Tebboune relance la révision des accords UE-Algérie

Le président Abdelmadjid Tebboune a engagé une révision des accords économiques liant l’Algérie à l’Union européenne (UE), une démarche annoncée récemment par le ministère des Affaires étrangères. Cette initiative intervient dans un contexte marqué par des tensions politiques internes et des déséquilibres commerciaux persistants entre Alger et Bruxelles.

Selon RFI, qui a révélé l’information en janvier 2025, les autorités algériennes estiment que les accords actuels, notamment l’accord d’association signé en 2005, ne répondent plus aux intérêts économiques du pays. Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, aurait transmis une note officielle aux instances européennes, exigeant une renégociation des termes relatifs aux échanges commerciaux, aux investissements et aux barrières tarifaires.

Les exportations algériennes vers l’UE, dominées par les hydrocarbures, représentent plus de 90 % des ventes du pays à l’étranger. Pourtant, l’Algérie importe massivement des biens manufacturés et des technologies européennes, creusant un déficit commercial structurel. En 2024, les importations algériennes en provenance de l’UE ont atteint 18 milliards de dollars, contre seulement 12 milliards d’exportations, selon les données de la Douane algérienne.

Une renégociation sous pression interne

Les secteurs les plus touchés par ces déséquilibres sont l’agroalimentaire, les équipements industriels et les produits pharmaceutiques. L’Algérie, qui cherche à diversifier son économie, accuse l’UE de maintenir des barrières non tarifaires pour protéger ses propres marchés. Par exemple, les exportations algériennes de dattes et de produits halieutiques font régulièrement face à des restrictions sanitaires jugées « disproportionnées » par les professionnels locaux.

L’UE dans une position délicate

La France, premier partenaire commercial de l’Algérie au sein de l’UE, exporte principalement des produits pharmaceutiques, des véhicules et des machines industrielles. Une renégociation des accords pourrait remettre en cause ces flux, alors que Paris cherche à renforcer ses liens économiques avec Alger dans le cadre de la transition énergétique. L’Algérie, riche en gaz et en potentiel solaire, est en effet un partenaire clé pour l’Europe dans sa quête de diversification énergétique.

Les enjeux énergétiques au cœur des discussions

Par ailleurs, l’Algérie mise sur les énergies renouvelables pour réduire sa dépendance aux hydrocarbures. Le plan national de développement des énergies renouvelables, lancé en 2020, prévoit d’atteindre 15 000 MW de capacité solaire d’ici 2035. Une renégociation des accords avec l’UE pourrait inclure des partenariats dans ce domaine, notamment pour l’exportation d’électricité verte vers l’Europe.

Les réactions des acteurs économiques algériens

Les industriels algériens espèrent que cette renégociation permettra de protéger les secteurs naissants, comme l’automobile et les énergies renouvelables. La société nationale SONATRACH, qui négocie directement avec les partenaires européens, pourrait également bénéficier d’une révision des contrats gaziers.

Les prochaines étapes

L’issue de ces négociations sera déterminante pour l’avenir des relations économiques entre l’Algérie et l’UE. Si Alger parvient à obtenir des concessions, cela pourrait marquer un tournant dans sa stratégie de diversification économique. À l’inverse, un échec risquerait d’accentuer les tensions et de pousser l’Algérie à se tourner vers d’autres partenaires, comme la Chine ou la Turquie, déjà très actifs sur le marché algérien.

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