Le ministre camerounais des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie Sociale et de l’Artisanat, Jean-Patrick Ketcha, multiplie les initiatives pour soutenir les jeunes entrepreneurs de son pays. Selon We are Tech, son action combine formation et financement, avec une attention particulière portée aux femmes entrepreneures. Un modèle qui pourrait inspirer des dynamiques similaires en Algérie, où les défis de l’insertion professionnelle des jeunes et de l’autonomisation économique des femmes restent prégnants.
Un dispositif intégré de formation et d’accompagnement
Jean-Patrick Ketcha a mis en place un programme structuré visant à doter les jeunes Camerounais des compétences nécessaires pour lancer et pérenniser leurs projets. Les formations couvrent des domaines variés : gestion financière, marketing digital, logistique, ou encore conformité réglementaire. Selon We are Tech, ces sessions sont dispensées en partenariat avec des incubateurs locaux et des institutions publiques, comme le Fonds National de l’Emploi (FNE). L’accent est mis sur l’apprentissage pratique, avec des ateliers animés par des entrepreneurs expérimentés et des experts sectoriels.
En Algérie, les dispositifs de formation entrepreneuriale existent, mais leur accessibilité et leur efficacité restent inégales. Le programme « Ansej » (Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes), par exemple, propose des formations, mais celles-ci sont souvent critiquées pour leur manque de suivi post-formation. Une approche plus intégrée, comme celle de Ketcha, pourrait combler ces lacunes en associant mentorat et accès au financement.
Un accès facilité au financement pour les porteurs de projets
Le volet financier du programme de Ketcha est tout aussi ambitieux. Le ministre a mobilisé des fonds publics et des partenariats avec des banques commerciales pour créer des lignes de crédit dédiées aux jeunes entrepreneurs. Ces prêts, souvent assortis de taux préférentiels, ciblent en priorité les projets innovants et ceux portés par des femmes. We are Tech souligne que des mécanismes de garantie ont été mis en place pour limiter les risques pour les banques, encourageant ainsi ces dernières à s’engager davantage dans le financement des startups.
En Algérie, l’accès au financement reste un obstacle majeur pour les jeunes entrepreneurs. Les banques locales exigent des garanties souvent hors de portée pour les porteurs de projets, tandis que les fonds publics comme ceux de l’Ansej ou de la CNAC (Caisse nationale d’assurance chômage) sont jugés insuffisants. Le modèle camerounais, qui combine subventions, prêts à taux zéro et garanties étatiques, pourrait servir de référence pour réformer les dispositifs algériens. Une piste serait d’élargir les partenariats public-privé, comme le fait Ketcha, pour mutualiser les risques et attirer davantage de capitaux vers l’entrepreneuriat jeune.
L’entrepreneuriat féminin au cœur des priorités
Jean-Patrick Ketcha a fait de l’autonomisation économique des femmes une priorité. Son programme inclut des quotas réservant une partie des financements aux projets portés par des entrepreneures, ainsi que des formations spécifiques pour renforcer leurs compétences en leadership et en gestion. Selon We are Tech, ces mesures ont déjà permis à des centaines de femmes de lancer ou de développer leurs entreprises, notamment dans les secteurs de l’agroalimentaire, de l’artisanat et des services.
En Algérie, l’entrepreneuriat féminin progresse, mais les femmes restent sous-représentées parmi les créateurs d’entreprises. Les freins sont multiples : accès limité au financement, poids des normes sociales, ou encore manque de réseaux professionnels. Des initiatives comme celles du ministère de la Solidarité nationale, qui soutient les coopératives féminines, montrent une volonté politique, mais leur impact reste limité. Le modèle de Ketcha, qui combine incitations financières et accompagnement ciblé, pourrait être adapté pour renforcer l’écosystème entrepreneurial féminin en Algérie. Une piste serait de créer des fonds dédiés, comme au Cameroun, ou d’intégrer des clauses de parité dans les appels à projets publics.
Des résultats concrets et des leçons pour l’Algérie
Les premières évaluations du programme de Ketcha sont encourageantes. Selon We are Tech, plus de 2 000 jeunes entrepreneurs ont bénéficié de formations depuis 2023, et près de 500 projets ont été financés, dont 40 % portés par des femmes. Ces chiffres témoignent d’une dynamique réelle, même si des défis persistent, comme la pérennisation des entreprises créées ou l’extension des dispositifs aux zones rurales.
Pour l’Algérie, l’expérience camerounaise offre plusieurs enseignements. D’abord, l’importance d’une approche globale, combinant formation, financement et accompagnement. Ensuite, la nécessité de cibler spécifiquement les femmes et les jeunes, deux catégories souvent marginalisées dans les dispositifs traditionnels. Enfin, la mobilisation des acteurs privés, via des partenariats avec les banques ou les incubateurs, apparaît comme un levier clé pour amplifier l’impact des politiques publiques.
Quels transferts possibles vers l’Algérie ?
Plusieurs pistes pourraient être explorées pour transposer une partie de ces mécanismes en Algérie. D’abord, renforcer les synergies entre les institutions publiques (Ansej, CNAC, ministères sectoriels) et les acteurs privés (banques, incubateurs, fonds d’investissement). Ensuite, créer des fonds de garantie spécifiques pour les jeunes et les femmes, afin de réduire les réticences des banques. Enfin, développer des programmes de mentorat et de réseautage, inspirés des ateliers camerounais, pour accompagner les entrepreneurs sur le long terme.
L’Algérie dispose déjà d’un écosystème entrepreneurial en croissance, avec des initiatives comme le Salon de l’Entrepreneur ou les incubateurs universitaires. Mais pour passer à l’échelle, une approche plus structurée et inclusive, comme celle de Jean-Patrick Ketcha, pourrait faire la différence. Reste à voir si les autorités algériennes sauront s’inspirer de ces bonnes pratiques pour accélérer la transition vers une économie plus dynamique et inclusive.