La visite d’Emmanuel Macron au Maroc fin octobre 2024 a marqué un tournant dans la compétition économique entre les pays du Maghreb. Le président français a annoncé des accords et contrats pouvant atteindre 10 milliards d’euros, une somme qui place Rabat en tête des destinations privilégiées des investisseurs étrangers dans la région. Pour l’Algérie, ce déplacement et ses retombées soulèvent des questions sur sa capacité à attirer des capitaux similaires, malgré ses atouts énergétiques et géostratégiques.
Des engagements concrets pour le Maroc
Le Maroc mise aussi sur sa stabilité politique et ses accords de libre-échange avec l’Union européenne, les États-Unis et plusieurs pays africains. Selon le ministre marocain de l’Industrie, Ryad Mezzour, ces partenariats devraient créer 50 000 emplois directs d’ici 2027. « Notre attractivité repose sur un écosystème industriel intégré et des incitations fiscales ciblées », a-t-il déclaré à la presse marocaine.
L’Algérie face au défi de l’attractivité
D’abord, le cadre juridique. La règle 51/49, qui impose une majorité algérienne dans les entreprises étrangères, reste un frein, malgré des assouplissements récents dans certains secteurs comme les énergies renouvelables. Ensuite, les lenteurs administratives. Un rapport de la Banque mondiale publié en 2023 classait l’Algérie 169e sur 190 pays pour la facilité à faire des affaires, loin derrière le Maroc (53e).
Enfin, la concurrence régionale s’intensifie. En 2024, l’Égypte a attiré 11 milliards de dollars d’investissements étrangers, grâce à des réformes structurelles et des mégaprojets comme la nouvelle capitale administrative. Même la Tunisie, malgré ses crises politiques, a vu ses investissements étrangers augmenter de 15 % en 2023, selon la Banque centrale tunisienne.
Les énergies, un secteur encore dominant mais insuffisant
Le gouvernement algérien a lancé en 2023 un plan de développement des énergies renouvelables, visant 15 000 MW de capacité solaire d’ici 2035. Mais les projets peinent à décoller. Seul un parc solaire de 1 000 MW, développé avec des entreprises chinoises, est opérationnel à ce jour. En comparaison, le Maroc a déjà installé 4 000 MW d’énergies renouvelables et vise 52 % de son mix énergétique d’ici 2030.
La diaspora, un levier sous-exploité
Pourtant, les résultats restent limités. Selon une étude de la Banque d’Algérie, les transferts de fonds de la diaspora ont atteint 2,1 milliards de dollars en 2024, mais seulement 5 % de ces montants ont été investis dans des projets productifs. En cause : un manque de confiance dans les institutions et des procédures complexes. « Les banques algériennes ne proposent pas de produits adaptés aux investisseurs de la diaspora, contrairement à ce que fait le Maroc avec ses banques offshore », explique un économiste algérien, cité par TSA.
Que peut faire l’Algérie ?
La coopération avec l’Europe pourrait aussi être renforcée. L’Algérie est le premier fournisseur de gaz de l’Union européenne, mais les échanges commerciaux restent déséquilibrés. « L’UE pourrait financer des projets d’infrastructures en Algérie en échange d’un approvisionnement énergétique stable », suggère un diplomate européen, sous couvert d’anonymat.
Enfin, le pays doit capitaliser sur ses succès récents, comme le contrat de 4 milliards de dollars signé avec le groupe allemand Siemens pour la construction d’une centrale à cycle combiné à Hassi R’Mel. « Ces projets montrent que l’Algérie peut attirer des investisseurs sérieux, à condition de simplifier les procédures et de garantir la sécurité juridique », note un expert du secteur énergétique, interrogé par l’APS.
La visite de Macron au Maroc a rappelé une réalité : dans le Maghreb, la course aux investissements étrangers est lancée. L’Algérie a les moyens de rattraper son retard, mais cela nécessitera des réformes audacieuses et une exécution rapide. Sans cela, elle risque de rester à la traîne, malgré ses ressources et son potentiel.