La pollution atmosphérique pèse lourdement sur les systèmes de santé et les économies des pays industrialisés, comme le révèle une récente étude publiée par Le Monde.fr. En France, ce fléau engendre un « double fardeau » : des dépenses sanitaires colossales et une perte de productivité estimée à plusieurs milliards d’euros par an. Si l’Algérie n’a pas encore mené d’évaluation aussi exhaustive, les indicateurs disponibles suggèrent que le pays n’est pas épargné par ces défis, avec des conséquences potentiellement plus graves en raison de la vulnérabilité de son système de santé et de son tissu économique.
Un modèle français aux leçons alarmantes
Selon Le Monde.fr, la pollution de l’air en France coûte entre 100 et 150 milliards d’euros par an, soit près de 5 % du PIB. Ces chiffres intègrent les dépenses médicales liées aux maladies respiratoires et cardiovasculaires, ainsi que les pertes économiques dues aux arrêts de travail et à la baisse de productivité. L’étude souligne que les particules fines (PM2,5) et le dioxyde d’azote (NO₂), principalement émis par les transports et l’industrie, sont responsables de plus de 40 000 décès prématurés chaque année dans le pays.
En Algérie, les données officielles restent fragmentaires, mais les rares rapports disponibles dressent un tableau préoccupant. Le ministère de l’Environnement a reconnu en 2023 que les niveaux de PM2,5 dans les grandes villes comme Alger, Oran et Annaba dépassaient régulièrement les seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Une étude menée par l’Institut national de santé publique (INSP) en 2022 avait déjà établi un lien entre la hausse des hospitalisations pour asthme et bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) et l’exposition aux polluants atmosphériques.
Des coûts sanitaires sous-estimés
En France, les dépenses de santé liées à la pollution de l’air représentent environ 3 % des dépenses totales de l’Assurance maladie. En Algérie, où le système de santé est déjà sous pression, ces coûts pourraient être encore plus lourds. Le pays consacre environ 6 % de son PIB aux dépenses de santé, un budget insuffisant pour faire face à l’augmentation des maladies chroniques. Selon le Dr. Mohamed Benkhaled, pneumologue à l’hôpital Mustapha Pacha d’Alger, « les cas de cancers du poumon et d’insuffisance respiratoire chez les jeunes adultes ont augmenté de 20 % en dix ans, une tendance qui coïncide avec la dégradation de la qualité de l’air ».
Les populations les plus exposées sont celles vivant à proximité des zones industrielles, comme Arzew, Skikda ou Hassi Messaoud, où les émissions de gaz et de particules fines sont particulièrement élevées. Les enfants et les personnes âgées sont les plus vulnérables : une étude de l’UNICEF en 2021 avait révélé que 30 % des enfants algérois souffraient de troubles respiratoires chroniques, un taux bien supérieur à la moyenne nationale.
Un impact économique méconnu
Au-delà des conséquences sanitaires, la pollution de l’air pèse sur l’économie algérienne. En France, les pertes de productivité liées aux arrêts maladie et à la baisse de performance au travail sont estimées à 30 milliards d’euros par an. En Algérie, où l’économie repose en grande partie sur les hydrocarbures et les industries lourdes, ces pertes pourraient être proportionnellement plus importantes. Le secteur des transports, notamment, est un contributeur majeur à la pollution : les véhicules anciens, souvent mal entretenus, émettent des quantités importantes de CO₂ et de particules fines.
Le manque de données précises empêche une évaluation exacte, mais des experts estiment que la pollution atmosphérique pourrait coûter à l’Algérie entre 1 et 2 % de son PIB annuel. « Les entreprises algériennes subissent déjà les effets de la pollution, que ce soit par l’absentéisme des employés ou par les coûts supplémentaires liés à la maintenance des équipements, corrodés par les polluants », explique Amine Kadi, économiste spécialisé dans les questions environnementales.
Des solutions existantes, mais peu appliquées
La France a mis en place plusieurs mesures pour réduire la pollution de l’air, comme la limitation de la circulation des véhicules les plus polluants dans les grandes villes, le développement des transports en commun et des incitations fiscales pour les énergies propres. En Algérie, des initiatives similaires ont été lancées, mais leur application reste limitée. Le Plan national climat (PNC), adopté en 2021, prévoit une réduction de 22 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, mais les moyens alloués à sa mise en œuvre sont jugés insuffisants.
Les villes algériennes manquent cruellement d’infrastructures adaptées : les réseaux de transport en commun sont saturés, et les zones industrielles continuent de fonctionner sans filtres antipollution efficaces. « Il ne suffit pas d’adopter des lois, il faut aussi les faire respecter », souligne Fatima-Zohra Ouali, présidente de l’Association algérienne pour la protection de l’environnement (AAPE). « Les contrôles sont rares, et les sanctions contre les pollueurs sont quasi inexistantes. »
Vers une prise de conscience collective ?
La pollution de l’air est un enjeu qui dépasse les frontières. Si la France, avec ses ressources et son expertise, peine à enrayer le phénomène, l’Algérie doit redoubler d’efforts pour éviter une crise sanitaire et économique majeure. Les solutions existent : modernisation des industries, développement des énergies renouvelables, amélioration des transports publics et sensibilisation de la population. Mais leur succès dépendra de la volonté politique et de l’engagement de tous les acteurs, publics et privés.
Selon Le Monde.fr, la lutte contre la pollution de l’air est un investissement rentable : chaque euro dépensé pour améliorer la qualité de l’air en rapporte trois en économies de santé et en gains de productivité. Pour l’Algérie, où les défis sont immenses mais les opportunités tout aussi grandes, cette équation pourrait bien être la clé d’un avenir plus sain et plus prospère.