Le 11 février 2026, Leconomiste Maghrebin révélait un accord-cadre entre l’Algérie et la Tunisie pour faire du numérique un levier d’intégration économique. Les deux pays visent un marché commun estimé à 100 millions d’euros d’ici 2028, selon les chiffres avancés par le ministère algérien des Postes et des Télécommunications. L’initiative s’appuie sur trois piliers : l’interconnexion des infrastructures, l’harmonisation des réglementations et la création d’un fonds commun de financement pour les startups.
L’accord prévoit la suppression des frais d’itinérance pour les données mobiles entre les deux pays dès 2027. Les opérateurs Algérie Télécom et Tunisie Télécom ont déjà signé un protocole pour interconnecter leurs réseaux à haut débit via un câble sous-marin supplémentaire, réduisant les coûts de transit de 30 %. Pour les entrepreneurs, cela signifie une baisse des frais de communication et une accélération des échanges numériques avec la Tunisie, deuxième partenaire commercial de l’Algérie après la Chine.
Côté réglementation, les deux gouvernements travaillent à un statut unique pour les entreprises numériques. Un projet de loi est en discussion pour permettre aux startups algériennes et tunisiennes de s’enregistrer dans un pays et d’opérer dans l’autre sans créer de filiale locale. Le texte devrait être adopté avant fin 2026, selon des sources proches du ministère tunisien des Technologies de l’Information. Les secteurs prioritaires identifiés sont la fintech, l’e-santé et l’agritech, avec des exonérations fiscales de 5 ans pour les projets communs.
Le fonds commun de financement, doté de 20 millions d’euros, sera géré par la Banque Algérienne de Développement (BAD) et la Banque Tunisienne de Solidarité (BTS). Il cible les startups de moins de 5 ans avec un chiffre d’affaires inférieur à 2 millions d’euros. Les critères de sélection incluent un cofondateur dans chaque pays et un produit ou service déjà testé sur l’un des deux marchés. « Nous voulons éviter les projets purement spéculatifs. Les candidats devront prouver leur traction commerciale », explique un responsable de la BAD.
Pour les entrepreneurs algériens, cet accord ouvre plusieurs opportunités concrètes. D’abord, l’accès à un marché de 25 millions de consommateurs tunisiens, avec une classe moyenne en croissance et une appétence pour les solutions numériques. Ensuite, la possibilité de tester des produits à moindre coût avant de les déployer en Afrique subsaharienne, où la Tunisie a déjà des accords similaires. Enfin, l’accès à des talents tunisiens spécialisés dans le développement logiciel et le design UX, souvent moins chers que leurs homologues algériens.
Les défis restent cependant nombreux. Les différences de réglementation sur la protection des données, avec une loi tunisienne plus stricte inspirée du RGPD européen, pourraient compliquer les transferts d’informations. Par ailleurs, les délais de paiement en Tunisie, souvent supérieurs à 90 jours, contrastent avec les 30 jours légaux en Algérie. « Les entrepreneurs devront adapter leurs modèles de trésorerie », avertit un expert-comptable algérois.
Côté algérien, l’accord s’inscrit dans la stratégie du gouvernement de diversifier l’économie au-delà des hydrocarbures. Le secteur numérique représente déjà 5 % du PIB algérien, avec une croissance annuelle de 12 %, selon l’Agence Nationale de Développement de l’Investissement (ANDI). « Nous ne voulons plus être un simple consommateur de technologies, mais un acteur régional », déclarait récemment le ministre des Finances, Laaziz Faid, lors d’un forum à Alger.
Pour les membres de la diaspora algérienne, cet accord offre une nouvelle porte d’entrée. Les entrepreneurs installés en France ou au Canada pourraient créer des filiales en Tunisie pour bénéficier des avantages fiscaux et accéder au marché algérien via un partenaire local. Plusieurs incubateurs franco-algériens, comme StartupBRICS à Paris, ont déjà annoncé des programmes d’accompagnement pour les projets transfrontaliers.
À Oran, le parc technologique Cyberparc a lancé un appel à projets pour identifier 10 startups algériennes prêtes à s’internationaliser en Tunisie. « Nous cherchons des solutions innovantes dans la logistique, l’énergie renouvelable et l’éducation en ligne », précise le directeur du parc, Mohamed Benahmed. Les lauréats bénéficieront d’un accompagnement de 6 mois, incluant des rencontres avec des investisseurs tunisiens.
À retenir pour les entrepreneurs
L’accord algéro-tunisien crée un marché numérique de 100 millions d’euros d’ici 2028, avec des exonérations fiscales et un fonds de financement commun. Les startups devront intégrer un partenaire tunisien et anticiper les différences réglementaires sur les données et les paiements. La diaspora peut utiliser la Tunisie comme porte d’entrée vers l’Algérie.
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