Revue de presse : Logement Algérie, Politique Algérie, Tramway Algérie…

**L’Algérie, miroir brisé d’une modernité inachevée**

L’Algérie contemporaine se déploie comme un palimpseste où s’entrelacent les traces d’un État centralisateur, les cicatrices d’une économie rentière et les ferments d’une société civile en ébullition. Les dix domaines d’actualité ici rassemblés ne sont pas des îlots disjoints, mais les symptômes d’un même syndrome : celui d’un pays tiraillé entre la tentation de l’autosuffisance et les logiques de dépendance, entre les promesses d’une transition écologique et les réflexes d’une économie carbonée, entre l’émancipation des femmes et les structures patriarcales persistantes.

Ces contradictions ne sont pas des anomalies, mais la matière même de l’Algérie post-indépendance. Elles révèlent une société en quête d’équilibres, où chaque avancée (l’éco-construction, l’entrepreneuriat social, les mobilisations contre le gaz de schiste) se heurte à des verrous systémiques : clientélisme, bureaucratie, et une gouvernance qui oscille entre le volontarisme et l’immobilisme. Pour en saisir la profondeur, il faut lire ces actualités comme les fragments d’un même récit – celui d’une nation en train de négocier son avenir entre héritage colonial, rente pétrolière et aspirations démocratiques.

**Logement et urbanisme : le béton contre la durabilité**

L’Algérie construit. Beaucoup. Trop, peut-être. Le secteur du logement, à la fois levier de développement et gouffre financier, illustre cette frénésie bâtisseuse qui répond à une crise sociale aiguë (plus de 2 millions de demandes non satisfaites) tout en alimentant une bulle spéculative. Les annonces récentes – comme la remise du certificat Edge à des promoteurs privés pour des logements durables au Sénégal – contrastent avec la réalité algérienne : l’éco-construction y reste marginale, écrasée par des normes obsolètes et une corruption endémique dans l’attribution des marchés publics.

Pourtant, des signaux faibles émergent. Les coopératives d’habitat autogéré, portées par des collectifs citoyens, esquissent une alternative à la logique étatique. Mais ces initiatives butent sur l’absence de cadre juridique et sur la méfiance des autorités, promptes à récupérer les dynamiques locales pour en faire des vitrines. Le logement en Algérie est ainsi le théâtre d’une bataille entre deux modèles : l’un, vertical et rentier, qui perpétue la dépendance aux matériaux importés et aux réseaux clientélistes ; l’autre, horizontal et écologique, qui cherche à ancrer la durabilité dans les territoires.

Fils rouges :
Contradiction : L’État promeut l’éco-construction à l’étranger (Sénégal) mais la freine chez lui.
Dépendance : Le secteur reste captif des importations (ciment, acier), malgré les ressources locales (pierre, terre).
Résistance : Les coopératives d’habitat autogéré, bien que minoritaires, préfigurent un urbanisme participatif.

**Politique : l’élection comme rituel vidé de sens**

Les législatives du 2 juillet 2024 s’annoncent comme un nouveau chapitre d’une comédie électorale bien rodée. Les programmes des partis – RN (Rassemblement National ? Non, Rassemblement National algérien, héritier du FLN), majorité présidentielle, Nouveau Front populaire – se distinguent à peine. Tous promettent la « stabilité », la « justice sociale » et la « modernisation », mots-valises qui masquent l’absence de débat sur les véritables enjeux : la diversification économique, la transition énergétique, ou la réforme de l’État.

La Commission de contrôle du financement des campagnes, installée avec solennité, rappelle que la transparence est un leurre dans un système où l’argent public irrigue les réseaux clientélistes. Les partis d’opposition, quand ils existent, sont soit cooptés, soit réprimés. Le véritable scrutin n’est pas celui des urnes, mais celui des luttes internes au pouvoir, où se jouent les arbitrages entre clans militaires, technocrates et oligarques.

Pourtant, ces élections sont un révélateur. Le taux d’abstention record (plus de 60 % en 2021) et la défiance envers les partis traduisent une crise de légitimité profonde. La jeunesse, en particulier, se détourne de la « politique politicienne » pour investir d’autres espaces : l’entrepreneuriat, les associations, ou les mobilisations écologiques. En Algérie, la démocratie ne se joue plus (seulement) dans les urnes, mais dans les interstices du système.

Fils rouges :
Illusion démocratique : Les élections sont un théâtre où les rôles sont écrits d’avance.
Désengagement citoyen : La jeunesse fuit les partis pour des formes d’engagement plus concrètes.
Clientélisme : Le financement des campagnes est un outil de contrôle, pas de transparence.

**Femmes : entre visibilité et invisibilisation**

L’Algérie célèbre ses femmes. Les festivals de création féminine, les portraits de « bâtisseuses rurales », les discours sur l’émancipation : tout concourt à en faire des figures de proue d’une modernité algérienne. Pourtant, derrière ces vitrines, les réalités sont plus sombres. Le code de la famille, bien que réformé en 2005, maintient les femmes dans un statut de mineures juridiques. Les violences conjugales restent un tabou, et l’accès à l’emploi formel leur est souvent refusé au profit des hommes.

