La Russie a officiellement activé son accord de pêche avec le Maroc le 31 décembre 2025, selon Yabiladi.com, sans que l’Algérie ou le Front Polisario n’aient émis d’objections publiques. Cette décision, annoncée par le ministère russe des Ressources naturelles et de l’Environnement, marque une étape dans la coopération bilatérale entre Moscou et Rabat, tout en soulevant des questions sur les équilibres géopolitiques en Afrique du Nord.
Un accord technique aux implications politiques
Pour Moscou, cette activation s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification de ses partenariats économiques, alors que les sanctions occidentales limitent ses échanges traditionnels. Le ministère russe a souligné que cet accord « contribuera à la sécurité alimentaire des deux pays », une formulation qui rappelle les justifications similaires utilisées pour les accords agricoles avec d’autres partenaires, comme la Turquie ou l’Iran.
Silence algérien et positionnement du Polisario
Plusieurs facteurs pourraient expliquer ce silence. D’abord, la Russie n’est pas partie prenante aux résolutions de l’ONU sur le Sahara occidental, contrairement à l’UE ou aux États-Unis, ce qui limite les leviers juridiques pour contester l’accord. Ensuite, les relations entre Alger et Moscou restent marquées par une coopération stratégique, notamment dans les domaines énergétique et militaire. En 2024, la Russie est devenue le premier fournisseur d’armes de l’Algérie, avec des contrats dépassant les 7 milliards de dollars. Une opposition frontale à cet accord pourrait fragiliser ce partenariat, alors que l’Algérie cherche à diversifier ses alliances face à la crise économique et aux tensions régionales.
Du côté du Polisario, la prudence s’explique peut-être par une volonté de ne pas s’aliéner un allié potentiel. Bien que la Russie n’ait jamais reconnu la République arabe sahraouie démocratique (RASD), elle a maintenu des contacts discrets avec les représentants du mouvement, notamment lors de forums internationaux. Une prise de position trop ferme contre l’accord de pêche pourrait compromettre ces canaux de dialogue, alors que le Polisario mise sur une médiation internationale pour relancer les négociations avec le Maroc.
Enjeux économiques et diplomatiques pour l'Algérie
Sur le plan diplomatique, le silence algérien pourrait aussi refléter une évolution de sa stratégie au Sahara occidental. Depuis 2022, Alger a durci son discours contre le Maroc, accusant Rabat de « menaces hybrides » et de soutien à des groupes séparatistes en Kabylie. Cependant, cette rhétorique ne s’est pas toujours traduite par des actions concrètes, comme en témoigne l’absence de sanctions économiques ou de rupture des relations diplomatiques. L’accord russo-marocain pourrait ainsi servir de test pour mesurer les limites de cette posture.
Par ailleurs, l’Algérie doit composer avec les attentes de ses partenaires traditionnels. La Chine, premier client du gaz algérien, a récemment appelé à une « solution pacifique » au conflit du Sahara occidental, sans prendre parti. Pékin, qui entretient des relations étroites avec le Maroc, pourrait voir d’un mauvais œil une escalade des tensions entre Alger et Rabat. Dans ce contexte, une réaction mesurée à l’accord de pêche russe permet à l’Algérie de préserver ses intérêts sans s’isoler sur la scène internationale.
Réactions internationales et perspectives
Pour le Maroc, cet accord renforce sa position en tant que partenaire fiable pour les puissances étrangères, malgré les controverses autour du Sahara occidental. Rabat mise sur ces partenariats pour consolider son modèle de développement économique, notamment dans les provinces du Sud, où les investissements publics et privés ont augmenté de 30 % depuis 2020. L’accord de pêche avec la Russie s’ajoute ainsi à une liste croissante d’accords similaires, notamment avec la Chine, le Japon et plusieurs pays africains.
En Algérie, cette décision pourrait inciter les autorités à revoir leur approche du dossier sahraoui. Jusqu’à présent, Alger a privilégié une diplomatie de principe, fondée sur le soutien au droit à l’autodétermination du peuple sahraoui. Cependant, l’absence de résultats concrets, malgré les résolutions de l’ONU et les pressions internationales, pousse certains analystes à plaider pour une approche plus pragmatique. L’accord russo-marocain pourrait ainsi servir de catalyseur pour une réévaluation de cette stratégie, notamment si d’autres pays suivent l’exemple de Moscou.
En définitive, l’activation de cet accord illustre les recompositions en cours dans les relations internationales, où les enjeux économiques priment souvent sur les considérations idéologiques. Pour l’Algérie, le défi sera de concilier ses principes avec les réalités d’un environnement géopolitique de plus en plus complexe.