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**L’Algérie, miroir brisé d’une modernité inachevée**
L’Algérie d’aujourd’hui est un pays de contrastes si violents qu’ils en deviennent presque métaphysiques. D’un côté, une jeunesse assoiffée de reconnaissance, un patrimoine historique réinvesti comme arme politique, une diplomatie africaine qui se rêve en leader des réparations coloniales. De l’autre, un État qui criminalise l’homosexualité, une urbanisation anarchique où l’agriculture urbaine peine à masquer l’échec des grands projets, et un football qui oscille entre gloire éphémère et crise structurelle. Ces actualités, apparemment disparates, dessinent en réalité le portrait d’une société tiraillée entre deux forces : la volonté de s’inscrire dans la marche du monde, et la peur panique de perdre ce qui fait son identité.
Ce qui frappe d’emblée, c’est l’absence de récit unificateur. L’Algérie n’a plus de grand récit national depuis la fin des années 1990 – ou plutôt, elle en a trop. Celui de la révolution, celui du développement économique, celui de la réconciliation nationale, celui de l’islam politique… Tous coexistent, se contredisent, s’annulent. Dans ce vide, chaque domaine d’actualité devient un champ de bataille où s’affrontent des visions du monde irréconciliables. Et c’est précisément dans ces interstices que se joue l’avenir du pays.
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**Le corps des femmes et la souveraineté nationale : une équation impossible ?**
Le 10e Festival national de la création féminine à Alger n’est pas qu’un événement culturel. C’est un laboratoire politique. En célébrant la « sauvegarde du patrimoine culturel immatériel », l’État algérien tente de résoudre une contradiction fondamentale : comment promouvoir l’émancipation des femmes tout en les cantonnant à un rôle de gardiennes de la tradition ? La réponse, ambiguë, se niche dans la notion même de « création féminine ». Le terme est révélateur : il ne s’agit pas de création tout court, mais bien d’une création genrée, comme si l’art des femmes devait nécessairement s’inscrire dans un cadre préétabli – celui du folklore, de la transmission, de l’intime.
Cette ambiguïté se retrouve dans le logement et l’urbanisme. L’éco-construction, présentée comme un secteur « en plein essor », reste largement inaccessible aux femmes, surtout en milieu rural. Les programmes de logements sociaux, censés répondre à la crise du logement, reproduisent souvent des schémas patriarcaux : les titres de propriété sont majoritairement attribués aux hommes, et les espaces publics restent des lieux de surveillance sociale où les femmes sont tolérées, mais jamais pleinement légitimes. L’agriculture urbaine, quant à elle, est un leurre. Derrière le discours sur « Tous agriculteurs », se cache une réalité plus crue : l’État externalise la gestion de la crise alimentaire en encourageant les citoyens à cultiver leurs balcons, tandis que les grands projets agricoles (comme la STEP de Médiouna) profitent surtout aux élites économiques.
Fils rouge : La femme algérienne est à la fois l’étendard et la victime de cette schizophrénie nationale. Elle est célébrée quand elle incarne la tradition, mais réprimée quand elle en sort. Son corps devient un territoire politique, comme en témoigne la condamnation collective pour homosexualité, qui rappelle que l’Algérie n’a toujours pas tranché entre modernité et conservatisme.
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**Le sport, ou l’illusion de la puissance retrouvée**
Le derby MC Alger-USM Alger en Supercoupe 2025 est bien plus qu’un match de football. C’est une métaphore de la nation algérienne : deux géants qui s’affrontent dans un stade flambant neuf (celui de Baraki), construit pour les Jeux Méditerranéens de 2022, mais dont l’entretien laisse déjà à désirer. Le football algérien, comme le pays, vit dans l’instant. Il brille par éclipses – une CAN remportée en 2019, des joueurs comme Mahrez ou Ounahi qui s’illustrent en Europe – mais peine à construire une cohérence sur le long terme.
La Ligue 1 algérienne, malgré son partenariat avec McDonald’s (symbole d’une globalisation à marche forcée), reste un championnat de seconde zone, miné par les problèmes financiers et le manque d’infrastructures. Les athlètes algériens, eux, sont pris dans une double contrainte : soit ils restent au pays et acceptent des conditions précaires, soit ils partent à l’étranger et deviennent des « mercenaires » aux yeux d’une partie de la population. Le cas de Petkovic, l’entraîneur de l’équipe nationale, est emblématique. On lui demande de gagner la CAN 2025 avec une « arme redoutable », mais personne ne s’interroge sur les conditions qui permettraient à cette arme de se développer durablement.
Contradiction : Le sport est censé incarner la fierté nationale, mais il révèle surtout les failles du système. Les stades sont pleins, les réseaux sociaux s’enflamment, mais les clubs croulent sous les dettes, et les jeunes talents fuient le pays. Le football, comme l’économie algérienne, repose sur une rente (pétrolière pour l’une, émotionnelle pour l’autre) qui masque mal l’absence de projet structurant.
