L’Algérie exige une refonte de l’accord UE

L’Algérie a officiellement demandé une révision de son accord d’association avec l’Union européenne (UE), un texte en vigueur depuis 2005 qui régit les échanges commerciaux, économiques et politiques entre les deux parties. Cette demande, formulée récemment par le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf, marque une étape dans la diplomatie algérienne, qui cherche à rééquilibrer une relation jugée désavantageuse pour le pays.

Selon des sources proches des négociations citées par l’agence Anadolu, Alger reproche à l’accord actuel de favoriser les exportations européennes vers l’Algérie sans offrir de contreparties suffisantes pour les produits algériens. Les secteurs de l’agriculture, de l’industrie et des services sont particulièrement concernés, avec des barrières non tarifaires qui limitent l’accès des entreprises algériennes au marché européen. Le ministère du Commerce a souligné dans un communiqué que « les termes de l’accord ne reflètent plus les réalités économiques des deux parties » et que « une mise à jour est nécessaire pour garantir une relation équitable ».

L’UE, principal partenaire commercial de l’Algérie, absorbe près de 50 % des exportations algériennes, principalement des hydrocarbures. En 2023, les échanges entre les deux parties ont atteint 42 milliards d’euros, selon les données d’Eurostat. Cependant, l’Algérie importe massivement des biens manufacturés et des technologies européennes, creusant un déficit commercial structurel. Le gouvernement algérien estime que cet accord, conçu il y a près de vingt ans, ne prend pas en compte les nouvelles priorités économiques du pays, notamment la diversification hors hydrocarbures et le développement de l’industrie locale.

La demande de révision intervient dans un contexte de tensions diplomatiques récurrentes entre Alger et Bruxelles. En septembre 2025, l’agence de presse africaine APA avait qualifié le dialogue UE-Algérie de « façade », pointant du doigt des désaccords persistants sur des dossiers comme la migration, les droits de l’homme et la coopération énergétique. L’Algérie a également exprimé son mécontentement face à ce qu’elle considère comme une ingérence européenne dans ses affaires intérieures, notamment après des critiques publiques sur la gestion des libertés individuelles.

Un bras de fer économique et politique

La révision de l’accord d’association s’inscrit dans une stratégie plus large de l’Algérie pour renforcer sa souveraineté économique. Le président Abdelmadjid Tebboune a multiplié les déclarations ces derniers mois pour affirmer que « l’Algérie ne sera plus un marché captif » et que « les partenariats doivent être gagnant-gagnant ». Cette position s’est traduite par des mesures concrètes, comme la renégociation des contrats gaziers avec des pays européens ou le renforcement des échanges avec des partenaires alternatifs, tels que la Chine, la Russie et la Turquie.

Les négociations avec l’UE s’annoncent complexes. Bruxelles a jusqu’ici adopté une position prudente, reconnaissant la nécessité d’adapter l’accord mais insistant sur le respect des normes européennes en matière de concurrence et de droits sociaux. Un haut responsable de la Commission européenne, cité sous couvert d’anonymat par le quotidien El Watan, a déclaré que « l’UE est ouverte à des discussions, mais pas à une remise en cause des principes fondamentaux de notre partenariat ». Parmi les points de friction figurent les subventions algériennes aux entreprises locales, jugées déloyales par certains États membres, et les restrictions imposées aux investissements étrangers dans des secteurs stratégiques comme l’énergie.

Les enjeux pour l’Algérie

Pour l’Algérie, la réussite de cette renégociation est cruciale. Le pays cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures, qui représentent encore 90 % de ses exportations, en développant des filières industrielles et agricoles compétitives. Un accord révisé pourrait faciliter l’accès des produits algériens au marché européen, notamment pour les dattes, les produits pharmaceutiques et les véhicules assemblés localement. Le ministre de l’Industrie, Ahmed Zeghdar, a récemment souligné que « l’Europe reste un débouché incontournable pour nos entreprises, mais il faut des règles du jeu équitables ».

Par ailleurs, l’Algérie mise sur cette renégociation pour obtenir des transferts de technologie et des investissements européens dans des secteurs comme les énergies renouvelables et la digitalisation. Le pays a lancé en 2023 un plan ambitieux de transition énergétique, visant à produire 15 000 mégawatts d’électricité solaire d’ici 2035. Un partenariat renforcé avec l’UE pourrait accélérer ce projet, comme l’a laissé entendre le PDG de Sonelgaz, Mourad Adjal, lors d’une conférence récente à Alger.

Les réactions internationales

La demande algérienne a suscité des réactions mitigées sur la scène internationale. La France, premier partenaire européen de l’Algérie, a appelé à un « dialogue constructif » tout en rappelant l’importance de la stabilité régionale. Le ministre français des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné, a déclaré lors d’une visite à Alger en mars 2025 que « la France soutient une relation équilibrée entre l’UE et l’Algérie, mais cela passe par le respect des engagements pris ». En revanche, des pays comme l’Italie et l’Espagne, dépendants du gaz algérien, ont adopté une position plus conciliante, proposant des mécanismes de compensation pour les entreprises européennes affectées par une éventuelle révision des tarifs douaniers.

Du côté africain, la Côte d’Ivoire a salué la démarche algérienne, y voyant un exemple pour les autres pays du continent. Les deux pays ont signé en mars 2026 un accord de coopération dans les hydrocarbures et les mines, illustrant la volonté de l’Algérie de diversifier ses partenariats. Le président ivoirien Alassane Ouattara a qualifié cet accord de « modèle pour une coopération Sud-Sud gagnante », lors d’une rencontre avec Tebboune à Abidjan.

Prochaines étapes

Les discussions entre Alger et Bruxelles devraient s’intensifier dans les prochains mois. Une première réunion technique a eu lieu en octobre 2024, mais aucun calendrier précis n’a été fixé pour une éventuelle signature. Selon des sources diplomatiques citées par Liberté, l’Algérie pourrait conditionner la poursuite des négociations à des avancées sur d’autres dossiers, comme la levée des restrictions sur les visas pour les hommes d’affaires algériens ou un soutien accru à la lutte contre le terrorisme au Sahel.

En interne, le gouvernement algérien prépare une feuille de route pour accompagner cette renégociation. Le Premier ministre Nadir Larbaoui a annoncé la création d’une task force interministérielle, associant les ministères du Commerce, des Affaires étrangères et de l’Industrie, pour coordonner la position algérienne. Cette équipe devra également évaluer l’impact d’une éventuelle révision de l’accord sur les entreprises locales, notamment les PME, qui représentent 90 % du tissu économique algérien.

La demande de révision de l’accord UE-Algérie marque un tournant dans la diplomatie économique du pays. Si elle aboutit, elle pourrait redéfinir les relations entre Alger et Bruxelles pour les décennies à venir. Dans le cas contraire, l’Algérie pourrait accélérer son pivot vers d’autres partenaires, comme la Chine ou les pays du Golfe, déjà très actifs dans le pays. Une chose est sûre : l’Algérie ne compte plus se contenter d’un rôle de fournisseur de matières premières, et cette renégociation en est la preuve.

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