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**Le miroir brisé de l’Algérie : entre répression et résilience**
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’omniprésence d’un État qui, tel un Janus bifrons, présente deux visages. D’un côté, un pouvoir centralisé, soucieux de maîtriser les flux – économiques, technologiques, médiatiques –, et de l’autre, une société civile et des acteurs économiques qui, malgré les contraintes, trouvent des interstices pour innover, résister ou contourner. La question n’est plus de savoir si l’Algérie change, mais comment elle change : par à-coups, par secousses, dans un mouvement qui rappelle moins une transition qu’une tectonique des plaques, où les tensions accumulées finissent par produire des séismes localisés.
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**La justice, ou l’art de l’effacement sélectif**
Cette sélectivité judiciaire n’est pas un hasard. Elle répond à une logique de pouvoir où la lutte contre la corruption sert moins à moraliser la vie publique qu’à éliminer les rivaux politiques et à rassurer les investisseurs étrangers – ceux-là mêmes qui, comme Huawei pour la 5G, bénéficient de contrats juteux malgré les soupçons de collusion. La justice algérienne, en somme, est un théâtre où l’on joue Les Perses d’Eschyle : les vainqueurs écrivent l’histoire, et les vaincus disparaissent dans les coulisses.
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**Technologie et souveraineté : le bitcoin comme bouc émissaire**
Pourtant, cette interdiction est un aveu d’impuissance. Elle révèle l’incapacité de l’Algérie à proposer une alternative crédible à une jeunesse connectée, qui voit dans les cryptos un moyen de contourner les rigidités du système bancaire. Pire, elle entre en contradiction avec les ambitions affichées en matière de 5G et d’innovation agricole. Comment prétendre développer une « économie du savoir » quand on interdit les outils qui permettent aux entrepreneurs de se financer ? La réponse est simple : la modernisation algérienne est sélective. Elle privilégie les infrastructures (5G, usines laitières) qui renforcent le contrôle de l’État, tout en réprimant les innovations qui menacent son monopole sur les flux économiques.
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**5G et agriculture : le grand écart technologique**
Mais cette modernisation bute sur un écueil : l’absence de cohérence stratégique. La 5G est déployée dans des zones urbaines où les infrastructures existantes suffiraient, tandis que les régions rurales, pourtant cruciales pour l’agriculture, restent à la traîne. Les projets primés au Sipsa-Innov – souvent portés par des start-ups – peinent à passer à l’échelle, faute de financements et de soutien institutionnel. Résultat : l’Algérie se retrouve avec des îlots d’excellence technologique, mais sans écosystème capable de les faire fructifier. Comme si l’État, tel un jardinier maladroit, plantait des graines sans se soucier de la terre qui les accueille.
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**Patrimoine et tourisme : l’or invisible**
La raison ? Une méfiance viscérale envers tout ce qui pourrait échapper au contrôle de l’État. Le tourisme, par nature décentralisé et transnational, est perçu comme une menace. Les visas restent difficiles à obtenir, les investissements étrangers sont découragés, et les projets locaux – comme ceux primés au Sipsa-Innov – sont souvent étouffés par la bureaucratie. Le patrimoine algérien, en somme, est comme ces ruines romaines qui parsèment le pays : majestueux, mais laissé à l’abandon, faute de volonté politique de le faire vivre.
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**Médias et finances publiques : le théâtre de l’absurde**
Les médias, quant à eux, sont pris dans un étau. Officiellement, la presse algérienne est libre ; dans les faits, elle est soumise à une autocensure permanente, où les sujets sensibles – corruption, élections, cybercriminalité – sont soit ignorés, soit traités sous l’angle de la propagande. Le résultat est une information à deux vitesses : d’un côté, des médias d’État qui célèbrent les succès du régime, de l’autre, des réseaux sociaux où circulent les rumeurs et les vérités interdites. Dans ce contexte, le citoyen algérien est réduit au rôle de spectateur, condamné à regarder une pièce dont il connaît la fin, mais dont il ignore les dialogues.
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**Élections et légitimité : le triomphe du simulacre**
Pourtant, cette mascarade électorale n’est pas sans conséquences. Elle révèle une crise de légitimité profonde, où le pouvoir, incapable de se renouveler par les urnes, doit recourir à la force symbolique des chiffres pour se maintenir. Elle montre aussi que l’Algérie est entrée dans une ère post-démocratique, où les élections ne servent plus à choisir des dirigeants, mais à légitimer un système. Le paradoxe ? Plus le régime se crispe sur son pouvoir, plus il s’affaiblit. Car une légitimité fabriquée est une légitimité fragile : elle tient tant que personne ne la remet en cause.
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**Importations et dépendance : la malédiction du lait**
Pourtant, là encore, les contradictions abondent. L’Algérie pourrait être autosuffisante en lait, en blé, en légumes – elle en a les terres et les ressources. Mais les politiques agricoles, marquées par des décennies de négligence et de corruption, ont stérilisé ce potentiel. Les projets comme celui de l’usine laitière sont des rustines sur une économie en crise : ils permettent de gagner du temps, mais pas de résoudre les problèmes de fond. Le jour où les cours du pétrole chuteront durablement, l’Algérie découvrira que sa souveraineté alimentaire était une illusion.
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