Le ministère de la Formation et de l’Enseignement professionnels a lancé cette semaine un programme de formation destiné aux artisans de la wilaya de Tizi Ouzou, en collaboration avec l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (ANSEJ). Selon El Watan, qui a relayé l’information, ce dispositif vise à renforcer les compétences techniques de 500 bénéficiaires, principalement des jeunes entrepreneurs et des travailleurs indépendants des secteurs du bâtiment, de l’artisanat traditionnel et des métiers du numérique.
Les sessions, organisées dans les centres de formation professionnelle de la wilaya, couvrent des domaines variés : électricité, menuiserie, poterie, broderie kabyle et même initiation à la gestion d’entreprise. Le programme s’étale sur trois mois et inclut des modules pratiques animés par des formateurs agréés par l’Office national de la formation professionnelle (ONFP). « L’objectif est de professionnaliser ces métiers pour améliorer la qualité des produits et services, mais aussi pour faciliter l’accès des artisans aux marchés publics et aux circuits de commercialisation », a déclaré un responsable de l’ANSEJ cité par El Watan.
Ce partenariat s’inscrit dans le cadre du plan national de relance de l’artisanat, lancé en 2023 par le gouvernement algérien. La wilaya de Tizi Ouzou, connue pour son dynamisme économique informel, concentre une part importante des micro-entreprises du pays, souvent confrontées à des difficultés d’accès au financement et à un manque de structuration. « Beaucoup d’artisans travaillent sans certification, ce qui limite leurs opportunités. Cette formation leur permettra d’obtenir un diplôme reconnu et d’accéder à des prêts bancaires », a expliqué un formateur du centre de Draâ Ben Khedda, l’un des sites retenus pour le programme.
Un enjeu économique et social
À Tizi Ouzou, où le taux de chômage des 15-24 ans dépasse les 25 %, selon les dernières données de l’Office national des statistiques (ONS), ce type d’initiative est perçu comme une bouffée d’oxygène. « J’ai appris la menuiserie avec mon père, mais je n’ai jamais eu de diplôme. Grâce à cette formation, je pourrai enfin ouvrir mon propre atelier et embaucher des apprentis », confie Karim, 28 ans, l’un des participants. Le programme prévoit également un accompagnement pour l’obtention de microcrédits via la Caisse nationale d’assurance chômage (CNAC) et l’ANSEJ.
Des défis logistiques et structurels
Autre difficulté : le suivi post-formation. « Beaucoup de programmes similaires ont échoué parce qu’ils se limitaient à la théorie. Ici, nous insistons sur l’accompagnement après la formation, avec un réseau de mentors et des ateliers de suivi », assure un cadre de l’ANSEJ. Pour garantir la pérennité du dispositif, les organisateurs prévoient de créer une plateforme en ligne où les artisans certifiés pourront échanger des bonnes pratiques et accéder à des offres d’emploi ou de sous-traitance.
Un modèle à étendre ?
Pour les artisans, l’enjeu est clair : « Nous ne voulons plus être considérés comme des travailleurs de l’ombre. Avec ces formations, nous pouvons devenir des acteurs économiques à part entière », résume Fatima, 35 ans, spécialisée dans la broderie traditionnelle. Si le programme tient ses promesses, il pourrait marquer un tournant dans la politique de formation professionnelle en Algérie, en rapprochant enfin l’école des besoins concrets du marché du travail.