La diaspora algérienne transfère moins que les Tunisiens, malgré 3 millions d’émigrés en plus
Les chiffres sont accablants. En neuf mois, les Tunisiens de l’étranger ont envoyé 2,2 milliards de dollars dans leur pays, contre 1,8 milliard pour l’Algérie en 2025. Pourtant, la diaspora algérienne compte 3 millions de personnes de plus que celle de la Tunisie. Cette performance tunisienne s’explique par un système bancaire flexible et un taux de change attractif. À l’inverse, en Algérie, le marché noir des devises et les restrictions bancaires poussent les Algériens de l’étranger à contourner les circuits officiels, privant l’économie locale d’une manne financière cruciale.
Pour les entrepreneurs et les créateurs d’entreprise, ces transferts représentent une source de financement informelle majeure. En 2025, les envois de fonds des Algériens de l’étranger ont couvert 10% des importations de biens, selon la Banque mondiale. Mais cette ressource est sous-exploitée. En Tunisie, les transferts officiels via les banques atteignent 40% du total, contre seulement 20% en Algérie, où la majorité passe par des changeurs clandestins.
Le taux de change officiel : un piège pour l’économie
Le problème central tient au taux de change officiel. La Banque d’Algérie fixe le dinar à 151 DZD pour 1 euro, alors que sur le marché parallèle, le taux atteint 277 DZD. Cette différence de 84% décourage les transferts officiels. Un Algérien résidant en France qui envoie 1 000 euros à sa famille en Algérie perd 126 euros en frais de change s’il passe par une banque, contre seulement 27 euros sur le marché noir.
Les entrepreneurs algériens, souvent dépendants des fonds de la diaspora pour lancer ou pérenniser leur activité, subissent cette distorsion. Un restaurant à Alger qui compte sur les envois de ses associés français pour importer des équipements ou payer des salaires se retrouve avec des liquidités réduites de moitié. Pire, une partie de ces fonds finit dans les poches des changeurs informels, sans aucun impact sur l’économie formelle.
La Tunisie mise sur la facilité, l’Algérie sur le contrôle
Alors que Tunis a su simplifier les transferts en partenariat avec des acteurs comme Western Union ou MoneyGram, Alger maintient un monopole bancaire strict. Les banques algériennes appliquent des frais élevés (jusqu’à 5% par transaction) et imposent des plafonds de retrait. Résultat : 80% des Algériens de l’étranger utilisent des canaux informels, selon une étude récente de l’Observatoire national des migrations.
La Tunisie a aussi développé des incitations fiscales pour les Tunisiens de l’étranger qui investissent dans l’immobilier ou les PME locales. En Algérie, aucune mesure similaire n’existe. Pourtant, le potentiel est énorme : la diaspora algérienne détient plus de 100 milliards de dollars d’épargne, selon la Banque mondiale. Si seulement 5% de cette somme transitaient par les circuits officiels, l’impact sur le secteur privé serait immédiat.
Que faire pour rattraper le retard ?
Plusieurs pistes existent pour mobiliser ces fonds et les orienter vers l’entrepreneuriat. D’abord, aligner le taux de change officiel sur le marché parallèle réduirait la tentation du marché noir. Ensuite, baisser les frais bancaires sur les transferts et élargir les plafonds de retrait encouragerait les envois formels. Enfin, créer des fonds dédiés aux projets portés par la diaspora, comme le fait le Maroc avec son programme « Moubadara », pourrait dynamiser l’économie locale.
Pour les entrepreneurs, ces mesures sont urgentes. Les fonds de la diaspora financent aujourd’hui une partie des PME algériennes, mais de manière désorganisée. Une réforme bancaire et un taux de change réaliste permettraient de structurer ces flux et de les transformer en levier de croissance.
À retenir pour les entrepreneurs
Les transferts de la diaspora algérienne représentent un capital sous-exploité pour les créateurs d’entreprise. Sans réforme du taux de change et des frais bancaires, ces fonds continueront de fuiter vers le marché noir, privant le secteur privé d’une source de financement clé. Une meilleure intégration de ces flux pourrait booster les PME, mais dépendra des décisions des autorités économiques.
Sources
TSA Algerie
ObservAlgerie
Sources
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