En juin 2024, le paysage médiatique algérien a perdu l’une de ses dernières plateformes indépendantes. Le site web de Radio M, dirigé par le journaliste Ihsane El Kadi, a cessé de publier, marquant un nouveau recul pour la liberté de la presse en Algérie. Cette fermeture intervient dans un contexte de répression accrue contre les voix critiques, où les autorités multiplient les pressions sur les médias et les opposants.
Une fermeture sous pression
La fermeture de Radio M s’inscrit dans une stratégie plus large de musellement des médias. Depuis 2020, plusieurs titres indépendants ont été contraints de fermer ou de s’exiler, comme Maghreb Émergent ou TSA. Les autorités algériennes justifient ces mesures par des arguments juridiques, invoquant des infractions aux lois sur la presse ou des atteintes à la « sûreté nationale ». Pourtant, selon des observateurs comme Amnesty International, ces accusations servent souvent à punir les journalistes pour leurs reportages sur la corruption ou les violations des droits humains.
Un journaliste emblématique
Dans une interview accordée à Libération en 2022, El Kadi avait déclaré : « En Algérie, le journalisme est devenu un métier à haut risque. Les lois sont utilisées pour criminaliser ceux qui osent poser des questions. » Ses propos résonnent aujourd’hui avec une actualité brûlante, alors que d’autres journalistes, comme Khaled Drareni, continuent de subir des pressions similaires.
Le Hirak toujours dans le viseur
Cette répression numérique s’accompagne d’une surveillance accrue des médias en ligne. Les sites critiques sont souvent bloqués, et leurs journalistes harcelés par des poursuites judiciaires. En 2024, au moins 15 journalistes ont été convoqués par la police ou la justice pour des motifs liés à leur travail, selon un rapport de RSF. Parmi eux, des reporters couvrant les manifestations ou les affaires de corruption, comme ceux du site Algerie Part.
Un paysage médiatique sous contrôle
La fermeture de Radio M illustre cette tendance. Sans accès aux recettes publicitaires et sous la menace constante de poursuites, les médias indépendants algériens sont contraints de choisir entre l’autocensure et la disparition. Ihsane El Kadi, malgré son emprisonnement et la fermeture de ses médias, reste un symbole de résistance. En 2022, il avait reçu le prix PEN/Barbey Freedom to Write, décerné aux écrivains et journalistes emprisonnés pour leur travail.
Réactions internationales et locales
Sur le plan local, les réactions sont plus discrètes, en raison de la peur des représailles. Certains journalistes algériens, sous couvert d’anonymat, ont confié à des médias étrangers que la situation était « pire qu’en 2019 », au début du Hirak. « Les arrestations et les fermetures de médias se multiplient, et personne n’ose en parler ouvertement », a déclaré l’un d’eux à Middle East Eye.
Un avenir incertain pour la presse algérienne
Ihsane El Kadi, lui, reste en détention. Sa famille et ses avocats dénoncent des conditions de détention difficiles, avec des restrictions d’accès aux soins médicaux. En mai 2025, son cas a été évoqué lors d’une audience à la Cour européenne des droits de l’homme, où des ONG ont demandé son transfert dans un pays tiers pour des raisons humanitaires.
La fermeture de Radio M n’est pas un cas isolé, mais le symptôme d’un système où la presse libre est en voie de disparition. Pour les Algériens, cela signifie une information de plus en plus contrôlée, où les sujets sensibles – corruption, Hirak, droits humains – sont systématiquement étouffés. Dans ce contexte, la résistance des journalistes comme El Kadi devient un acte de courage, mais aussi un rappel des défis qui attendent l’Algérie sur la voie de la démocratie.