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**L’environnement, ou la grande hypocrisie algérienne**
Le forum sur l’agriculture climato-intelligente à Alger sonne comme une farce tragique. L’Algérie, pays pétrolier par excellence, se présente en championne de la résilience climatique, alors qu’elle est l’un des plus gros émetteurs de CO₂ du continent par habitant. Le seuil des +1,5°C franchi en 2024 ? L’Afrique en paie le prix, mais l’Algérie, elle, continue de subventionner les énergies fossiles et de bétonner ses côtes.
Pourtant, le discours officiel est rodé : « agriculture durable », « éco-construction », « résilience ». Mais derrière ces mots, que cache-t-on ? Une agriculture urbaine qui reste marginale, des logements « durables » réservés à une élite, et une diplomatie climatique qui sert surtout à détourner l’attention des vrais problèmes. Le CORAF (Conseil ouest et centre africain pour la recherche et le développement agricoles), qui organise des forums sur l’agriculture résiliente, est financé en partie par des fonds européens – autrement dit, par ceux-là mêmes qui ont pillé les ressources du continent pendant des siècles.
Paradoxe : L’Algérie se veut leader de la réparation coloniale (comme en témoigne la Déclaration d’Alger contre les crimes coloniaux), mais elle reproduit les mêmes schémas extractivistes que ceux qu’elle dénonce. Elle exige des réparations pour l’esclavage et la colonisation, mais refuse de reconnaître les crimes commis pendant la guerre civile des années 1990. Elle critique l’Occident pour son mépris de l’Afrique, mais traite les migrants subsahariens avec la même brutalité que l’Europe.
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**L’art et l’histoire : armes de reconstruction massive**
La Conférence d’Alger sur les réparations coloniales et l’adoption de la Déclaration d’Alger par l’Union africaine marquent un tournant. Pour la première fois, l’Algérie se positionne comme la voix de l’Afrique sur la scène internationale, non plus seulement comme un pays du Maghreb, mais comme un acteur panafricain. Ce n’est pas un hasard si ce rôle lui échoit : son histoire coloniale, sa guerre d’indépendance, son statut de pays « pivot » entre l’Afrique et l’Europe en font un candidat naturel pour incarner cette revanche symbolique.
Mais cette posture diplomatique a un prix. En se présentant comme le fer de lance de la lutte contre le néocolonialisme, l’Algérie s’interdit toute autocritique. Comment exiger des réparations pour la colonisation française tout en refusant de reconnaître les violences commises par le FLN pendant la guerre d’indépendance ? Comment dénoncer le pillage des ressources africaines par l’Occident tout en signant des contrats léonins avec des multinationales chinoises ou turques ?
L’art public en Algérie est le reflet de cette tension. Le pouvoir de l’art public est un sujet de débat récurrent, mais il reste largement contrôlé par l’État. Les fresques murales, les statues, les musées sont autant d’outils de propagande qui célèbrent la révolution et occultent ses zones d’ombre. Pourtant, des artistes résistent. Les peintures du roi Ham Nghi, exposées à Huế, rappellent que l’Algérie a aussi été un refuge pour les exilés vietnamiens – une histoire méconnue, presque taboue, qui contredit le récit officiel d’une Algérie uniquement victime de l’histoire.
Enjeu : L’art et l’histoire sont les derniers remparts contre l’amnésie collective. Mais pour qu’ils jouent ce rôle, il faudrait que l’Algérie accepte de regarder son passé en face – y compris ses parts d’ombre.
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**Tunisie-Algérie : une relation toxique, mais nécessaire**
Le forum économique Tuniso-algérien et les tensions commerciales entre les deux pays illustrent une relation aussi indispensable que conflictuelle. La Tunisie, en crise économique, voit son déficit se creuser à cause des importations en provenance d’Algérie et de Turquie. Pourtant, les deux pays ont besoin l’un de l’autre : l’Algérie pour exporter son gaz et son ciment, la Tunisie pour servir de soupape de sécurité face aux tensions sociales.
Mais cette interdépendance est malsaine. L’Algérie, forte de ses réserves de change, joue les grands frères protecteurs, mais elle impose aussi ses conditions. La Tunisie, elle, oscille entre admiration et ressentiment. Les produits vietnamiens qui inondent le marché tunisien sont un symptôme de cette relation déséquilibrée : la Tunisie cherche des partenaires alternatifs pour échapper à la domination algérienne, mais elle reste prisonnière de sa dépendance.
Dynamique : La relation Algérie-Tunisie est un microcosme des rapports de force en Afrique du Nord. Elle montre comment l’économie et la politique s’entremêlent pour créer des alliances fragiles, toujours au bord de la rupture.
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**Droits humains : l’Algérie au banc des accusés**
La condamnation collective pour homosexualité en Algérie n’est pas un fait divers. C’est un choix politique. Dans un pays où l’homosexualité est criminalisée depuis 1966, ces arrestations sont un message clair : l’État algérien refuse toute évolution des mœurs, et il est prêt à utiliser la répression pour maintenir l’ordre moral.
Pourtant, cette rigidité cache une réalité plus complexe. Les violences contre les personnes LGBT+ augmentent, mais elles sont aussi de plus en plus documentées et dénoncées, notamment par les réseaux sociaux.