L’Algérie a officiellement lancé son réseau 5G cette semaine, marquant une étape dans la modernisation de ses infrastructures télécoms. Selon El Moudjahid, les trois opérateurs historiques – Algérie Télécom, Mobilis et Djezzy – ont activé leurs premières antennes dans les grandes villes, dont Alger, Oran et Constantine. Le ministre des Postes et des Télécommunications, Karim Bibi Triki, a confirmé que le déploiement s’étendra progressivement aux wilayas du Sud d’ici la fin de l’année.
Les premiers tests, menés en collaboration avec des équipementiers comme Huawei et Ericsson, montrent des débits dépassant 1 Gbit/s dans les zones couvertes. Pourtant, des obstacles persistent. La directrice générale de l’Autorité de régulation de la poste et des communications électroniques (ARPCE), Fatma-Zohra Benbraham, a souligné lors d’une conférence de presse que « l’insuffisance des fréquences disponibles et les coûts élevés des équipements freinent une couverture nationale immédiate ». Les opérateurs devront aussi composer avec des infrastructures vieillissantes, notamment dans les zones rurales où la fibre optique reste limitée.
Les enjeux économiques sont majeurs. Selon une étude récente de Jeune Afrique, la 5G pourrait booster la productivité des entreprises algériennes de 15 à 20 % d’ici 2028, notamment dans les secteurs de la santé, de l’agriculture intelligente et de l’industrie 4.0. Le groupe Sonelgaz a déjà annoncé un partenariat avec Algérie Télécom pour déployer des compteurs intelligents connectés en 5G, réduisant les pertes d’énergie estimées à 12 % du réseau national.
Cependant, les critiques ne manquent pas. Des associations de consommateurs, comme Consumers International Algérie, pointent le manque de transparence sur les tarifs. « Aucun opérateur n’a encore communiqué sur les forfaits 5G, alors que les prix pourraient doubler par rapport à la 4G », explique leur porte-parole, Amine Belkacem. Par ailleurs, des experts en cybersécurité, comme le professeur Mohamed Chawki de l’Université d’Alger, alertent sur les risques accrus de piratage avec l’augmentation des objets connectés.
Sur le plan régional, l’Algérie rattrape son retard face au Maroc et à la Tunisie, qui ont lancé leurs réseaux 5G dès 2022. Mais contrairement à ses voisins, qui dépendent largement d’investissements étrangers, Alger mise sur des partenariats locaux. La société publique Cevital Télécom a ainsi remporté un appel d’offres pour fournir des équipements 5G fabriqués en Algérie, une première dans le pays.
Les prochains mois seront décisifs. L’ARPCE prévoit d’organiser des audits trimestriels pour évaluer la qualité du service, tandis que le gouvernement a promis des incitations fiscales pour les opérateurs couvrant les zones reculées. Pour les Algériens, la 5G reste avant tout une promesse : celle d’un internet plus rapide, mais aussi d’une économie moins dépendante des hydrocarbures. Comme l’a résumé un ingénieur de Mobilis sous couvert d’anonymat : « La technologie est là. Maintenant, il faut que les usages suivent. »