Revue de presse : Transition énergétique Algérie, Pharmacie Algérie, Algériens à l’étranger…

**L’ÉQUATION ALGÉRIENNE : UNE SOCIÉTÉ EN SUSPENS ENTRE DEUX MONDES**

L’Algérie contemporaine se débat dans une tension fondamentale, celle d’un pays qui oscille entre l’héritage d’un système rentier et les impératifs d’une modernité qu’elle redoute autant qu’elle la convoite. Les actualités de ces dernières semaines, loin d’être des fragments épars, dessinent les contours d’une société prise dans une nasse : celle d’un État qui cherche à préserver son modèle tout en étant contraint, par la force des choses, de le réformer. Mais réformer quoi, au juste ? Le système énergétique, miné par la dépendance aux hydrocarbures ? Le contrat social, fissuré par les inégalités et les frustrations ? Ou bien cette identité nationale, tiraillée entre une mémoire officielle et les récits fragmentés des Algériens de l’étranger ?

Ce qui frappe, à la lecture de ces dix domaines d’actualité, c’est l’absence de rupture franche. L’Algérie avance par ajustements, par coups de projecteur médiatiques, par annonces dont on sait qu’elles seront partiellement appliquées – quand elles ne seront pas purement et simplement oubliées. Pourtant, derrière cette apparente inertie, des dynamiques profondes travaillent le pays. Des dynamiques qui, si elles ne sont pas maîtrisées, pourraient bien faire basculer l’Algérie dans une ère de turbulences dont elle n’a pas encore pris la mesure.

**LA RENTE ÉNERGÉTIQUE : LE PIÈGE QUI SE REFERME**

L’Algérie est un pays pétrolier. Elle l’a toujours été, et elle le restera, du moins dans l’imaginaire collectif. Pourtant, les signes d’essoufflement se multiplient. Les trois actualités du secteur des hydrocarbures – l’expansion de Sonelgaz en Afrique, la surveillance en temps réel des pipelines de Sonatrach, et le bilan 2022 de cette dernière – révèlent une réalité crue : l’Algérie est en train de perdre son monopole sur sa propre ressource.

Sonelgaz, historiquement cantonnée au marché intérieur, étend désormais son emprise sur le continent. Une stratégie de diversification ? Sans doute. Mais aussi une fuite en avant. Car si l’Algérie exporte son expertise électrique, c’est d’abord parce que son modèle énergétique interne est à bout de souffle. La dépendance aux hydrocarbures reste totale, et les investissements dans les énergies renouvelables, malgré les discours, peinent à décoller. Le partenariat avec l’Italie, présenté comme une avancée majeure, n’est qu’un pis-aller : Rome a besoin du gaz algérien pour se passer du russe, mais Alger, elle, n’a pas de plan B. La transition énergétique, en Algérie, n’est pas une question écologique – c’est une question de survie économique.

Et c’est là que le bât blesse. Car cette transition, si elle advient, devra s’accompagner d’une refonte du contrat social. Or, comment demander aux Algériens de renoncer aux subventions sur l’énergie, alors que l’État a toujours utilisé la rente pétrolière pour acheter la paix sociale ? La gratuité des soins, les logements sociaux, les prix artificiellement bas de l’essence – tout cela est financé par les hydrocarbures. Si la manne se tarit, que restera-t-il du pacte implicite entre le pouvoir et la population ?

**SANTÉ ET PHARMACIE : LE SYSTÈME MALADE DE SES PROPRES CONTRADICTIONS**

L’Algérie se targue d’un système de santé « gratuit ». En réalité, il est subventionné – et de plus en plus mal. Les actualités du secteur pharmaceutique en disent long sur les dysfonctionnements structurels. D’un côté, on organise des journées sur « l’avenir des métiers de la pharmacie », avec un discours modernisateur sur l’intégration africaine. De l’autre, on peine à assurer l’approvisionnement en médicaments de base, et les hôpitaux publics croulent sous le poids de la bureaucratie et du manque de moyens.

La contradiction est flagrante : l’Algérie veut devenir un acteur majeur de l’industrie pharmaceutique en Afrique du Nord, mais son système de santé interne est en crise. Pourquoi ? Parce que la gratuité des soins, si elle est un acquis social indéniable, n’a jamais été accompagnée d’une réforme en profondeur. Les hôpitaux sont sous-équipés, les médecins sous-payés, et les patients, souvent, doivent se tourner vers le secteur privé – quand ils en ont les moyens.

Pire encore : le secteur pharmaceutique algérien est largement dépendant des importations. Les laboratoires locaux peinent à innover, et les pénuries de médicaments sont récurrentes. La solution ? Une meilleure intégration régionale, nous dit-on. Mais comment exporter des médicaments quand on n’arrive pas à en produire assez pour sa propre population ?

Ici, comme dans le secteur énergétique, la logique est la même : l’Algérie veut jouer dans la cour des grands, mais sans remettre en cause les fondements de son modèle. Résultat : elle se retrouve coincée entre des ambitions démesurées et une réalité qui la rattrape.

**LES ALGÉRIENS DE L’ÉTRANGER : LA MÉMOIRE COMME CHAMP DE BATAILLE**

Soixante ans après l’indépendance, la question de la mémoire algérienne reste un sujet explosif. Les actualités sur les Algériens de l’étranger – une rencontre avec Ghezala Cherifi en Belgique, des débats sur la transmission de la mémoire dans les familles, ou encore la présence du souvenir de la guerre d’Algérie au Forum des images – révèlent une vérité dérangeante : l’Algérie officielle et ses diasporas ne racontent pas la même histoire.

