Alger et Prague signent un accord pour le cinéma

Un mémorandum d’entente a été signé récemment entre l’Algérie et la République tchèque pour renforcer les échanges académiques dans le domaine du cinéma. L’accord, officialisé par le ministère algérien de la Culture et des Arts et son homologue tchèque, vise à faciliter la formation des professionnels du secteur, l’échange d’expertises et la coproduction de films. Selon l’Agence presse service (APS), cette initiative s’inscrit dans une volonté de diversifier les partenariats culturels de l’Algérie, au-delà des collaborations traditionnelles avec la France ou les pays arabes.

Le document prévoit des programmes d’échange pour les étudiants et les enseignants des écoles de cinéma des deux pays. L’École nationale supérieure des arts et techniques de l’audiovisuel (ENSATA) d’Alger et la Film and TV School of the Academy of Performing Arts (FAMU) de Prague seront les principaux acteurs de cette coopération. Des ateliers communs, des résidences artistiques et des projets de recherche sur les techniques cinématographiques sont également envisagés.

Pour le ministre algérien de la Culture, Soraya Mouloudji, cet accord « ouvre de nouvelles perspectives pour les jeunes cinéastes algériens, en leur offrant des opportunités de formation dans un pays reconnu pour son expertise technique et son histoire cinématographique ». La République tchèque, berceau de réalisateurs comme Miloš Forman ou Jiří Menzel, dispose en effet d’un savoir-faire reconnu en matière de production et de post-production.

Du côté tchèque, le ministre de la Culture, Martin Baxa, a souligné l’importance de ce partenariat pour « renforcer les liens culturels entre l’Europe et l’Afrique du Nord ». Il a également évoqué la possibilité de coproductions futures, notamment dans le cadre de festivals internationaux où les deux pays pourraient présenter des œuvres communes.

L’Algérie, qui a connu un essor notable de son industrie cinématographique ces dernières années, cherche à moderniser ses infrastructures et à former une nouvelle génération de techniciens. Le pays dispose déjà de plusieurs écoles de cinéma, comme l’Institut national de la formation cinématographique (INFC) à Alger, mais les professionnels du secteur estiment que les échanges internationaux sont indispensables pour rester compétitifs. « Le cinéma algérien a besoin de se nourrir d’expériences extérieures, sans pour autant perdre son identité », explique le réalisateur Karim Moussaoui, dont le film En attendant les hirondelles avait été primé au Festival de Cannes en 2017.

Parmi les projets concrets déjà évoqués, figure la création d’un laboratoire de post-production à Alger, en collaboration avec des experts tchèques. Ce laboratoire permettrait aux réalisateurs algériens de bénéficier de technologies de pointe, notamment en matière d’effets spéciaux et de montage. Par ailleurs, des bourses d’études seront offertes à des étudiants algériens pour suivre des formations à la FAMU, l’une des écoles de cinéma les plus prestigieuses d’Europe.

Cet accord s’ajoute à d’autres initiatives récentes visant à dynamiser le secteur culturel algérien. En 2023, le ministère de la Culture avait lancé un fonds de soutien à la production cinématographique, doté d’un budget de 500 millions de dinars. Plusieurs films algériens ont ainsi pu voir le jour, comme Héliopolis de Djaffar Gacem ou Papicha de Mounia Meddour, qui avait remporté le César du meilleur premier film en 2020.

Cependant, certains professionnels du secteur restent prudents. « Les accords, c’est bien, mais il faut qu’ils soient suivis d’actions concrètes », estime la productrice Yasmine Chouikh. « Beaucoup de partenariats sont signés, mais peu aboutissent à des réalisations tangibles. » Elle rappelle que le cinéma algérien souffre encore de problèmes structurels, comme le manque de salles de projection ou la difficulté à obtenir des financements pour les projets indépendants.

Malgré ces défis, l’accord avec la République tchèque est perçu comme une étape positive. Il s’inscrit dans une stratégie plus large de l’Algérie pour s’ouvrir à de nouveaux marchés culturels, notamment en Europe de l’Est et en Asie. En 2024, le pays avait déjà signé un protocole d’accord avec la Chine pour la restauration du patrimoine culturel, et des discussions sont en cours avec la Corée du Sud pour des échanges dans le domaine de l’animation.

Pour les étudiants algériens, cette coopération représente une opportunité unique. « Je rêve de travailler sur des films internationaux, et cet accord pourrait m’y aider », confie Amina, étudiante en réalisation à l’ENSATA. « Apprendre des techniques différentes, c’est essentiel pour évoluer. »

Si les premiers échanges devraient débuter dès 2026, les résultats concrets de cet accord ne seront visibles qu’à moyen terme. Mais pour le cinéma algérien, en quête de reconnaissance et de modernisation, chaque partenariat est une chance de se réinventer.

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