Revue de presse : Sécurité alimentaire Algérie, Hydrocarbures Algérie, Solaire Algérie…

**L’ÉTAT-RENTIER FACE À SES FANTÔMES : LE PARADOXE ALGÉRIEN**

L’Algérie se débat dans une équation qui n’a rien d’algébrique : comment concilier la dépendance aux hydrocarbures, qui financent 90% de ses exportations et 60% de son budget, avec les promesses d’une transition énergétique et d’une diversification économique ? Les actualités de ces dernières semaines dessinent une carte des tensions où chaque domaine semble à la fois une solution et un piège. L’État, héritier d’un système rentier forgé dans les années 1970, oscille entre la tentation de l’immobilisme et les secousses d’une modernisation contrainte par les crises.

Le fil rouge ? Une crise de légitimité qui traverse tous les secteurs. Que ce soit dans l’alimentation, où les scandales sanitaires révèlent l’opacité des circuits de distribution, ou dans la défense, où le déploiement de systèmes électroniques à la frontière marocaine rappelle que la souveraineté se joue aussi sur le terrain de la surveillance, l’Algérie peine à articuler une vision cohérente de son avenir. Les hydrocarbures, autrefois bénédiction, deviennent une malédiction : leur déclin relatif (la production de gaz a chuté de 10% depuis 2020) coïncide avec une demande européenne croissante, créant une dépendance mutuelle aussi fragile qu’inévitable.

**LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE, OU L’ART DE CACHER LA FAIM DERRIÈRE LES SCANDALES**

Le scandale Findus, les miels frelatés, le « Vody » (ce mélange de vodka et de caféine qui inonde les marchés informels) ne sont pas de simples anecdotes. Ils révèlent un système alimentaire en décomposition, où l’État, incapable de garantir l’autosuffisance, se contente de gérer les pénuries par des mesures répressives. La répression des fraudes, quand elle intervient, ressemble à un sparadrap sur une hémorragie : en 2023, l’Algérie a importé pour 12 milliards de dollars de produits alimentaires, soit près de 20% de ses importations totales.

Pourquoi une telle dépendance ? Parce que l’agriculture algérienne, malgré ses 8,5 millions d’hectares de terres arables, reste prisonnière d’un modèle extractiviste. Les subventions aux intrants (engrais, semences) profitent davantage aux intermédiaires qu’aux petits producteurs, tandis que les barrages, censés irriguer les cultures, servent surtout à alimenter les villes en eau potable. Le résultat ? Une double peine : l’Algérie importe ce qu’elle pourrait produire (blé, lait, viande) et exporte ce qu’elle ne maîtrise pas (les fraudes, les trafics, les maladies).

La santé publique paie le prix de cette gabegie. Les pénuries de médicaments essentiels, pointées par les industriels, ne sont pas seulement un problème de stocks : elles reflètent l’échec d’une politique pharmaceutique qui oscille entre nationalisme économique (avec la loi de 2020 imposant 40% de production locale) et dépendance aux laboratoires étrangers. DZDOC, la plateforme de santé connectée, tente de combler les lacunes du système public, mais elle se heurte à un mur : comment digitaliser la santé quand les hôpitaux manquent de tout, des antibiotiques aux lits d’urgence ?

**L’ÉNERGIE, ENTRE SOUVERAINETÉ ET DÉPENDANCE : LE PIÈGE EUROPÉEN**

L’Union européenne, assoiffée de gaz après la rupture avec la Russie, voit en l’Algérie un partenaire incontournable. Bruxelles a tracé une feuille de route pour éliminer le gaz russe d’ici 2028, et l’Algérie, troisième fournisseur de l’UE, est appelée à combler le vide. Problème : l’Algérie n’a pas les moyens de ses ambitions. Sa production stagne, ses infrastructures vieillissent, et son contrat avec l’Italie (via le gazoduc Transmed) est déjà saturé.

Pourtant, l’État algérien joue la carte de la souveraineté énergétique avec une certaine habileté. Le rapprochement avec le Niger, riche en uranium et en pétrole, s’inscrit dans une stratégie de diversification des approvisionnements. Mais cette coopération régionale masque une réalité plus sombre : l’Algérie, comme ses voisins, reste prisonnière d’un modèle extractiviste qui épuise ses ressources sans créer de valeur ajoutée locale.

Le solaire, présenté comme une solution miracle, illustre cette ambiguïté. L’Algérie dispose d’un potentiel solaire parmi les plus élevés au monde (2 500 heures d’ensoleillement par an), mais les projets peinent à décoller. Les énergies renouvelables ne représentent que 3% de la production électrique, loin des 30% promis pour 2030. Pourquoi ? Parce que la rente gazière reste trop lucrative pour être abandonnée. Les subventions aux énergies fossiles (estimées à 17 milliards de dollars en 2022) étouffent les investissements dans le solaire, tandis que les bureaucraties locales freinent les projets privés.

