L’Algérie renforce ses subventions céréalières face aux défis africains

Le gouvernement algérien a reconduit récemment un dispositif de subventions massives en faveur des producteurs de céréales, une décision qui s’inscrit dans une stratégie plus large d’autosuffisance alimentaire et de coopération avec l’Afrique subsaharienne. Selon le site TSA, cette mesure, annoncée fin octobre 2024, vise à soutenir les agriculteurs locaux tout en consolidant la position d’Alger comme acteur clé dans la sécurité alimentaire du continent.

Un soutien financier sans précédent
Les subventions, dont le montant exact n’a pas été divulgué, couvrent l’achat d’intrants agricoles, les semences et les équipements. Le ministre de l’Agriculture, Abdelhafid Henni, a précisé que cette initiative s’étendrait sur plusieurs années, avec un budget revu à la hausse pour 2025. « L’objectif est de stabiliser la production nationale et de réduire la dépendance aux importations, notamment en blé et en maïs », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Alger.

Cette politique intervient dans un contexte marqué par des tensions sur les marchés mondiaux des céréales, exacerbées par les conflits en Ukraine et les aléas climatiques. L’Algérie, qui importe près de 70 % de ses besoins en blé, cherche à inverser cette tendance en augmentant ses surfaces cultivables et en modernisant ses techniques agricoles. Selon les données de l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC), la production nationale a atteint 3,5 millions de tonnes en 2023, un chiffre encore insuffisant pour couvrir la demande intérieure.

Une coopération africaine en expansion
Au-delà de ses frontières, l’Algérie mise sur des partenariats avec les pays d’Afrique subsaharienne pour sécuriser ses approvisionnements et exporter son expertise. En septembre 2024, le président Abdelmadjid Tebboune a signé des accords avec le Mali et le Niger pour la création de fermes agricoles conjointes et la formation de techniciens locaux. « Notre expérience en matière de gestion des ressources hydriques et de mécanisation peut bénéficier à nos voisins », a souligné le chef de l’État lors d’une visite à Bamako.

Ces initiatives s’appuient sur des projets concrets, comme la construction d’un silo de stockage de 50 000 tonnes au Sénégal, financé par la Banque algérienne de développement (BAD). Par ailleurs, l’Algérie a lancé en 2023 un programme de distribution de semences résistantes à la sécheresse dans plusieurs pays du Sahel, en collaboration avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Des défis persistants
Malgré ces avancées, des obstacles subsistent. Les producteurs algériens pointent du doigt les retards dans le versement des subventions et les difficultés d’accès aux crédits bancaires. « Les procédures administratives sont encore trop lourdes, et les prix garantis par l’État ne couvrent pas toujours nos coûts de production », explique Mohamed Benamar, président de la Fédération nationale des agriculteurs (FNA).

Sur le plan international, l’Algérie doit composer avec la concurrence des géants agricoles comme la Russie et l’Union européenne, qui dominent les exportations de céréales vers l’Afrique. Selon un rapport de la Banque mondiale publié en septembre 2025, la dette publique du Gabon devrait dépasser 86 % de son PIB d’ici 2027, un indicateur des fragilités économiques du continent qui pourraient limiter les capacités d’achat des pays partenaires.

Un modèle à consolider
Pour renforcer son influence, Alger mise sur l’innovation. Le Centre national de recherche agronomique (CNRA) teste actuellement des variétés de blé adaptées aux sols arides, avec des rendements supérieurs de 20 % aux semences traditionnelles. « Ces recherches pourraient révolutionner l’agriculture saharienne », estime le directeur du CNRA, Rachid Messaoudi.

La reconduction des subventions céréalières marque ainsi une étape dans la stratégie algérienne de souveraineté alimentaire. Si les résultats se concrétisent, le pays pourrait devenir un fournisseur majeur pour l’Afrique subsaharienne, tout en réduisant sa facture d’importation. Reste à savoir si les moyens déployés suffiront à surmonter les défis logistiques et climatiques qui pèsent sur le secteur.

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