Revue de presse : Médias Algérie, Travaux publics Algérie, Élections Algérie…

**L’ÉNIGME ALGÉRIENNE : UNE ACTUALITÉ EN MIROIR DÉFORMANT**

L’Algérie contemporaine se donne à lire comme un palimpseste où s’entrelacent les strates d’un État en quête de légitimité, d’une économie en tension entre dépendance et innovation, et d’une société tiraillée entre héritages postcoloniaux et aspirations démocratiques. Les dix domaines d’actualité qui agitent le pays en cette fin 2024 ne sont pas des îlots isolés, mais les symptômes d’une même crise organique : celle d’un système politique et économique qui, après des décennies de rente pétrolière et de gestion autoritaire, se heurte à ses propres limites. Ces fils rouges – souveraineté, modernisation, mémoire, et géopolitique – tissent une toile où chaque nœud révèle une contradiction, chaque avancée un recul.

**SOUVERAINETÉ ÉCONOMIQUE : LE GRAND PARADOXE**

**L’illusion du "Made in Algeria" face à la dépendance structurelle**

Le cas de l’irrigation est emblématique. Les oasis algériennes, présentées comme des modèles de résilience face au changement climatique, dépendent encore largement de techniques traditionnelles, malgré les discours sur les « solutions modernes ». Karim Hassan, président de l’ONASA, vante les mérites des innovations agricoles, mais omet de préciser que ces dernières nécessitent des investissements colossaux – et donc des partenariats étrangers, souvent européens. La souveraineté se paie en devises, et l’Algérie n’en a plus assez.

**La diplomatie algérienne : entre révisionnisme et isolement**

Le silence de Tebboune sur la chute de Maduro – son « allié intime » – en dit long. L’Algérie, qui se présente comme le champion du non-alignement, évite soigneusement de s’aliéner Washington, comme en témoigne le rapprochement stratégique accéléré avec les États-Unis (visite de Landau à Alger). Cette schizophrénie diplomatique révèle une peur : celle de se retrouver isolée dans un Maghreb où le Maroc, soutenu par l’Occident, avance ses pions (record historique des échanges Espagne-Maroc en 2024).

**L’ÉTAT ET SES MYTHOLOGIES : INFRASTRUCTURES, MÉDIAS, ET CONTRÔLE SOCIAL**

**Les travaux publics : moderniser sans démocratiser**

Même logique dans le secteur de la santé. Moncef Douaifia, figure médiatique, vante les « solutions innovantes et locales » pour la santé mère-enfant. Mais derrière les discours, c’est l’ONS (Office National des Statistiques) qui révèle la réalité : un système hospitalier sous-financé, dépendant des importations de médicaments (d’où la présence du président de la Société de pharmaco-économie, Yacine Achouri). La santé, comme les routes, est un miroir des priorités du régime : afficher des succès pour masquer les échecs.

**Les médias : entre propagande et résilience**

Pourtant, la culture algérienne, elle, résiste. Le film L’Étranger de François Ozon, adapté de Camus, et Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud, rappellent que l’Algérie reste un laboratoire de l’absurde – politique, social, existentiel. Ces œuvres, célébrées à l’étranger (comme aux Vues d’Afrique à Montréal), sont à peine évoquées dans les médias locaux. Preuve que la culture, quand elle échappe au contrôle de l’État, devient un acte de dissidence.

**MÉMOIRE ET IDENTITÉ : L’ARCHÉOLOGIE COMME MÉTAPHORE**

Les fouilles récentes à Alger, menées dans l’ombre des épaves antiques étudiées par Giulia Boetto en Adriatique, sont une allégorie de l’Algérie contemporaine. Le pays fouille son passé pour se construire un récit national, mais ce passé est fragmenté, contesté, instrumentalisé. L’archéologie algérienne, comme la culture, est un champ de bataille.

La mémoire coloniale : L’Étranger de Camus, toujours controversé, incarne ce malaise. Pour les uns, il est un monument de la littérature universelle ; pour les autres, un symbole de l’arrogance française. Le film d’Ozon, en adaptant le roman, ravive ces tensions : l’Algérie peut-elle s’approprier Camus sans trahir son histoire ?
La mémoire précoloniale : Les oasis, présentées comme des modèles de durabilité, sont aussi des vestiges d’un monde antérieur à la colonisation – et à l’État-nation moderne. Leur typologisation par les chercheurs algériens est une manière de réaffirmer une souveraineté culturelle, face à un Occident qui a longtemps nié l’histoire du Maghreb.

Cette quête identitaire est d’autant plus cruciale que l’Algérie, en pleine crise économique, cherche des repères. Mais comme pour les infrastructures, la mémoire est un outil de légitimation : le régime célèbre les héros de la guerre d’indépendance, mais réprime ceux qui en réclament l’héritage démocratique.

**LE MAROC COMME MIROIR DÉFORMANT : GÉOPOLITIQUE DE LA DIVISION**

Les relations Algérie-Maroc sont un théâtre d’ombres où se jouent les rivalités régionales. Trois éléments clés :

1. Le gazoduc GME : L’Espagne, sous influence américaine, pousse à sa réouverture via le Maroc – une provocation pour Alger, qui a fermé le robinet en 2021. Ce dossier illustre la dépendance de l’Algérie aux équilibres géopolitiques : elle veut vendre son gaz, mais refuse de le faire transiter par son ennemi juré.
2. Le rapprochement USA-Algérie : Landau à Alger, c’est l’Oncle Sam qui tend la main à un régime qu’il a longtemps ignoré. Pourquoi ? Parce que l’Algérie, avec ses réserves de gaz et son positionnement anti-islamiste, est un partenaire utile face à la Chine et à la Russie. Mais ce rapprochement a un prix : l’Algérie doit modérer ses critiques contre Israël et l’Occident.
3. Le silence sur Maduro : Tebboune, allié historique du Venezuela, n’a pas bronché après la chute de Maduro. Preuve que l’anti-impérialisme algérien a des limites : quand les intérêts économiques sont en jeu, la realpolitik prime.

Le Maroc, lui, avance. Ses échanges avec l’Espagne battent des records, et son gazoduc vers l’Europe (via le Nigeria) menace la position algérienne. L’Algérie, coincée entre sa rhétorique souverainiste et ses besoins en devises, est en train de perdre la bataille du soft power maghrébin.

**SYNTHÈSE PROSPECTIVE : L’ALGÉRIE À L’HEURE DES CHOIX RADICAUX**

L’Algérie se trouve à un carrefour existentiel. Trois scénarios se dessinent :

**1. Le scénario "statu quo autoritaire" (le plus probable)**

**2. Le scénario "révolution passive" (le plus dangereux)**

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