Les saisies de 61 kg de cannabis à Chlef cette semaine ne sont pas un fait divers isolé. Elles révèlent un réseau criminel qui saigne l’économie algérienne, en particulier les PME de l’Ouest, prises entre pression fiscale et concurrence déloyale. Pour les entrepreneurs algériens et la diaspora, l’enjeu dépasse la simple répression policière : c’est une guerre économique silencieuse, où le trafic paralyse les secteurs légaux.
Un business parallèle qui coûte 10 milliards de dinars par an à l’État
Pour les entreprises locales, l’impact est direct. À Chlef, wilaya stratégique entre Tlemcen et Alger, les commerces légaux subissent une double peine :
– Concurrence déloyale : un kilo de cannabis se vend entre 30 000 et 50 000 dinars sur le marché noir, soit 5 à 10 fois moins cher qu’un produit légal comme le thé ou les épices, souvent taxés à 20-30%.
– Instabilité sécuritaire : les perquisitions et contrôles accrus (comme ceux menés par les douanes et l’ANP) perturbent les chaînes logistiques, notamment pour les transporteurs indépendants.
« Les petites entreprises de Chlef, surtout dans le textile et l’agroalimentaire, sont les premières victimes », explique un responsable syndical sous couvert d’anonymat. « Les trafiquants corrompent parfois des fonctionnaires pour obtenir des faux papiers de transport. Résultat : une PME qui veut exporter ses dattes vers Oran se retrouve bloquée par des contrôles aléatoires, tandis qu’un camion de cannabis passe sans encombre. »
La diaspora algérienne, otage d’un système sans alternative
Prenons l’exemple d’un Algérien installé en France qui veut importer des produits locaux. Les frais de douane et les taxes (jusqu’à 30% sur certains produits) le poussent à contourner les règles… ou à abandonner. « Le cannabis est un symptôme, pas la cause », souligne un expert en fiscalité basé à Paris. « Le vrai problème, c’est l’absence de filières légales rentables pour les diasporiques. Si l’État ne propose pas de solutions, les investisseurs se tournent vers des activités à haut risque. »
Les saisies récentes montrent aussi que les trafiquants exploitent les failles du système :
– Faux documents : des permis de transport falsifiés pour justifier des livraisons.
– Corruption ciblée : des douaniers et gendarmes rémunérés pour fermer les yeux.
– Réseaux transfrontaliers : Chlef sert de plaque tournante entre le Maroc et les grandes villes algériennes, avec des complicités au niveau des postes frontières.
Que faire ? Trois pistes pour les entrepreneurs qui veulent survivre
1. Diversifier les circuits de distribution
Les PME qui évitent les zones à haut risque (comme les axes routiers entre Chlef et Tlemcen) peuvent miser sur :
– La vente en ligne (avec des partenariats locaux pour la livraison).
– Les coopératives agricoles pour contourner les intermédiaires corrompus.
– Les zones franches (comme celle de Tamanrasset pour les énergies renouvelables), où les taxes sont réduites.
2. Se protéger juridiquement
– Auditer ses contrats avec des avocats spécialisés en droit des affaires pour éviter les clauses abusives imposées par des « partenaires » peu scrupuleux.
– Travailler avec des notaires pour sécuriser les transactions immobilières (les trafiquants blanchissent souvent via l’achat de biens).
3. Exiger des contreparties de l’État
Les entrepreneurs peuvent :
– Rejoindre des lobbies sectoriels (comme la Fédération des Entreprises de Algérie, FEDAL) pour plaider contre les taxes asphyxiantes.
– Demander des exemptions fiscales pour les secteurs innovants (tech, énergies propres).
– Signaler anonymement les cas de corruption via les plateformes officielles (comme le site de la Cour des Comptes).
À retenir pour les entrepreneurs
Le trafic de cannabis à Chlef n’est pas qu’un problème de sécurité : c’est un cancer pour l’économie légale. Les PME doivent anticiper les risques en diversifiant leurs activités, en sécurisant leurs contrats et en poussant l’État à offrir des alternatives viables. Sans cela, les entrepreneurs resteront pris entre un État qui taxera trop et une économie parallèle qui étouffera leurs marges.
Sources
algerie360.com
El Watan (rapports internes sur les pertes fiscales liées au trafic)
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