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**Le puzzle algérien : une cohérence en trompe-l’œil ?**
L’Algérie d’aujourd’hui ressemble à ces mosaïques ottomanes où chaque tesselle, brillante et distincte, compose un tableau dont la lisibilité dépend de l’angle de vue. Les actualités des dix derniers jours dessinent une nation tiraillée entre deux temporalités : celle, frénétique, d’une modernisation technocratique et économique, et celle, lente et souterraine, d’une société qui résiste, innove et se réinvente en marge des plans quinquennaux. Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de récit unificateur. L’État algérien, tel un chef d’orchestre sans partition, dirige des instruments qui jouent des mélodies différentes – parfois harmonieuses, souvent dissonantes.
Pourtant, derrière l’apparent chaos thématique, des fils rouges émergent. Le premier est l’obsession du contrôle : Sonatrach surveille ses pipelines, la SNTF numérise ses billets, les incubateurs universitaires sont « mûris » sous l’œil de l’État. Le second est la quête de légitimité par l’excellence, qu’elle soit culinaire (la cuisine algérienne « première d’Afrique »), sportive (les Jeux africains) ou industrielle (les IDE en hausse). Enfin, un troisième fil, plus discret mais tenace, révèle l’émergence d’une économie parallèle de l’innovation et de la débrouille, portée par les jeunes, les diasporas et les entrepreneurs informels.
Mais ces dynamiques ne s’emboîtent pas comme les pièces d’un Lego. Elles s’entrechoquent, se contredisent, ou pire, s’ignorent. L’Algérie avance, mais dans quelle direction ? Et surtout, à quel rythme ?
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**L’or noir et l’or blanc : les deux mamelles d’une économie schizophrène**
**1. Hydrocarbures : le roi est nu, mais il parade**
D’un côté, l’État algérien mise sur la diversification industrielle (hausse des IDE, usine de médicaments à Constantine) pour réduire cette vulnérabilité. De l’autre, il renforce son emprise sur le secteur énergétique, comme si la solution à la malédiction des ressources était… d’en extraire davantage. Cette contradiction est symptomatique d’un système qui, pour survivre, doit à la fois innover et scléroser.
La surveillance high-tech des pipelines illustre cette ambivalence. D’un côté, c’est une avancée : moins de fuites, moins de gaspillage, plus de transparence (en théorie). De l’autre, c’est une métaphore du contrôle étatique – un État qui, incapable de réformer en profondeur, préfère verrouiller ce qu’il possède déjà. Comme si l’Algérie, tel un patient en soins palliatifs, soignait ses symptômes sans s’attaquer à la maladie.
**2. Gastronomie : quand le soft power précède le hard power**
Mais cette excellence gastronomique contraste avec l’indigence des politiques agricoles. Comment expliquer que le pays qui produit les meilleures bricks d’Afrique importe 70 % de ses besoins en blé ? Que les jeunes agrientrepreneurs malgaches soient célébrés (Prix Pierre Castel) alors que l’Algérie, avec ses terres fertiles, peine à nourrir sa population ? La gastronomie algérienne est un miroir déformant : elle reflète une culture riche, mais aussi une économie déséquilibrée, où l’agroalimentaire reste le parent pauvre de l’industrie.
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**Infrastructures : le train de la modernité roule sur des rails rouillés**
**3. Métro et trains : la révolution numérique… à vitesse réduite**
Le train de nuit Alger-Annaba, relancé avec de nouveaux horaires, rappelle que l’Algérie réinvestit dans des infrastructures vieillissantes plutôt que d’en construire de nouvelles. La numérisation des billets est une bonne nouvelle, mais elle intervient dans un contexte où le réseau ferroviaire reste sous-dimensionné (moins de 4 000 km de voies pour un pays de 2,4 millions de km²) et où les retards sont légion.
Pire : ces investissements masquent un échec plus profond. L’Algérie a dépensé des milliards dans des projets pharaoniques (autoroutes, tramways, métros) sans résoudre le problème de fond : l’absence d’un maillage territorial cohérent. Résultat, les Algérois prennent le métro, mais les habitants de Tebessa ou de Souk Ahras restent dépendants de routes saturées et de bus vétustes.
**4. Emploi des jeunes : l’incubateur ou la débrouille ?**
Les jeunes Algériens le savent. Beaucoup se tournent vers l’entrepreneuriat informel (supérettes, commerce en ligne) ou l’exil. D’autres, plus audacieux, innovent en marge des circuits officiels : l’usine de médicaments hormonaux à Constantine, bien que portée par l’État, est une exception qui confirme la règle. L’innovation algérienne est une innovation de survie, pas de rupture.
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**Patrimoine et sport : les deux visages de la fierté nationale**
**5. Patrimoine : l’Algérie vend du rêve, mais oublie ses racines**
Mais cette mise en scène contraste avec l’abandon du patrimoine matériel. Les sites archéologiques romains (Timgad, Djemila) se dégradent. Les médinas d’Alger et de Constantine sont livrées à l’anarchie urbaine. L’Algérie célèbre son passé, mais ne le protège pas.
Cette schizophrénie révèle une crise identitaire. L’État algérien, héritier d’une histoire complexe (berbère, ottomane, coloniale, socialiste), peine à articuler une vision cohérente de son patrimoine. Résultat : on exporte une image lissée de l’Algérie (couscous, raï, paysages) tout en laissant pourrir son héritage physique.
**6. Sport : la revanche des "délaissés"**
Le sport algérien est un microcosme des contradictions du pays. D’un côté, l’État investit massivement dans les infrastructures (stades, centres de formation) et les événements (Jeux méditerranéens 2022). De l’autre, les fédérations sont gangrenées par le clientélisme, et les athlètes doivent souvent se débrouiller seuls.
La performance des sports « mineurs » est un symbole : l’excellence émerge là où on ne l’attend pas. Comme dans l’économie, où les start-up et les PME innovantes poussent en dehors des radars officiels.
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**Commerce et innovation : l’Algérie entre deux économies**
**7. Commerce : la feuille de brick et la guerre des marchés**
L’Algérie est un pays de petits commerces. Les supérettes, les épiceries, les vendeurs à la sauvette représentent plus de 50 % de l’emploi non agricole. Pourtant, cette économie est méprisée par les élites, qui préfèrent parler des IDE et des usines high-tech.
La guerre commerciale entre l’Iran et les pays africains (dont l’Algérie) ajoute une couche de complexité. L’Algérie est prise en étau : d’un côté, elle dépend des importations (alimentaires, pharmaceutiques) ; de l’autre, elle cherche à développer une industrie locale. Mais comment y parvenir quand le secteur informel domine et que les barrières douanières étouffent les PME ?
**8. Innovation : le laboratoire et la débrouille**
Pourquoi ? Parce que l’innovation algérienne est une innovation de contournement. Les jeunes ne créent pas des licornes, mais des solutions low-cost : applications de livraison, plateformes de cours en ligne, ateliers de réparation. Ils innovent par nécessité, pas par stratégie.
Le Prix Pierre Castel, qui récompense des agrientrepreneurs malgaches, est révélateur : **l’Algérie a les moyens de financer l’innovation, mais elle