Sommet algéro-tuniso-libyen relance l’Union du Maghreb

En avril 2024, Tunis a accueilli un sommet tripartite réunissant les dirigeants algérien, tunisien et libyen. Cette rencontre, qualifiée de « nouveau chapitre » par les observateurs, marque une tentative de relance de la coopération maghrébine en l’absence du Maroc. Selon Afrik, qui a couvert l’événement, les trois pays ont affiché une volonté commune de renforcer leurs liens économiques et sécuritaires, tout en contournant les blocages persistants au sein de l’Union du Maghreb arabe (UMA).

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune, son homologue tunisien Kaïs Saïed et le chef du Conseil présidentiel libyen Mohamed el-Menfi ont participé à ce sommet. Les discussions ont porté sur plusieurs dossiers clés, dont la création d’un espace économique intégré, la lutte contre le terrorisme et la gestion des flux migratoires. D’après les déclarations officielles relayées par l’Agence Presse Service (APS), les trois parties ont convenu de la nécessité d’accélérer les projets d’infrastructures transfrontalières, notamment dans les secteurs de l’énergie et des transports.

Un des points saillants de ce sommet a été l’annonce d’un projet de gazoduc reliant l’Algérie à la Tunisie et à la Libye. Ce projet, évoqué depuis plusieurs années, pourrait permettre à l’Algérie, premier exportateur de gaz en Afrique, d’étendre son influence énergétique vers l’est. Selon des sources proches du ministère algérien de l’Énergie, ce gazoduc pourrait également desservir l’Europe via la Tunisie, offrant une alternative aux routes d’exportation traditionnelles. La Sonatrach, entreprise publique algérienne, serait chargée de piloter ce dossier en collaboration avec ses homologues tunisien et libyen.

Sur le plan sécuritaire, les trois pays ont réaffirmé leur engagement à lutter contre les groupes terroristes actifs dans la région du Sahel. La Tunisie, qui partage une frontière poreuse avec la Libye, a insisté sur la nécessité d’une coordination renforcée pour prévenir les infiltrations de combattants armés. D’après des informations obtenues par la radio algérienne, une commission mixte algéro-tunisienne a été mise en place pour surveiller les mouvements transfrontaliers et échanger des renseignements en temps réel. Cette initiative s’inscrit dans la continuité des accords bilatéraux signés entre Alger et Tunis en 2023, qui prévoyaient déjà une coopération accrue en matière de sécurité.

La question migratoire a également été abordée lors de ce sommet. L’Algérie, qui a expulsé plus de 34 000 migrants vers le Niger en 2025 selon InfoMigrants, a proposé la création d’un mécanisme tripartite pour gérer les flux migratoires de manière « humaine et coordonnée ». La Tunisie, confrontée à une augmentation des départs clandestins vers l’Europe, a salué cette initiative. Kaïs Saïed a souligné que la stabilité du Maghreb passait par une approche collective, loin des solutions unilatérales imposées par les pays européens.

Les observateurs notent que ce sommet intervient dans un contexte de tensions persistantes entre le Maroc et l’Algérie. Rabat, qui boycotte l’UMA depuis 2020, n’a pas été invité à participer à cette rencontre. Certains analystes, cités par le quotidien tunisien La Presse, estiment que cette exclusion pourrait affaiblir la portée de l’initiative. Toutefois, pour l’Algérie, ce sommet représente une opportunité de consolider son leadership régional en s’appuyant sur des partenariats alternatifs.

Sur le plan économique, les trois pays ont évoqué la possibilité de créer une zone de libre-échange limitée à leurs territoires. Cette idée, déjà discutée lors de précédentes réunions, pourrait faciliter les échanges commerciaux et attirer des investissements étrangers. Selon des données de la Banque mondiale, les échanges entre l’Algérie et la Tunisie restent modestes, ne représentant que 2 % du commerce extérieur algérien. Un accord tripartite pourrait donc dynamiser les relations économiques, notamment dans les secteurs de l’agriculture et des technologies.

La question énergétique a également occupé une place centrale dans les discussions. La Tunisie, qui importe une partie de son gaz de l’Algérie, cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement. Le projet de gazoduc algéro-tuniso-libyen pourrait répondre à ce besoin tout en renforçant l’autonomie énergétique de la région. Pour la Libye, ce projet représente une source de revenus supplémentaires, alors que le pays peine à relancer son économie après des années de conflit.

Enfin, les trois dirigeants ont abordé la question des relations avec l’Europe. L’Algérie, qui entretient des liens étroits avec l’Union européenne, a proposé de servir de pont entre le Maghreb et Bruxelles. Cette proposition intervient alors que l’Europe cherche à sécuriser ses approvisionnements énergétiques et à limiter les flux migratoires. Selon des sources diplomatiques, l’Algérie pourrait jouer un rôle clé dans la mise en œuvre du « Partenariat pour les infrastructures mondiales » lancé par l’UE en 2021.

Ce sommet algéro-tuniso-libyen marque une étape dans la recomposition des alliances régionales. Si les résultats concrets restent à évaluer, cette initiative montre une volonté de contourner les blocages politiques pour avancer sur des dossiers concrets. Pour l’Algérie, il s’agit aussi de réaffirmer son rôle central dans la stabilité du Maghreb, dans un contexte où les équilibres géopolitiques évoluent rapidement.

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