entraîne des pertes économiques importantes. Les éleveurs touchés voient leurs troupeaux décimés ou mis en quarantaine, tandis que les coûts des traitements pèsent sur des ménages déjà fragilisés.
Pour les autorités, la priorité est désormais de briser le cycle de transmission en agissant sur les causes profondes : accès à l’eau potable, gestion des déchets, modernisation des pratiques agricoles et renforcement des infrastructures sanitaires. Sans ces mesures, les épidémies risquent de s’étendre, mettant en péril la santé publique et le développement économique de la région.
La réponse à ces défis nécessitera une collaboration étroite entre les institutions, les professionnels de santé et les communautés locales. À Tébessa, comme ailleurs en Algérie, la lutte contre les maladies infectieuses passe par une prise de conscience collective et des actions concrètes, au-delà des simples déclarations d’intention.