Le 30 juillet 2024, la France a officiellement modifié sa position sur le Sahara occidental en affirmant que « son présent et son avenir s’inscrivent dans le cadre de la souveraineté marocaine ». Cette déclaration, rapportée par RFI et reprise par plusieurs médias internationaux, marque un tournant dans la diplomatie française et provoque une réaction immédiate d’Alger. Le ministère des Affaires étrangères algérien a convoqué l’ambassadeur de France en Algérie, François Gouyette, pour exprimer « l’indignation » du gouvernement algérien face à cette décision, qualifiée de « violation flagrante du droit international ».
Une rupture avec des décennies de neutralité française
Pour l’Algérie, ce changement est interprété comme une trahison. Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a déclaré dans un communiqué que « la France a choisi de sacrifier les principes du droit international au profit d’intérêts conjoncturels ». Cette position algérienne est partagée par le Front Polisario, qui a qualifié la décision française de « provocation » et a menacé de reconsidérer ses relations avec Paris. Le représentant du Polisario en Europe, Oubi Bouchraya, a affirmé que cette décision « ne fera qu’envenimer le conflit et saper les efforts de paix ».
Réactions en cascade à Alger
Sur le plan militaire, l’Algérie a également durci le ton. Le chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP), le général Saïd Chanegriha, a reçu récemment le commandant de l’AFRICOM, le général Michael Langley, pour discuter des « menaces régionales ». Selon L’Algérie Aujourd’hui, cette rencontre a été l’occasion pour Alger de rappeler son rôle central dans la stabilité du Sahel et de mettre en garde contre toute tentative de déstabilisation de la région. Bien que le communiqué officiel n’ait pas mentionné explicitement la France ou le Maroc, les observateurs y voient une réponse indirecte au revirement français.
L’Algérie renforce ses alliances alternatives
Parallèlement, l’Algérie a intensifié ses échanges avec l’Afrique du Sud, un autre allié historique du Polisario. Les deux pays ont annoncé la création d’un groupe de travail conjoint pour « coordonner leurs efforts diplomatiques » sur le Sahara occidental. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de relance du panafricanisme, comme le souligne un récent rapport du Africa Center for Strategic Studies. Selon ce rapport, l’Algérie cherche à se positionner comme un leader régional capable de contrer l’influence marocaine en Afrique.
Conséquences économiques et énergétiques
Sur le plan énergétique, l’Algérie a également renforcé sa coopération avec la Turquie. Récemment, les deux pays ont signé un accord pour la construction d’une usine de production d’hydrogène vert dans la région d’Adrar. Ce projet, d’un montant de 2 milliards de dollars, s’inscrit dans la stratégie algérienne de diversification de son mix énergétique. Selon El Watan, cet accord pourrait servir de modèle pour d’autres partenariats avec des pays non occidentaux, notamment la Chine et l’Inde.
Un conflit qui s’internationalise
Pour l’Algérie, cette crise est l’occasion de mobiliser ses alliés traditionnels et de renforcer son influence sur la scène internationale. Le pays a récemment obtenu le soutien de l’Union africaine, qui a réaffirmé son attachement à la résolution 1514 des Nations unies, garantissant le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Selon des diplomates algériens cités par TSA, cette crise pourrait aussi servir de catalyseur pour une relance des négociations sous l’égide de l’ONU, bien que les perspectives de paix restent incertaines.
Une diplomatie algérienne en mouvement
Pour l’Algérie, le conflit du Sahara occidental n’est pas seulement une question de principe, mais aussi une question de sécurité régionale. Le pays craint que la reconnaissance de la souveraineté marocaine ne crée un précédent dangereux pour d’autres conflits territoriaux en Afrique. Dans ce contexte, Alger semble déterminé à utiliser tous les leviers diplomatiques, économiques et militaires à sa disposition pour contrer ce qu’elle perçoit comme une menace à sa stabilité et à son influence.