Cette semaine, la Première ministre italienne Giorgia Meloni a effectué une visite officielle en Algérie, qualifiée de « travail et d’amitié » par les deux parties. Accompagnée d’une délégation de ministres et de représentants du secteur énergétique, Meloni a rencontré le président Abdelmadjid Tebboune et le PDG de Sonatrach, Rachid Hachichi, pour consolider un partenariat stratégique qui place l’Algérie au cœur des approvisionnements européens en gaz.
Selon l’agence Anadolu, les discussions ont porté sur l’augmentation des livraisons de gaz algérien vers l’Italie, déjà premier client européen de Sonatrach. Les deux pays ont signé un protocole d’accord pour prolonger le contrat d’approvisionnement jusqu’en 2030, avec une hausse progressive des volumes. L’Italie, qui importe près de 40 % de son gaz d’Algérie via le gazoduc Transmed, cherche à réduire sa dépendance aux énergies russes depuis la guerre en Ukraine. Meloni a souligné que cette visite s’inscrivait dans une « stratégie de diversification énergétique » pour l’Europe, tout en saluant la « fiabilité » de l’Algérie comme fournisseur.
Les échanges ont également abordé les investissements italiens dans les énergies renouvelables en Algérie. En 2025, le groupe Eni a lancé un projet pilote de production d’hydrogène vert dans le sud du pays, en partenariat avec Sonatrach. Lors d’une conférence de presse conjointe, Tebboune a insisté sur la nécessité de « transformer cette coopération bilatérale en un modèle pour la région », évoquant des opportunités dans les secteurs des infrastructures et de l’agro-industrie. Meloni, de son côté, a annoncé la création d’un fonds italo-algérien doté de 500 millions d’euros pour financer des projets communs, notamment dans les technologies vertes.
Cette visite intervient dans un contexte de tensions persistantes entre l’Europe et la Russie, qui a réduit ses livraisons de gaz à plusieurs pays membres de l’UE. L’Algérie, troisième fournisseur de gaz de l’Europe après la Norvège et les États-Unis, a vu ses exportations augmenter de 12 % en 2025, selon les données de la Commission européenne. Le ministre algérien de l’Énergie, Mohamed Arkab, a confirmé que Sonatrach prévoyait d’investir 40 milliards de dollars d’ici 2030 pour moderniser ses infrastructures et explorer de nouveaux gisements, notamment dans le bassin de Berkine.
Sur le plan politique, Meloni a réitéré le soutien de l’Italie à la position algérienne sur le dossier sahraoui, une question sensible pour Alger. « L’Italie reconnaît le rôle central de l’Algérie dans la stabilité du Sahel et du Maghreb », a-t-elle déclaré, marquant une divergence avec la France, qui maintient une position plus nuancée sur ce sujet. Cette prise de position a été saluée par le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, qui a évoqué une « convergence de vues » entre les deux pays sur les crises régionales, notamment en Libye et au Mali.
Les observateurs notent que cette visite s’inscrit dans une dynamique plus large de rapprochement entre l’Algérie et les pays européens, après des années de relations tendues avec certains partenaires occidentaux. En mars 2026, le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, s’était rendu à Alger pour discuter de coopération économique, tandis que l’Espagne a récemment rouvert son ambassade à Alger après une crise diplomatique en 2022. Pour l’Algérie, ces visites successives confirment son statut de partenaire incontournable pour l’Europe, tant sur le plan énergétique que sécuritaire.
Cependant, des défis subsistent. Les analystes soulignent que les investissements étrangers en Algérie restent freinés par des procédures administratives complexes et un cadre juridique jugé peu attractif. Le gouvernement algérien a promis des réformes pour faciliter les partenariats public-privé, mais leur mise en œuvre tarde. Par ailleurs, la concurrence avec d’autres fournisseurs de gaz, comme le Qatar ou les États-Unis, pourrait limiter les marges de manœuvre de Sonatrach sur les prix à long terme.
Malgré ces obstacles, la visite de Meloni marque une étape importante dans la consolidation des relations algéro-italiennes. Pour l’Algérie, il s’agit de capitaliser sur ses ressources naturelles pour attirer des investissements et diversifier son économie, tandis que l’Italie cherche à sécuriser ses approvisionnements énergétiques dans un contexte géopolitique instable. Les prochains mois seront décisifs pour évaluer la concrétisation des engagements pris lors de cette visite, notamment sur les projets d’énergies renouvelables et les financements promis.