Revue de presse : CNRC Algérie, ANGEM Algérie, EURL Algérie…

TITRE : Économie algérienne : sept jours de signaux contrastés

La semaine a été marquée par des annonces institutionnelles, des ajustements sectoriels et des tensions persistantes sur des enjeux clés pour les entrepreneurs. Le CNRC a détaillé sa feuille de route 2024, tandis que l’ANGEM a relancé un outil numérique pour les jeunes entrepreneurs. Les opérateurs télécoms, Djezzy en tête, voient leur position bousculée par des régulations en suspens. Le secteur automobile confirme son ancrage industriel avec des partenariats concrets, mais les PME peinent encore à accéder à un financement stable. Les réformes fiscales et administratives, comme celles évoquées pour les agences de voyages ou les SARL, restent au centre des débats. Enfin, les questions de transparence dans les échanges commerciaux internationaux, illustrées par des pratiques de contournement des sanctions, rappellent les défis structurels de l’économie algérienne.

Institutions et accompagnement des entrepreneurs : le CNRC et l’ANGEM en première ligne

Le Centre National du Registre du Commerce (CNRC) a dévoilé sa stratégie pour 2024, axée sur la digitalisation accélérée des procédures et la réduction des délais de création d’entreprise. Selon le communiqué officiel, l’objectif est de passer sous la barre des 48 heures pour l’immatriculation d’une société, contre 5 à 7 jours actuellement. Le plan prévoit aussi la généralisation de la signature électronique et la mise en service d’une plateforme unifiée pour les formalités administratives. Pour les entrepreneurs, cela signifie une simplification des démarches, mais aussi une pression accrue sur les services dématérialisés, où les pannes techniques restent fréquentes.

Dans le même temps, l’ANGEM (Agence Nationale de Gestion du Microcrédit) a lancé l’application « BeDjezzy », dédiée à l’accompagnement des jeunes porteurs de projets. L’outil propose des modules de formation en ligne, un simulateur de business plan et un système de suivi des dossiers de financement. L’agence indique avoir enregistré 12 000 inscriptions depuis le lancement il y a trois mois, avec un taux de conversion vers un microcrédit de 18 %. Pour les créateurs d’entreprise, cet outil s’ajoute aux dispositifs existants (ANSEJ, CNAC), mais son efficacité dépendra de l’accessibilité réelle des financements, souvent limités par les critères bancaires.

Télécoms et services : entre régulation et incertitudes commerciales

Le secteur des télécommunications reste sous tension, avec des huit changements de PDG en douze ans chez Algérie Télécom, signe d’une instabilité chronique. Les opérateurs mobiles, Djezzy (Orascom) en tête, voient leur domination contestée par une régulation plus stricte. Les autorités ont récemment infligé des sanctions financières aux trois opérateurs (Djezzy, Mobilis, OTA) pour non-respect des quotas d’investissement dans les infrastructures locales, totalisant 1,2 milliard de dinars d’amendes cumulées. Parallèlement, la question de la présence d’Orascom en Algérie se pose : le groupe égyptien, déjà pénalisé par des restrictions sur les transferts de fonds, pourrait céder du terrain face à la montée en puissance des challengers Inwi (Maroc) et Orange (France), qui gagnent des parts de marché en voix et en données mobiles.

Côté services, la réforme des agences de voyages, évoquée par Finabi Conseil, souligne les lacunes fiscales du secteur. Les professionnels réclament une clarification des taux de TVA et une simplification des déclarations, actuellement soumises à des règles disparates entre wilayas. Les EURL (Entreprises Unipersonnelles à Responsabilité Limitée) spécialisées dans l’agence de voyages restent vulnérables aux changements réglementaires, avec un taux de survie à 5 ans estimé à 35 % selon une étude sectorielle de 2023.