Pour le pouvoir algérien, la mémoire de la guerre d’indépendance est un ciment national. Elle doit être unifiée, contrôlée, célébrée. Mais pour les Algériens de l’étranger, cette mémoire est souvent fragmentée, douloureuse, voire conflictuelle. Comment transmettre une histoire qui n’a pas été écrite par ceux qui l’ont vécue ? Comment parler de la guerre quand les archives restent inaccessibles, quand les témoignages sont censurés, quand les blessures ne sont pas refermées ?

Le paradoxe est saisissant : l’Algérie, qui a tant lutté pour son indépendance, peine à accepter que sa mémoire soit plurielle. Pourtant, c’est précisément cette pluralité qui pourrait sauver le pays d’un récit officiel de plus en plus contesté. Les Algériens de l’étranger, avec leurs expériences multiples, leurs langues, leurs cultures hybrides, sont peut-être les mieux placés pour inventer une nouvelle narration nationale. Mais pour cela, il faudrait que l’Algérie accepte de lâcher prise sur son monopole mémoriel.

**LOGEMENT ET INFRASTRUCTURES : LE GRAND BLUFF DES "RÉALISATIONS"**

Les actualités sur les travaux publics – les rumeurs d’infrastructures attribuées à l’AES (l’Alliance des États du Sahel), l’inscription au Fonds National de Promotion et de Gestion du Logement Social (FNPOS), ou encore l’appel à créer une « banque de logement » – sont un miroir grossissant des dysfonctionnements algériens.

D’un côté, le discours officiel vante les « réalisations » du pays : autoroutes, logements sociaux, barrages. De l’autre, la réalité est bien moins reluisante. Les infrastructures sont souvent mal construites, mal entretenues, et surtout, mal distribuées. Les logements sociaux, censés résoudre la crise du logement, sont attribués selon des critères opaques, et beaucoup restent vides, faute de moyens pour les entretenir.

Le plus inquiétant, c’est cette tendance à attribuer les « succès » à des acteurs extérieurs – comme l’AES, dont on murmure qu’elle aurait construit des infrastructures en Algérie. Une façon, peut-être, de détourner l’attention des échecs du système local. Car si l’Algérie était capable de construire ses propres infrastructures, pourquoi aurait-elle besoin de l’aide de ses voisins ?

Derrière ces annonces se cache une vérité plus sombre : l’Algérie est en train de perdre la bataille de l’aménagement du territoire. Les villes sont saturées, les campagnes se vident, et les inégalités spatiales se creusent. Le logement, censé être un droit, est devenu un privilège. Et les solutions proposées – comme la création d’une « banque de logement » – ressemblent davantage à des rustines qu’à une véritable politique publique.

**L’ALGÉRIE ET LE MAROC : LA GUERRE DES EAUX (ET DES IMAGINAIRES)**

Les relations entre l’Algérie et le Maroc sont un éternel recommencement. Les actualités récentes – le projet turc GAP (Anatolie du Sud-Est), présenté comme un « chantier économique colossal et outil contre-insurrectionnel » – rappellent que la rivalité entre les deux pays ne se limite pas à la question du Sahara occidental. Elle est aussi, et surtout, une guerre des ressources.

Le Maroc, avec ses barrages et ses projets hydrauliques, cherche à s’imposer comme une puissance régionale. L’Algérie, elle, regarde avec méfiance ces initiatives, consciente que l’eau est une arme géopolitique. Le projet GAP, en Turquie, est un exemple parfait de cette instrumentalisation des ressources : en maîtrisant l’eau, Ankara maîtrise aussi les populations.

Mais au-delà de la realpolitik, il y a une dimension symbolique. L’Algérie et le Maroc se disputent le leadership du Maghreb, et cette rivalité se joue aussi sur le terrain des imaginaires. Qui incarne le mieux l’islam ? Qui défend le mieux la cause palestinienne ? Qui est le plus « moderne » ? Ces questions, souvent rhétoriques, cachent une réalité plus prosaïque : les deux pays sont prisonniers d’un jeu dont ils ne maîtrisent plus les règles.

**LES FEMMES ALGÉRIENNES : ENTRE AVANCÉES ET RÉGRESSIONS**

L’Algérie est un pays de contradictions, et nulle part cela n’est plus visible que dans la condition des femmes. Les actualités récentes – le recul d’Israël dans l’indice d’égalité des sexes, le classement du Maghreb en matière de parité, ou encore les affiches électorales où les femmes sont effacées – montrent une réalité contrastée.

D’un côté, les femmes algériennes sont de plus en plus présentes dans l’espace public. Elles sont médecins, ingénieures, entrepreneures. De l’autre, elles restent soumises à des lois et des pratiques discriminatoires. Le code de la famille, malgré quelques réformes, reste profondément inégalitaire. Les violences faites aux femmes sont encore trop souvent minimisées. Et dans les médias, les femmes sont souvent réduites à des rôles stéréotypés.

Le plus inquiétant, c’est cette tendance à l’effacement symbolique. Les affiches électorales sans visages de femmes ne sont pas anodines : elles reflètent une société qui

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