Revue de presse : Relations Algérie Maroc, Emploi jeunes Algérie, Équipe nationale Algérie…

**L’ALGÉRIE, UNE MOSAÏQUE EN TENSION : LE PARADOXE DE LA SURVIE ET DE L’INERTIE**

L’Algérie contemporaine se donne à lire comme un palimpseste où s’entremêlent les strates d’un État-nation en perpétuelle reconstruction et les fractures d’une société en quête d’elle-même. Les actualités de ces dernières semaines, loin d’être des faits épars, dessinent une cartographie des contradictions algériennes : entre souveraineté affichée et dépendances structurelles, entre modernisation autoritaire et résistances culturelles, entre urgence écologique et inertie bureaucratique. Ce qui frappe, c’est moins la diversité des sujets que leur imbrication dans un même système de contraintes – un éco-système où chaque domaine agit comme un révélateur des autres.

Prenons un fil rouge : l’eau. Le projet de transferts massifs à Sétif (domaine 6) n’est pas qu’une prouesse technique ; il est le symptôme d’une crise hydrique qui renvoie au changement climatique (domaine 4), mais aussi à la gestion des ressources comme outil de contrôle social – une logique que l’on retrouve dans le Projet d’Anatolie du Sud-Est (GAP) turc, brandi comme un modèle par le Maroc (domaine 1). L’eau, ici, n’est pas seulement une question environnementale : c’est un enjeu géopolitique, économique, et même littéraire – comment ne pas penser aux métaphores aquatiques de Jean Sénac (domaine 5), ce poète qui voyait dans l’Algérie un corps assoiffé de justice ?

Cette revue de presse se propose de décrypter ces interconnexions, non pour céder à la facilité des analogies, mais pour révéler les dynamiques profondes qui travaillent l’Algérie : une société en équilibre précaire entre la tentation du repli et l’impératif de l’ouverture, entre la nostalgie des grands récits (le football, la révolution, la langue) et l’urgence des défis concrets (emploi, santé, climat).

**1. LA GUERRE DES EAUX : GÉOPOLITIQUE, ÉCOLOGIE ET SOUVERAINETÉ**

Le Projet d’Anatolie du Sud-Est (GAP), présenté comme un « chantier économique colossal » par la Turquie, est bien plus qu’un simple aménagement hydraulique. Il incarne une rationalisation extrême des ressources, où l’eau devient à la fois une arme contre-insurrectionnelle (en asséchant les zones kurdes) et un levier de puissance régionale. Cette logique n’est pas sans écho en Algérie, où les transferts d’eau à Sétif – présentés comme une solution technique – masquent une réalité plus trouble : celle d’un État qui, faute de pouvoir résoudre la crise structurelle de l’agriculture et de l’urbanisation anarchique, se rabat sur des mégaprojets pour gagner du temps.

Le parallèle avec le Maroc est frappant. Rabat, en instrumentalisant la question hydrique (barrages, dessalement), cherche à affaiblir l’Algérie en jouant sur ses vulnérabilités internes. La guerre des eaux, ici, n’est pas une métaphore : c’est une stratégie de long terme, où l’écologie devient un champ de bataille. D’autant que l’Algérie, comme le révèle l’étude sur les variations microclimatiques à Ghardaïa (domaine 4), subit déjà les effets du réchauffement – avec des températures en hausse et une désertification accrue. La réponse algérienne ? Une fuite en avant technocratique, où les solutions techniques (transferts, dessalement) occultent l’absence de politique agricole durable.

Contradiction majeure : L’État algérien, qui se présente comme le garant de la souveraineté nationale, dépend en réalité de ces mégaprojets pour masquer son incapacité à réformer en profondeur. L’eau, ressource vitale, devient ainsi un outil de légitimation politique – au risque de creuser les inégalités territoriales (les villes côtières vs. l’intérieur) et de reporter les vraies solutions (agroécologie, gestion décentralisée).

**2. JEUNESSE ALGÉRIENNE : ENTRE RECRUTEMENT D’ÉTAT ET DÉSESPÉRANCE STRUCTURELLE**

Les concours de recrutement dans la jeunesse et les sports (domaine 2) – 400 postes pour les bacheliers, fin du flou sur les listes de réserve dans l’Éducation nationale – pourraient passer pour une bonne nouvelle. Ils ne sont en réalité que la partie émergée d’un iceberg : celui d’un système qui, face à l’urgence du chômage des jeunes (25% officiellement, bien plus en réalité), mise sur l’emploi public comme soupapes sociale.

