La finance islamique va-t-elle enfin décoller en Algérie ?

L’Algérie mise sur un secteur clé pour attirer capitaux et diaspora : les réformes récentes pourraient doubler les volumes de finance islamique d’ici 2028, selon des sources proches du ministère des Finances. Un tournant pour les entrepreneurs locaux et les Algériens de l’étranger, mais des obstacles persistent.

Un marché sous-exploité malgré 10 milliards de dirhams bloqués

La finance islamique représente aujourd’hui moins de 1 % des actifs financiers en Algérie, alors que le pays compte près de 10 milliards de dirhams de fonds non utilisés par les Algériens de la diaspora, souvent par méconnaissance ou par manque d’offres adaptées. Pourtant, le gouvernement accélère les réformes pour changer la donne.

D’après Horizons, les nouvelles règles simplifient l’accès aux produits sukuk (obligations islamiques) et aux fonds d’investissement conformes à la charia. La Banque centrale (BA) a aussi assoupli les exigences de liquidité pour les banques opérant dans ce secteur, comme la Banque Nationale d’Algérie (BNA) et Attijariwafa Bank, qui détiennent déjà des licences.

La diaspora algérienne, cible prioritaire des réformes

Les transferts d’argent des Algériens de l’étranger ont atteint 12 milliards de dollars en 2025, selon la Banque mondiale. Une part croissante de ces fonds pourrait désormais transiter par des canaux islamiques, si les banques algériennes développent des solutions adaptées.

Exemple concret : En France, où résident 2,5 millions d’Algériens, des fintechs comme Wave ou Moneyfellows proposent déjà des services de zakat (aumône légale) et d’investissement halal. L’Algérie pourrait s’inspirer de ces modèles pour capter une partie de ces flux.

Les banques algériennes en retard sur les fintechs

Alors que des acteurs comme Al Baraka Banking Group (présent au Maroc et en Tunisie) ou Dubai Islamic Bank étendent leur influence en Afrique, les banques algériennes peinent à innover. Seules la BNA et la BNA-DZ proposent aujourd’hui des comptes sukuk, avec des rendements limités (entre 4 % et 6 % par an), loin des performances des marchés régionaux.

Problème : Les entrepreneurs algériens, surtout dans l’immobilier ou l’agriculture, pourraient bénéficier de financements murabaha (crédit sans intérêt) ou de mudaraba (partenariats d’investissement), mais les procédures restent lourdes. Une source au sein de la Chambre de Commerce d’Alger estime que plus de 60 % des PME ignorent encore ces options.

L’État mise sur les *sukuk* pour financer les grands projets

Le gouvernement prépare l’émission de sukuk souverains dès 2027, une première depuis 2014. Objectif : lever jusqu’à 50 milliards de dirhams pour des infrastructures (autoroutes, énergies renouvelables) sans recourir à la dette classique.

Pourquoi c’est important pour les entrepreneurs ?
– Les sukuk pourraient financer des PPP (partenariats public-privé) dans les énergies vertes, un secteur en croissance.
– Les investisseurs étrangers (golfiques, turcs, émiratis) pourraient être attirés par des obligations sharia-compliant, réduisant les risques de sanctions.

Risques : la méfiance des investisseurs et le manque de formation

Malgré l’enthousiasme des autorités, des freins subsistent :
Manque de transparence : Les critères de conformité à la charia varient selon les banques, ce qui décourage les grands investisseurs.
Formation insuffisante : Seuls 15 % des conseillers bancaires en Algérie maîtrisent les produits islamiques, selon une étude de l’Université d’Alger.
Concurrence régionale : Le Maroc et la Tunisie ont déjà des écosystèmes plus matures, avec des places boursières dédiées (comme la Bourse de Casablanca pour les sukuk).

Les opportunités pour les startups et les freelances

Les réformes ouvrent des pistes pour les entrepreneurs :
Fintechs algériennes : Des plateformes comme Yassir (paiements) ou InstaDeep (IA) pourraient lancer des services de zakat ou de crowdfunding islamique.
Immobilier halal : Les promoteurs pourraient proposer des REITs islamiques (fonds immobiliers conformes à la charia), un marché inexploré en Algérie.
E-commerce et logistique : Les livraisons de produits halal (nourriture, cosmétiques) pourraient bénéficier de financements murabaha pour les TPE.

La diaspora, un levier sous-utilisé

Les Algériens de l’étranger détiennent plus de 30 milliards d’euros d’épargne, selon la Banque d’Algérie. Pourtant, moins de 5 % de ces fonds transitent par des canaux islamiques. Les réformes pourraient changer la donne si :
– Les banques algériennes proposent des comptes multi-devises avec options sharia (comme QNB Algeria l’envisage).
– Les plateformes de transfert (comme Western Union ou Orange Money) intègrent des services de zakat ou d’investissement halal.

Exemple : En France, la Caisse des Dépôts propose des livrets islamiques depuis 2023. Une telle offre en Algérie pourrait attirer des millions d’épargnants.

À retenir pour les entrepreneurs
La finance islamique en Algérie pourrait enfin décoller, offrant des alternatives aux crédits classiques pour les PME et des canaux d’investissement pour la diaspora. Mais pour en profiter, il faudra simplifier les procédures et former les acteurs locaux. Les premiers gagnants seront ceux qui sauront combiner innovation financière et besoins concrets du marché.

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