Sonatrach accélère la raffinerie de Hassi Messaoud

La compagnie nationale des hydrocarbures Sonatrach a engagé une course contre la montre pour finaliser la nouvelle raffinerie de Hassi Messaoud, un projet stratégique pour l’Algérie. Selon El Watan, qui a révélé les détails de cette opération en février 2025, les équipes techniques et les sous-traitants travaillent en continu pour respecter un calendrier serré. Le site, situé au cœur du plus grand gisement pétrolier du pays, doit entrer en production d’ici deux ans, avec une capacité initiale de traitement de 5 millions de tonnes de brut par an.

Le projet, lancé il y a trois ans, a connu plusieurs retards liés à des contraintes logistiques et techniques. Cependant, Sonatrach a récemment renforcé ses effectifs sur place, avec plus de 3 000 travailleurs mobilisés, dont des ingénieurs algériens et des experts internationaux. « Nous avons mis en place un système de rotation pour assurer une présence permanente sur le chantier, y compris les week-ends et jours fériés », a déclaré un responsable de l’entreprise à El Watan. Les travaux portent actuellement sur l’installation des unités de distillation et des systèmes de traitement des gaz, des étapes critiques pour la mise en service.

Cette raffinerie s’inscrit dans la stratégie de Sonatrach visant à réduire la dépendance aux importations de produits raffinés. Actuellement, l’Algérie exporte une grande partie de son pétrole brut avant de racheter des carburants transformés à l’étranger, une situation coûteuse pour les finances publiques. « Le projet de Hassi Messaoud permettra de couvrir 30 % des besoins nationaux en essence et en diesel d’ici 2027 », a précisé le ministre de l’Énergie lors d’une visite sur site en octobre 2024. Les retombées économiques sont également attendues, avec la création de 1 500 emplois directs et indirects une fois la raffinerie opérationnelle.

Les défis restent néanmoins nombreux. Le chantier, situé dans une zone désertique, nécessite des infrastructures spécifiques pour le transport des matériaux et l’approvisionnement en eau. Sonatrach a dû construire une route dédiée de 50 kilomètres pour relier le site aux axes principaux, ainsi qu’une centrale électrique autonome pour alimenter les installations. Par ailleurs, les conditions climatiques extrêmes, avec des températures dépassant souvent 50 degrés en été, compliquent les opérations. « Nous avons adapté les horaires de travail et renforcé les mesures de sécurité pour protéger les ouvriers », a indiqué un cadre de l’entreprise.

Sur le plan financier, le projet représente un investissement de plus de 3 milliards de dollars, entièrement financé par Sonatrach. L’entreprise a opté pour un modèle de construction clé en main, avec des partenariats techniques avec des firmes chinoises et européennes. « Nous avons choisi des technologies éprouvées pour garantir la fiabilité des installations et minimiser les risques de panne », a expliqué Nourredine Daoudi, PDG de Sonatrach, lors d’une conférence de presse en février 2026. Parmi les innovations prévues, un système de récupération des gaz torchés permettra de réduire les émissions de CO2 de 20 %, conformément aux engagements environnementaux de l’Algérie.

La raffinerie de Hassi Messaoud s’ajoute à d’autres projets similaires en cours, comme l’extension des capacités de Skikda et d’Arzew. Selon Le Jeune Indépendant, ces investissements devraient porter la capacité totale de raffinage du pays à 35 millions de tonnes par an d’ici 2028, contre 25 millions actuellement. Cette montée en puissance permettra à l’Algérie de devenir autosuffisante en produits pétroliers et même d’exporter des surplus vers les marchés africains, notamment vers le Mali et le Niger.

Les enjeux géopolitiques ne sont pas absents. Avec la construction de la plus grande raffinerie d’Afrique au Ghana, annoncée en août 2024, l’Algérie cherche à conserver son leadership régional dans le secteur des hydrocarbures. « Notre objectif n’est pas seulement de répondre à la demande nationale, mais aussi de positionner l’Algérie comme un hub énergétique pour l’Afrique du Nord et le Sahel », a souligné le ministre de l’Énergie lors d’une rencontre avec des investisseurs étrangers en octobre 2024.

Sur le terrain, les riverains de Hassi Messaoud voient d’un bon œil l’arrivée de la raffinerie. « Cela va dynamiser l’économie locale et offrir des opportunités aux jeunes de la région », estime un commerçant interrogé par El Watan. Cependant, des inquiétudes persistent quant à l’impact environnemental du projet. Des associations écologistes ont demandé à Sonatrach de publier une étude d’impact détaillée, notamment sur la gestion des déchets et la consommation d’eau. « Nous sommes conscients de ces préoccupations et nous travaillons avec des experts pour limiter notre empreinte écologique », a répondu l’entreprise.

La réussite de ce projet dépendra aussi de la stabilité des prix du pétrole sur les marchés internationaux. Avec des cours du brut fluctuants, Sonatrach mise sur une diversification de ses activités, notamment dans les énergies renouvelables. En avril 2023, Jeune Afrique avait souligné l’ambition de l’Algérie de devenir un acteur majeur de l’hydrogène vert, un secteur en plein essor. « Les hydrocarbures restent notre pilier, mais nous préparons l’après-pétrole », avait alors déclaré Nourredine Daoudi.

Pour l’heure, l’attention se concentre sur la livraison de la raffinerie de Hassi Messaoud. Si les délais sont respectés, ce sera la première grande infrastructure pétrolière construite en Algérie depuis plus de dix ans. Un symbole de la relance du secteur, après des années de sous-investissement. « Ce projet est une fierté nationale. Il montre que l’Algérie a les moyens de ses ambitions », a conclu un responsable de Sonatrach.

Laisser un commentaire