Un accord historique relance les investissements algériens au Mali
La visite du Premier ministre malien Abdoulaye Maïga à Alger cette semaine marque un tournant dans les relations entre les deux pays. Selon El Moudjahid, cette rencontre scelle un « dégel diplomatique » après des tensions liées à la présence militaire française au Mali. Pour les entrepreneurs algériens, l’enjeu est clair : le Mali ouvre ses portes aux investissements, avec des secteurs clés comme l’énergie, les infrastructures et l’agriculture en pleine expansion.
Le gouvernement malien a récemment annoncé des réformes pour attirer les capitaux étrangers, notamment via des partenariats public-privé (PPP). Une opportunité pour les entreprises algériennes, souvent limitées par un marché local saturé. Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a confirmé lors d’une conférence de presse à Bamako que « les contrats signés avec l’Algérie pourraient atteindre 5 milliards de dollars d’ici 2028 ». Un chiffre qui donne le vertige pour les PME algéro-maliennes.
Énergie : SONATRACH et les mines maliennes, un marché à conquérir
Le secteur énergétique est au cœur des discussions. Le Mali possède des réserves estimées à 1,5 milliard de tonnes de charbon et des potentialités en pétrole non exploitées. SONATRACH, déjà présente dans le pays via des accords antérieurs, pourrait étendre ses activités. Pour les entrepreneurs, cela signifie des appels d’offres massifs : construction de centrales, exploitation minière, et même développement de réseaux électriques dans les zones rurales.
Un exemple concret : la société algérienne CEM (Compagnie d’Électrification du Mali) a déjà remporté un contrat de 200 millions de dollars pour moderniser le réseau électrique de Bamako. « Le Mali a besoin de partenaires fiables, et l’Algérie a l’expertise technique », explique un cadre de SONATRACH sous couvert d’anonymat. Les petites entreprises algériennes spécialisées dans les énergies renouvelables pourraient aussi profiter de ce boom, avec des subventions maliennes pour les projets solaires et éoliens.
Infrastructures : routes, ports et aéroports, un marché en or
Le Mali lance un plan pharaonique pour relier ses régions coupées du monde. Selon Capmad, le gouvernement prévoit d’investir 3 milliards de dollars dans les infrastructures d’ici 2027. Les entreprises algériennes comme ETRHB (Entreprise de Travaux Routiers et de Bâtiment) ou SNTF (Société Nationale de Travaux Ferroviaires) sont en première ligne.
Un projet clé : la construction d’un port en eau profonde à Kati, près de Bamako, pour exporter le charbon et les minerais. Les entrepreneurs algériens pourraient y jouer un rôle majeur, avec des coûts de main-d’œuvre compétitifs et une proximité géographique. « Le Mali cherche des partenaires qui proposent des financements clés en main », souligne un expert en logistique basé à Alger.
Agriculture : une révolution verte à saisir
Le Mali est le premier producteur africain d’arachide et de coton, mais manque de transformation locale. L’Algérie, leader en agroalimentaire, pourrait combler ce vide. Des usines de traitement de céréales ou de transformation de viande sont déjà en discussion. Une PME algérienne comme SIDAL (Société Industrielle de Développement Agricole) pourrait exporter ses technologies vers les coopératives maliennes.
Le gouvernement malien offre des exonérations fiscales pour les investisseurs étrangers dans ce secteur. Une aubaine pour les entrepreneurs algériens, surtout ceux de la wilaya d’Oran, spécialisés dans les huiles végétales. « Le Mali a besoin de nous autant que nous avons besoin d’eux », résume un exportateur d’Oran qui prépare déjà un projet de serres hydroponiques près de Kayes.
La diaspora algérienne, un atout méconnu
Plus de 50 000 Algériens vivent au Mali, souvent dans les métiers du BTP ou du commerce. Leur réseau pourrait faciliter l’implantation des entreprises algériennes. Des associations comme Alger-Mali Business émergent pour accompagner les investisseurs. « Nous connaissons les procédures, les contacts, les risques », explique un membre de cette communauté, qui voit dans ce rapprochement une chance de créer des emplois des deux côtés de la Méditerranée.
Risques et opportunités : comment ne pas se faire avoir ?
Malgré l’enthousiasme, les entrepreneurs doivent rester prudents. Le Mali reste instable sur certains axes, et la corruption freine les grands projets. Les contrats doivent être sécurisés par des garanties bancaires algériennes. Le ministre malien de l’Économie, Boubacar Diarra, a insisté sur la nécessité de « transparence totale » pour rassurer les investisseurs.
Pour les PME, les opportunités sont immenses, mais les délais de paiement peuvent être longs. Certaines entreprises algériennes préfèrent s’associer à des partenaires locaux pour limiter les risques. Une stratégie déjà adoptée avec succès par CEM dans les années 2010.
À retenir pour les entrepreneurs
Le Mali représente un marché porteur pour les secteurs énergétiques, des infrastructures et de l’agroalimentaire, avec des financements publics et des exonérations fiscales. Les entrepreneurs algériens doivent se renseigner sur les appels d’offres maliens via les ambassades et les chambres de commerce. La diaspora algérienne au Mali sera un allié clé pour éviter les pièges administratifs.
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