Cette semaine, l’Algérie a marqué une étape significative dans sa coopération avec l’Allemagne, en ciblant deux secteurs stratégiques : l’hydrogène vert et les mines. Le ministre de l’Énergie et des Mines, Mohamed Arkab, a reçu à Alger le secrétaire d’État au ministère bavarois de l’Économie, du Développement régional et de l’Énergie, Tobias Gotthardt, pour discuter de projets concrets. Selon l’Agence Presse Service (APS), cette rencontre s’inscrit dans le cadre d’un partenariat plus large, officialisé en novembre 2025 lors d’une visite d’une délégation allemande en Algérie.
Les discussions ont porté sur des investissements allemands dans la production d’hydrogène vert, une énergie propre dont l’Algérie compte devenir un acteur clé en Méditerranée. Le pays dispose d’un potentiel solaire et éolien considérable, estimé à plus de 3 000 heures d’ensoleillement par an, selon des études du Centre de Développement des Énergies Renouvelables (CDER). L’Allemagne, qui vise la neutralité carbone d’ici 2045, cherche à sécuriser des approvisionnements en hydrogène vert pour remplacer les énergies fossiles. Un accord-cadre, signé en marge de la visite, prévoit la création d’une task force mixte pour identifier les sites de production et les infrastructures nécessaires au transport de l’hydrogène vers l’Europe.
Parallèlement, les deux parties ont abordé la coopération minière, un secteur en pleine expansion en Algérie. Le pays recèle des réserves importantes de minerais stratégiques, comme le phosphate, le fer et les terres rares, essentielles pour les technologies vertes et les industries high-tech. Selon La Patrie News, l’Allemagne s’intéresse particulièrement à l’exploitation du lithium, utilisé dans les batteries électriques, et du cobalt, indispensable pour les véhicules autonomes. Un mémorandum d’entente a été évoqué pour faciliter les investissements allemands dans l’exploration et l’extraction, tout en respectant les normes environnementales algériennes.
Ce rapprochement s’inscrit dans une dynamique plus large de diversification des partenariats économiques de l’Algérie. Après des années de dépendance aux hydrocarbures, le gouvernement algérien mise sur les énergies renouvelables et les minerais pour attirer des investisseurs étrangers. L’Allemagne, qui a déjà investi dans des projets solaires en Algérie via des entreprises comme Siemens Energy, voit dans ce partenariat une opportunité de réduire sa dépendance aux approvisionnements russes et chinois. Pour Alger, il s’agit aussi de renforcer sa position géopolitique en Méditerranée, en devenant un fournisseur clé d’énergies propres pour l’Europe.
Les défis restent cependant nombreux. La production d’hydrogène vert nécessite des infrastructures coûteuses et une expertise technique que l’Algérie doit encore développer. Selon des experts cités par Algerie Eco, le pays devra investir plusieurs milliards de dollars dans des usines de dessalement d’eau de mer, des électrolyseurs et des pipelines pour exporter l’hydrogène vers l’Europe. Côté minier, les procédures administratives et les retards dans les projets d’exploration freinent encore les investissements étrangers. Le ministre Arkab a reconnu ces obstacles lors de sa rencontre avec Gotthardt, promettant des réformes pour simplifier les démarches et attirer davantage de capitaux allemands.
Sur le plan diplomatique, ce partenariat pourrait aussi apaiser les tensions entre l’Algérie et l’Union européenne. Bruxelles a récemment réaffirmé son soutien à l’Algérie comme « partenaire stratégique clé », selon les propos de la commissaire européenne Dubravka Suica, rapportés par El Moudjahid. L’UE cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement énergétique après la guerre en Ukraine, et l’Algérie, avec ses réserves de gaz et son potentiel renouvelable, apparaît comme un allié incontournable. Les discussions en cours incluent également des projets de connectivité électrique entre l’Algérie et l’Europe, via des câbles sous-marins en Méditerranée.
Pour l’Algérie, ce partenariat avec l’Allemagne représente une opportunité de moderniser son économie et de créer des emplois qualifiés. Les secteurs de l’hydrogène et des mines pourraient générer des milliers d’emplois, notamment dans les régions du Sud, où les ressources sont les plus abondantes. Le gouvernement algérien mise aussi sur la formation de techniciens et d’ingénieurs spécialisés, en collaboration avec des universités et centres de recherche allemands. Des programmes d’échange ont déjà été lancés, comme celui entre l’Université des Sciences et de la Technologie Houari-Boumédiène (USTHB) et l’Institut Fraunhofer en Allemagne.
Les prochains mois seront décisifs pour concrétiser ces projets. Une délégation algérienne doit se rendre en Bavière en 2026 pour finaliser les détails techniques et financiers des accords. Du côté allemand, des entreprises comme Thyssenkrupp et MAN Energy Solutions ont déjà manifesté leur intérêt pour participer à des appels d’offres en Algérie. Si ces partenariats aboutissent, ils pourraient positionner l’Algérie comme un hub énergétique et minier en Afrique du Nord, tout en renforçant ses liens avec l’Europe.
Reste à voir comment ce partenariat évoluera face aux enjeux géopolitiques régionaux. Le conflit au Sahara occidental, qui oppose l’Algérie au Maroc, pourrait influencer les relations entre Alger et ses partenaires européens. L’Allemagne, qui entretient des liens étroits avec Rabat, devra naviguer avec prudence pour éviter de froisser l’une ou l’autre partie. Pour l’instant, Berlin semble privilégier une approche pragmatique, axée sur les intérêts économiques plutôt que sur les tensions diplomatiques. Une stratégie qui pourrait servir de modèle pour d’autres pays européens cherchant à coopérer avec l’Algérie.