Pourtant, ces recrutements masquent une réalité plus sombre :
Une jeunesse sacrifiée : Les postes offerts sont souvent précaires (contrats courts, salaires bas) et ne résolvent pas la crise de sens qui frappe une génération en quête d’avenir. Le football, avec ses scandales de corruption (domaine 3), en est le miroir : les jeunes Algériens, privés de perspectives, se raccrochent aux exploits (réels ou fantasmés) de l’équipe nationale comme à une planche de salut.
Un État employeur en faillite : L’Algérie compte aujourd’hui plus de 2,5 millions de fonctionnaires – un record. Mais cette politique de recrutement massif, héritée des années 1970, est devenue insoutenable. Elle étouffe l’initiative privée (le secteur informel représente 50% de l’économie) et crée une dépendance à l’État-providence, lui-même dépendant des hydrocarbures.
La recherche médicale en otage (domaine 7) : Les campagnes de vaccination contre la grippe ou le Covid-19, si elles sont nécessaires, révèlent aussi les failles d’un système de santé sous-financé. Les jeunes médecins, formés à grand frais, fuient vers l’étranger (la « fuite des cerveaux » coûte 1,5 milliard de dollars par an à l’Algérie). Pendant ce temps, l’État recrute des inspecteurs de jeunesse… pour encadrer une jeunesse qu’il a lui-même précarisée.

Fils rouges avec d’autres domaines :
Littérature : Comment ne pas voir, dans la poésie d’Anna Gréki ou de Jean Sénac (domaine 5), l’expression d’une jeunesse en quête de repères ? Leurs textes, entre révolte et mélancolie, résonnent avec la désillusion actuelle.
Industrie : Les IDE en hausse (domaine 9) pourraient créer des emplois – mais à condition que l’État cesse de privilégier le secteur public. Or, les scandales de corruption (Honeywell, BNPJ – domaine 10) montrent que le système est verrouillé par des réseaux clientélistes.

**3. CULTURE ET IDENTITÉ : LE NOUVEL AN AMAZIGH, ENTRE RÉCUPÉRATION ET RÉSISTANCE**

La célébration du Yennayer (Nouvel An amazigh) à Béjaïa, Oran ou Gabès (domaine 8) est un phénomène récent – et révélateur. Officiellement reconnu depuis 2018, ce rituel ancestral est devenu un marqueur identitaire, mais aussi un enjeu politique.

Une reconnaissance sous contrôle : L’État algérien, après des décennies de marginalisation de la culture amazighe (interdiction de la langue, répression des revendications berbères), a fini par intégrer le Yennayer dans le calendrier officiel. Mais cette reconnaissance est ambivalente : elle sert autant à apaiser les tensions qu’à contrôler l’expression amazighe, en la folklorisant.
Résistance culturelle : Les célébrations locales (à Béjaïa, par exemple) montrent que la société civile se réapproprie ce patrimoine, en dehors des cadres étatiques. La littérature algérienne (domaine 5) joue ici un rôle clé : des auteurs comme Jamel Eddine Bencheikh ou Anna Gréki ont contribué à faire de l’amazighité une composante essentielle de l’algérianité – contre les récits jacobins de l’État.
Lien avec le changement climatique (domaine 4) : Le Yennayer, fête agraire à l’origine, rappelle que les sociétés amazighes ont développé des savoirs écologiques millénaires (gestion de l’eau, agriculture en zones arides). Des savoirs que l’Algérie moderne, obnubilée par les mégaprojets, a largement ignorés.

Contradiction : L’État algérien, qui se présente comme le défenseur de l’unité nationale, est en réalité en retard sur sa propre société. Les jeunes Algériens, connectés au monde, revendiquent une identité plurielle (arabe, amazighe, africaine, méditerranéenne) – là où le pouvoir reste figé dans un nationalisme étriqué.

**4. FOOTBALL, CORRUPTION ET NATIONALISME : LE TRIANGLE INFERNAL**

L’équipe nationale de football (domaine 3) est un miroir grossissant des contradictions algériennes. D’un côté, elle incarne l’espoir d’une jeunesse en mal de victoires (la CAN, les exploits de 1982) ; de l’autre, elle révèle les travers d’un système gangrené par la corruption.

Le football comme opium du peuple : Les scandales de matchs arrangés ou de droits humains bafoués (les joueurs algériens en Arabie Saoudite, par exemple) sont systématiquement étouffés. Pourquoi ? Parce que le football est un exutoire pour une population privée de libertés politiques. Les victoires sportives servent de dérivatif aux échecs économiques.
Lien avec l’emploi des jeunes : Les stades algériens sont pleins de jeunes chômeurs qui rêvent de devenir Mahrez ou Brahimi. Mais le football professionnel algérien, sous-financé et corrompu, ne peut absorber cette main-d’œuvre. Résultat : des milliers de jeunes tentent leur chance à l’étranger – souvent dans des conditions précaires.
Infrastructures et clientélisme (domaine 10) : Les stades flambant neufs (comme celui de Douera) sont construits par des entreprises liées au pouvoir, dans le cadre de contrats opaques. Pendant ce temps, les hôpitaux manquent de lits et les écoles de professeurs.

Paradoxe : Le football, qui devrait être un facteur d’unité, devient un révélateur des fractures algériennes. Les supporters, autrefois fer de lance de la contestation (comme en 2019), sont aujourd’hui divisés entre ceux qui soutiennent le système (par intérêt ou par résignation) et ceux qui le rejettent.

**5. SANTÉ, CLIMAT, INDUSTRIE : LES TRO

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