L’Algérie a franchi une étape symbolique dans la préservation de son patrimoine artisanal. Le 4 décembre 2024, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a inscrit la Gandoura et la Melehfa, deux pièces emblématiques du vêtement traditionnel algérien, sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Cette reconnaissance internationale met en lumière le savoir-faire des artisans algériens, notamment ceux des régions du Sud et des Aurès, où ces tenues sont encore fabriquées selon des techniques ancestrales.
La Gandoura, longue robe sans manches souvent portée par les hommes dans les zones sahariennes, et la Melehfa, voile enveloppant porté par les femmes, particulièrement dans le Sud-Ouest algérien, sont bien plus que des vêtements. Elles incarnent une identité culturelle transmise de génération en génération. Selon Afrik, qui a relayé l’annonce, cette inscription « valorise l’élégance et la complexité des techniques de tissage, de broderie et de teinture utilisées par les artisans algériens ». Les motifs géométriques et les couleurs vives de ces pièces reflètent des siècles d’histoire et d’échanges entre les différentes communautés du pays.
Cette consécration par l’UNESCO n’est pas une première pour l’Algérie. En 2020, l’art du tissage des tapis de la région de Tlemcen avait déjà été reconnu, suivi en 2022 par les rites et les savoir-faire liés à la céramique de la région de M’Sila. Ces distinctions successives soulignent l’importance de l’artisanat dans le patrimoine national, mais aussi les efforts déployés par les autorités pour le préserver. Le ministère de la Culture et des Arts, en collaboration avec l’Office national de l’artisanat (ONA), a multiplié les initiatives ces dernières années pour documenter, former et promouvoir les métiers traditionnels.
À Alger, le Centre culturel Mustapha-Kateb a récemment accueilli une exposition intitulée « Koul Sbaâ be Sana » (Chaque doigt a son art), mettant en avant la diversité des savoir-faire algériens. Selon horizons.dz, l’événement a attiré des milliers de visiteurs, dont des jeunes intéressés par la transmission de ces techniques. « Nous avons présenté des pièces uniques, comme des poteries de la Kabylie, des bijoux en argent du Hoggar et des tissus brodés de Constantine », a déclaré une responsable du centre. L’exposition a également permis de sensibiliser le public à la menace que représente la concurrence des produits industriels, souvent moins chers mais de moindre qualité.
La reconnaissance de la Gandoura et de la Melehfa par l’UNESCO pourrait avoir des retombées économiques pour les artisans. En 2023, le Maroc voisin avait généré 11 milliards de dirhams (environ 1,1 milliard d’euros) de recettes en devises grâce à son artisanat d’art, selon une déclaration de la ministre marocaine du Tourisme, Fatim-Zahra Ammor, rapportée par Le360. En Algérie, le secteur reste encore sous-exploité, malgré son potentiel. Le Salon national de l’artisanat, organisé récemment à Blida, a pourtant montré l’engouement des Algériens pour les produits locaux. Le Courrier d’Algérie a rapporté une « forte affluence » à la place de la Liberté, où des centaines d’artisans ont exposé leurs créations, des tapis aux bijoux en passant par les instruments de musique traditionnels.
Les défis restent nombreux. Les artisans algériens peinent souvent à accéder aux marchés internationaux en raison de contraintes logistiques et administratives. Par ailleurs, la transmission des savoir-faire aux jeunes générations n’est pas toujours assurée. À Tizi-Ouzou, des initiatives locales tentent de remédier à ce problème. El Moudjahid a évoqué un projet visant à « promouvoir les produits d’artisanat » en organisant des ateliers dans les écoles et les maisons de jeunes. « Nous voulons montrer aux jeunes que ces métiers peuvent être rentables et valorisants », a expliqué un responsable de la wilaya.
La baisse récente des prix de l’or en Algérie, après une flambée historique, pourrait également relancer l’intérêt pour les bijoux traditionnels. Selon TSA, les prix ont chuté de près de 20 % en mars 2026, rendant les créations artisanales plus accessibles. Les bijoux en argent, comme ceux du Hoggar ou de la région de Ghardaïa, pourraient bénéficier de cette tendance, offrant une alternative aux pièces en or.
L’inscription de la Gandoura et de la Melehfa à l’UNESCO intervient dans un contexte où l’Algérie cherche à diversifier son économie et à mettre en avant ses richesses culturelles. En mai 2026, l’artisanat algérien a été mis à l’honneur lors du Mois de l’Europe, organisé à la Résidence de l’Ambassadeur de l’Union européenne à Alger. Algerie Eco a rapporté que cette manifestation avait permis de présenter « l’artisanat algérien dans toute sa diversité », avec des démonstrations de tissage, de poterie et de travail du cuir. Ces événements internationaux offrent une vitrine précieuse pour les artisans, mais ils doivent s’accompagner de mesures concrètes pour faciliter leur accès aux marchés étrangers.
Pour les artisans algériens, cette reconnaissance est une victoire, mais aussi un appel à l’action. « Nous avons besoin de soutien pour moderniser nos ateliers, former les jeunes et exporter nos produits », a déclaré un tisserand de Ghardaïa. Le gouvernement algérien, conscient de ces enjeux, a annoncé en décembre 2024 une série de mesures pour valoriser la « dextérité des artisans », selon La Nouvelle République Algérie. Parmi ces mesures figurent des subventions pour l’achat de matériel, des formations en gestion et en marketing, ainsi que la création de plateformes en ligne pour faciliter la vente des produits artisanaux.
L’Algérie dispose d’un patrimoine artisanal riche et varié, mais sa préservation et sa promotion nécessitent des efforts constants. La reconnaissance de la Gandoura et de la Melehfa par l’UNESCO est un pas important, mais elle doit s’accompagner de politiques publiques ambitieuses pour que ce savoir-faire continue de rayonner, tant sur le plan culturel qu’économique.