**L’ESPACE PUBLIC, TERRAIN DE LUTTE POUR LA LÉGITIMITÉ**

L’urbanisme algérien est un miroir brisé de la société. Les appropriations illégales de l’espace public, les gares ferroviaires fantômes, les tramways qui s’étendent sans logique de desserte : tout cela révèle une crise de gouvernance où l’État, incapable de planifier, se contente de gérer l’urgence.

Prenons le cas du métro d’Alger, dont l’extension affiche un « taux d’avancement de 99% ». Derrière ce chiffre se cache une réalité moins reluisante : les retards à répétition, les surcoûts, et surtout, l’absence de vision intégrée. Le métro ne sert pas les banlieues pauvres, où vivent 60% des Algérois, mais les centres-villes aisés. Même chose pour la nouvelle gare de Bab Ezzouar : elle est censée améliorer l’interconnexion des transports, mais sans liaison avec les quartiers informels qui bordent l’aéroport.

Cette schizophrénie urbaine reflète une fracture plus large : celle entre un État qui veut moderniser à marche forcée et une société qui résiste, ou du moins, qui s’adapte. Les espaces publics deviennent des zones de conflit où se jouent des rapports de force. Les jeunes, exclus du marché du travail formel, investissent les rues, les places, les cafés, transformant l’urbanisme en un champ de bataille pour la reconnaissance.

**LA POLITIQUE, OU L’ART DE SIMULER LA DÉMOCRATIE**

L’élection présidentielle algérienne, prévue pour décembre 2024, s’annonce comme une farce électorale – pour reprendre les termes d’un observateur. Les candidatures se multiplient, mais le résultat est connu d’avance : Abdelmadjid Tebboune, soutenu par l’armée et les services de sécurité, sera réélu. Pourtant, cette mascarade n’est pas sans importance. Elle révèle une stratégie de légitimation par le vide : l’État organise des élections pour donner l’illusion du choix, tout en verrouillant le système.

Les partis politiques, qu’ils soient d’opposition (comme le Front des Forces Socialistes) ou pro-gouvernementaux, sont réduits à des courroies de transmission. Leur rôle ? Donner une apparence de pluralisme, tout en évitant toute remise en cause du pouvoir réel, détenu par l’armée et les services de renseignement. Youcef Aouchiche, candidat du Front de Libération Nationale (FLN), incarne cette comédie : son parti, autrefois hégémonique, n’est plus qu’une coquille vide, mais il sert encore de faire-valoir.

Pourquoi maintenir ce théâtre ? Parce que l’Algérie, comme beaucoup de régimes autoritaires, a besoin d’un ennemi intérieur pour justifier sa répression. Les jeunes, les chômeurs, les militants des droits de l’homme : tous sont présentés comme des menaces à la stabilité. Les concours de recrutement dans la fonction publique (400 postes pour les bacheliers, 1 200 pour les inspecteurs de la jeunesse) ne sont que des pansements sur une plaie ouverte : le chômage des jeunes dépasse 30%, et l’économie informelle emploie près de 50% de la population active.

**LA DÉFENSE, ENTRE MENACE EXTÉRIEURE ET CONTRÔLE INTÉRIEUR**

Le déploiement d’un système de guerre électronique à la frontière marocaine n’est pas une simple mesure technique. Il s’inscrit dans une escalade militaire qui rappelle que l’Algérie et le Maroc sont engagés dans une course aux armements depuis des décennies. Les radars GF 300, produits par Thales, ne servent pas seulement à surveiller les mouvements de troupes : ils permettent aussi de contrôler les communications, y compris celles des citoyens algériens.

Cette militarisation croissante pose une question cruciale : à quoi sert l’armée algérienne ? Officiellement, elle défend le pays contre les menaces extérieures (le Maroc, mais aussi les groupes jihadistes au Sahel). En réalité, elle est avant tout un instrument de contrôle intérieur. Les services de renseignement (le DRS, aujourd’hui dissous mais toujours actif sous d’autres formes) ont historiquement joué un rôle clé dans la répression des oppositions. Le déploiement de technologies de surveillance à la frontière n’est qu’une extension de cette logique.

Pourtant, cette stratégie a un coût. L’Algérie dépense près de 10 milliards de dollars par an pour sa défense, soit 6% de son PIB – un record pour un pays en paix. Ces dépenses, financées par la rente pétrolière, privent les secteurs sociaux (santé, éducation, logement) de ressources essentielles. Le paradoxe est cruel : plus l’Algérie se militarise, plus elle affaiblit sa cohésion sociale.

**LES EXPORTATIONS, OU L’ILLUSION D’UNE DIVERSIFICATION**

L’Algérie veut exporter davantage, mais vers où ? Les 400 tonnes de marchandises envoyées en Mauritanie ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan des échanges régionaux. Le vrai enjeu, c’est l’Afrique subsaharienne, où le patronat algérien voit un eldorado pour ses produits. Pourtant, cette ambition se heurte à une réalité : l’Algérie n’a pas

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