Alger accueille les Assemblées annuelles 2025 de la BID

La Banque islamique de développement (BID) a lancé ses Assemblées annuelles 2025 à Alger, marquant un tournant dans la coopération financière entre l’Algérie et les institutions islamiques internationales. L’événement, qui s’est ouvert récemment, réunit des représentants de 57 pays membres, des experts en finance islamique et des décideurs économiques pour discuter des mécanismes de financement conformes à la charia et de leur impact sur le développement durable.

Selon El Watan, qui a couvert l’ouverture des travaux, cette édition met l’accent sur l’innovation financière et les outils alternatifs pour soutenir les projets structurants en Afrique et dans les pays membres. Le ministre des Finances, Laaziz Faid, a souligné lors de son allocution que l’Algérie compte s’appuyer sur ces mécanismes pour diversifier son économie, notamment dans les secteurs de l’énergie renouvelable, de l’agriculture et des infrastructures.

La BID, dont le siège est à Djeddah, a déjà financé plusieurs projets en Algérie, notamment dans le domaine des énergies propres et de l’eau. D’après un communiqué publié sur son site officiel, un nouveau cadre de partenariat stratégique a été signé entre l’Algérie et le groupe BID pour la période 2025-2030. Ce document prévoit un engagement financier de plus de 2 milliards de dollars pour des projets prioritaires, incluant la modernisation des ports, le développement des zones industrielles et le soutien aux PME.

Parmi les outils discutés lors de ces Assemblées, les sukuk (obligations islamiques) occupent une place centrale. Le professeur Boudjelal, expert en finance islamique cité par El Moudjahid, a insisté sur leur rôle comme « pierre angulaire » pour mobiliser des capitaux sans recourir à l’intérêt, interdit par la charia. Il a expliqué que ces instruments pourraient attirer des investisseurs du Golfe et d’Asie du Sud-Est, où la demande pour des produits financiers halal est en forte croissance.

L’Algérie, qui a déjà émis des sukuk souverains en 2023 pour un montant de 100 milliards de dinars, envisage d’élargir cette pratique. La Banque nationale d’Algérie (BNA) et le Fonds de garantie des crédits d’exploitation (FGAR) ont récemment signé des conventions pour faciliter l’accès des entreprises aux financements islamiques, notamment via des contrats de mourabaha (vente à profit) et d’ijara (location-vente). Ces mécanismes permettent aux PME de bénéficier de liquidités sans s’endetter selon les principes conventionnels.

La présence de la BID à Alger coïncide avec une dynamique plus large de développement de la finance islamique en Algérie. Al Baraka Bank Algérie, seule banque islamique du pays, a annoncé en 2023 une refonte de sa politique commerciale pour cibler davantage les particuliers et les entrepreneurs. Selon horizons.dz, la banque a enregistré une hausse de 15 % de ses dépôts en 2024, reflétant une demande croissante pour des services bancaires conformes à l’éthique islamique.

Les Assemblées annuelles de la BID ont également été l’occasion d’aborder les défis régionaux, notamment la transition énergétique et la résilience face aux chocs économiques. Une table ronde, relayée par APAnews, a mis en lumière les opportunités offertes par la finance islamique pour financer des projets verts, comme les parcs solaires ou les usines de dessalement d’eau de mer. L’Algérie, qui dispose d’un potentiel solaire parmi les plus élevés au monde, pourrait ainsi attirer des fonds dédiés à ces secteurs.

Sur le plan international, l’Algérie renforce sa présence dans les pays africains via ses banques publiques. Comme l’a rapporté la Radio algérienne, la Banque extérieure d’Algérie (BEA) et la Banque nationale d’Algérie (BNA) ont récemment étendu leurs activités en Mauritanie et au Sénégal, où elles proposent des services bancaires islamiques. Cette expansion s’inscrit dans une stratégie de diversification des partenariats économiques, notamment avec les pays de la zone UEMOA, où la finance islamique représente déjà 20 % du marché bancaire.

Les Assemblées de la BID à Alger ont aussi été marquées par un appel à la création d’une première banque islamique privée en Algérie. Lors d’une conférence internationale organisée en février 2024, des experts ont plaidé pour une libéralisation du secteur, actuellement dominé par Al Baraka Bank. Selon El Moudjahid, cette initiative pourrait stimuler la concurrence et offrir davantage d’options aux clients, tout en alignant le système financier algérien sur les standards internationaux.

Enfin, l’Université de Tipasa a récemment accueilli un colloque sur les enjeux de durabilité dans la finance islamique, mettant en avant son rôle dans la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD). Les participants ont souligné que les principes de partage des risques et de transparence, inhérents à la finance islamique, pourraient contribuer à une croissance plus inclusive et équitable.

Avec ces développements, l’Algérie positionne la finance islamique comme un levier stratégique pour son économie. Les Assemblées annuelles de la BID à Alger ne sont pas seulement un événement financier, mais aussi une étape vers une intégration plus poussée dans les circuits de financement alternatifs, au service du développement national.

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