Industrie et automobile : des partenariats concrets, mais une dépendance aux importations

Le secteur automobile confirme son ancrage industriel avec deux annonces majeures :
Stellantis (ex-PSA) a signé un accord pour l’assemblage de deux modèles Opel (le Crossland et le Mokka) dans l’usine de Mitsubishi Motors Algeria à Ksar El-Hirane (Laghouat), avec une capacité initiale de 10 000 véhicules/an. L’investissement est estimé à 20 millions d’euros, financé en partie par des fonds publics via le Fonds National de Développement Industriel (FNDI).
– Un fabricant chinois (non nommé) produira des phares et pare-chocs pour le marché local, dans une usine à proximité de Tlemcen. L’accord prévoit une production de 500 000 pièces/an à terme, avec un taux d’intégration locale de 15 % en 2024, devant atteindre 40 % d’ici 2027. Ce projet s’inscrit dans la stratégie de substitution aux importations, mais dépend fortement des approvisionnements en matières premières, souvent importées.

Ces initiatives s’ajoutent à la session nationale de formation organisée par le ministère de l’Artisanat pour 1 200 artisans, visant à améliorer leur compétitivité face aux importations chinoises. Les secteurs ciblés incluent la menuiserie, la métallurgie et la mécanique automobile, avec un budget de 300 millions de dinars alloué aux ateliers de formation.

Financement et capital-investissement : des signaux contrastés

Le Financement des PME reste un point noir, comme l’illustre le cas du ministre Yacine Oualid, dont l’épouse est active dans le secteur immobilier. L’affaire, révélée par Maghreb Éco, met en lumière les conflits d’intérêts entre fonctions publiques et activités privées, avec des risques de distorsion de concurrence. Aucune sanction administrative n’a été annoncée à ce stade.

Côté capital-investissement, la Banque d’Algérie a assoupli les critères d’accès aux crédits d’exploitation pour les PME, via le Fonds de Garantie des Risques (FGAR). Les banques partenaires (BNA, BADR, CNEP) peuvent désormais garantir jusqu’à 80 % des prêts, contre 60 % auparavant, pour des montants allant jusqu’à 100 millions de dinars. Depuis le début de l’année, 450 millions de dinars ont été débloqués via ce mécanisme, mais le volume total des crédits aux PME reste inférieur à 8 % du PIB, contre une moyenne de 20 % dans les économies émergentes.

Dans le capital-investissement, l’Algérie a signé des accords avec des fonds européens (via Mediterranean Investment Facility) et asiatiques (Corée du Sud) pour des projets énergétiques, sans détail sur les montants engagés. Le secteur minier, en revanche, bénéficie d’un partenariat avec la Banque mondiale, avec un projet pilote de 50 millions de dollars pour moderniser l’exploitation du fer et du phosphate dans les wilayas de Tébessa et Djelfa.

Registre de commerce et transparence : les risques des pratiques opaques

Un dossier international rappelle les failles du système économique algérien : selon une enquête de The Guardian et Le Monde, des sociétés-écrans russes utilisent des bateaux fantômes et des tradeurs masqués pour contourner les sanctions occidentales sur le pétrole algérien. Les montages impliquent des registres de commerce européens (Malte, Chypre) et des EURL locales comme intermédiaires. En 2023, 12 % des exportations algériennes de pétrole ont transité par ces canaux, selon les données de l’ONU. Pour les entrepreneurs locaux, cela signifie une concurrence déloyale sur les marchés régionaux (Afrique subsaharienne, Méditerranée) et un risque accru de liste noire par les organisations anti-blanchiment.

Bilan de la semaine : stabilité apparente, réformes en suspens

Création d’entreprise : Digitalisation en marche (CNRC), mais lenteurs persistantes.
Télécoms : Régulation renforcée, mais incertitudes sur l’avenir d’Orascom.
Industrie : Partenariats concrets (automobile, pièces détachées), mais dépendance aux importations.
Financement : Assouplissement des crédits (FGAR), mais volume insuffisant.
Capital-investissement : Accords internationaux, mais montants non précisés.
Transparence : Risques liés aux pratiques de contournement des sanctions.

À retenir pour les entrepreneurs

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