2,8 milliards DA pour 77 équipes de recherche algériennes

Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a annoncé récemment le financement de 77 équipes de recherche à hauteur de 2,8 milliards de dinars algériens. Cette initiative, révélée par L’Algérie Aujourd’hui, s’inscrit dans une stratégie visant à intégrer davantage la recherche scientifique dans l’économie nationale. Les fonds seront alloués à des projets sélectionnés pour leur potentiel d’application industrielle et technologique, couvrant des domaines variés comme les énergies renouvelables, la santé et les technologies de l’information.

Parmi les bénéficiaires, des laboratoires universitaires et des centres de recherche publics ont été retenus après une évaluation rigoureuse. Le Centre de développement des énergies renouvelables (CDER) et l’Unité de recherche en technologies industrielles (URTI) figurent parmi les structures impliquées. Selon le ministère, cette enveloppe financière permettra de soutenir des travaux sur des sujets tels que le stockage d’énergie, les matériaux avancés et la biotechnologie.

Le ministre Kamel Baddari a souligné que cette mesure s’aligne sur les orientations du président Abdelmadjid Tebboune, qui a insisté sur la nécessité de renforcer les liens entre la recherche et le secteur productif. « Notre objectif est de transformer les résultats de la recherche en solutions concrètes pour l’industrie algérienne », a-t-il déclaré lors d’une rencontre avec des responsables du secteur. Cette approche vise à réduire la dépendance aux technologies étrangères et à stimuler l’innovation locale.

Les 77 équipes sélectionnées devront rendre compte de leurs avancées tous les six mois, avec des indicateurs de performance précis. Les projets retenus incluent des collaborations avec des entreprises publiques comme SONATRACH et SAIDAL, ainsi qu’avec des start-ups technologiques. Par exemple, une équipe de l’Université des sciences et de la technologie Houari-Boumédiène (USTHB) travaille sur un prototype de batterie lithium-ion à base de matériaux locaux, en partenariat avec une PME algéroise.

Cette initiative intervient dans un contexte où l’Algérie cherche à diversifier son économie, notamment en développant des filières high-tech. Selon des chiffres officiels, le pays compte actuellement plus de 30 000 chercheurs, répartis dans 250 laboratoires et centres de recherche. Cependant, le taux de transfert des résultats vers l’industrie reste faible, avec seulement 10 % des brevets déposés exploités commercialement. Le financement des 77 équipes vise justement à combler ce fossé.

Les critères de sélection des projets ont mis l’accent sur l’innovation et la faisabilité économique. Les équipes devaient démontrer un partenariat avec au moins une entreprise ou une institution publique, ainsi qu’un plan de commercialisation des résultats. Parmi les projets retenus, on trouve des travaux sur la purification de l’eau par nanotechnologies, la production de médicaments génériques et l’optimisation des procédés industriels.

Le Pr. Abdelhakim Bensaoula, directeur de recherche au CDER, a expliqué que ce financement permettra de passer à une phase plus concrète pour plusieurs projets. « Nous travaillons sur des cellules solaires à haut rendement depuis des années, mais nous manquions de moyens pour les tester à grande échelle. Avec ces fonds, nous pourrons construire des prototypes et les valider en conditions réelles », a-t-il précisé.

Cette démarche s’accompagne d’une réforme plus large du système de recherche algérien. En 2024, le gouvernement a adopté une loi sur l’innovation et la propriété intellectuelle, visant à faciliter la création de start-ups par les chercheurs. Par ailleurs, des incubateurs ont été lancés dans plusieurs universités, comme à l’Université de Constantine 1 et à l’Université d’Oran 1.

Les retombées économiques attendues sont significatives. Selon une étude du ministère, chaque dinar investi dans la recherche pourrait générer jusqu’à 5 dinars de valeur ajoutée pour l’économie nationale. Les secteurs prioritaires incluent les énergies renouvelables, où l’Algérie vise à produire 15 000 MW d’électricité solaire d’ici 2035, et la pharmacie, avec un objectif de couvrir 70 % des besoins nationaux en médicaments d’ici 2027.

Cependant, des défis persistent. Les chercheurs pointent du doigt la lenteur des procédures administratives et le manque de coordination entre les différents acteurs. « Nous avons des idées et des compétences, mais les délais pour obtenir des autorisations ou des équipements peuvent freiner nos projets », a confié un chercheur de l’Université de Blida 1, sous couvert d’anonymat.

Pour y remédier, le ministère a mis en place une plateforme numérique permettant aux équipes de soumettre leurs demandes en ligne et de suivre l’avancement de leurs dossiers. Un comité de pilotage, composé de représentants du ministère, des universités et des entreprises, a également été créé pour accélérer les prises de décision.

Cette initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de relance de la recherche scientifique en Algérie. En 2023, le budget alloué à la recherche a augmenté de 30 %, passant à 45 milliards de dinars. Par ailleurs, le pays a renforcé ses partenariats internationaux, notamment avec la Chine et la France, pour des projets conjoints en intelligence artificielle et en biotechnologie.

Les 2,8 milliards DA alloués aux 77 équipes de recherche marquent une étape importante dans cette stratégie. Si les résultats sont au rendez-vous, cette approche pourrait servir de modèle pour d’autres pays africains cherchant à développer leur propre écosystème d’innovation. Pour l’Algérie, il s’agit d’une opportunité de réduire sa dépendance aux hydrocarbures et de construire une économie basée sur la connaissance.

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