Le paradoxe est saisissant : les femmes sont omniprésentes dans les médias et les discours officiels, mais absentes des lieux de pouvoir. Aucune femme n’a jamais dirigé un parti politique majeur, et leur représentation dans les assemblées élues reste symbolique. Leur rôle dans l’économie informelle (agriculture, artisanat) est crucial, mais systématiquement sous-évalué.

Pourtant, des brèches s’ouvrent. Les entrepreneures sociales, les collectifs féministes (comme Femmes en Mouvement), ou les artistes (à l’image de la plasticienne Amina Menia) réinventent des espaces de résistance. Leur combat n’est pas seulement pour l’égalité, mais pour une redéfinition du politique : moins institutionnelle, plus ancrée dans le quotidien.

Fils rouges :
Instrumentalisation : Les femmes sont mises en avant comme symbole, mais tenues à l’écart du pouvoir.
Résilience : Leur rôle dans l’économie informelle est un pilier invisible de la société.
Nouveaux féminismes : Les collectifs émergents contournent les canaux traditionnels pour agir.

**Transition énergétique : le gaz de schiste comme ligne de fracture**

L’Algérie est assise sur un trésor empoisonné : les troisièmes réserves mondiales de gaz de schiste. Depuis 2015, les mobilisations citoyennes (comme à In Salah) ont forcé le gouvernement à geler les projets d’exploitation, mais la tentation reste forte. Les multinationales (Total, ENI) rôdent, et les pressions internationales (notamment européennes, en quête de diversification énergétique) se font plus insistantes.

Le silence du gouvernement après l’attentat de Tamanrasset, en pleine visite du pape, est révélateur. Il trahit une peur : celle d’une radicalisation des mouvements écologistes, perçus comme une menace pour la stabilité. Pourtant, l’Algérie a tout à gagner d’une transition énergétique maîtrisée. Ses ressources en solaire (2 000 heures d’ensoleillement par an) et en éolien sont immenses, mais sous-exploitées. Le plan Renouvelable 2030 (22 GW d’énergies vertes) reste un vœu pieux, faute de financements et de volonté politique.

La question énergétique cristallise toutes les contradictions algériennes : dépendance à la rente, méfiance envers les ONG, et incapacité à penser un modèle post-pétrole. Pourtant, des alternatives émergent. Des coopératives solaires voient le jour dans le Sud, et des start-up développent des solutions de stockage d’énergie. Mais ces initiatives peinent à percer, étouffées par un État qui préfère négocier avec les géants pétroliers plutôt que de soutenir l’innovation locale.

Fils rouges :
Rente vs. souveraineté : L’Algérie refuse de lâcher le gaz, mais paie le prix de cette dépendance.
Répression écologique : Les mobilisations contre le gaz de schiste sont criminalisées.
Potentiel inexploité : Le solaire et l’éolien pourraient faire de l’Algérie un leader africain, mais l’État freine.

**Entrepreneuriat et formation : l’école de la débrouille**

L’Algérie forme des ingénieurs, mais ne leur donne pas les moyens d’innover. Les écoles d’ingénieurs, accessibles avec une moyenne au bac souvent inférieure à 12/20, produisent des diplômés surqualifiés et sous-employés. Le système Parcoursup algérien (la Demande d’Admission Préalable) reproduit les mêmes biais que son homologue français : quotas opaques, favoritisme, et une adéquation nulle avec les besoins du marché.

Pourtant, une jeunesse entreprenante contourne ces obstacles. Les incubateurs de start-up (comme 1000 Startups ou Wamda) se multiplient, et l’entrepreneuriat social gagne du terrain. Ces initiatives, souvent portées par des femmes et des ruraux, répondent à des besoins concrets : accès à l’eau, énergies renouvelables, agriculture durable. Mais elles se heurtent à un mur : l’absence de financement et la méfiance des banques, qui préfèrent prêter à des projets « sûrs » (c’est-à-dire liés à l’État ou aux importations).

La formation professionnelle, parent pauvre du système éducatif, illustre cette schizophrénie. Les centres de formation sont sous-équipés, et les filières proposées (mécanique, BTP) ne correspondent pas aux besoins d’une économie en mutation. Résultat : le chômage des jeunes dépasse 30 %, et ceux qui trouvent un emploi sont souvent cantonnés à l’informel.

Fils rouges :
Échec éducatif : Le système forme des diplômés, mais pas des innovateurs.
Débrouille entrepreneuriale : Les jeunes créent des solutions locales, mais sans soutien.
Banques vs. start-up : Le système financier étouffe l’innovation au profit de la rente.

**Agriculture et irrigation : l’eau comme enjeu de survie**

L’Algérie est un pays aride, mais son agriculture reste gourmande en eau. Les oasis, autrefois modèles de gestion collective, sont aujourd’hui menacées par la surexploitation et le changement climatique. Les techniques modernes (

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