Semaine du 10 au 16 juin 2024
Trois dynamiques dominent l’actualité économique algérienne : l’ouverture progressive du cadre juridique pour les entrepreneurs et investisseurs étrangers, l’accent mis sur l’export hors-hydrocarbures, et les ajustements réglementaires ciblant les micro-entreprises et les statuts juridiques. Les annonces concernent à la fois les acteurs locaux, les émigrés et les partenaires internationaux.
Export et diversification : l’État mise sur les filières stratégiques
– Engrais : L’Algérie a exporté 245 000 tonnes d’urée vers l’Inde entre janvier et mars 2024, selon les données du ministère de l’Industrie. Le groupe Asmidal, principal producteur, vise une capacité annuelle de 3 millions de tonnes d’ici 2025. Les prix de l’urée sur le marché international oscillent entre 300 et 350 USD/tonne, avec une demande stable en Asie et en Afrique.
– Agroalimentaire : L’École supérieure des sciences de l’alimentation et des industries agroalimentaires (Essaia) a été lancée pour former des cadres du secteur. Objectif : renforcer la compétitivité des entreprises locales face à la demande africaine. Le marché africain des produits transformés représente 120 milliards USD en 2024, avec une croissance annuelle de 6 %.
– Transport maritime : La Compagnie nationale algérienne de navigation (CNAN El Djazair) cible l’Afrique de l’Ouest pour ses exportations. Le groupe dispose de 12 navires et prévoit d’acquérir 3 nouveaux porte-conteneurs d’ici 2026. Le fret maritime vers l’Afrique de l’Ouest coûte en moyenne 1 500 à 2 000 USD/conteneur, contre 2 500 USD pour l’Europe.
Ces initiatives s’inscrivent dans la stratégie gouvernementale de doubler les exportations hors-hydrocarbures d’ici 2027, actuellement estimées à 7 milliards USD/an.
Cadre juridique : assouplissements et clarifications
– EURL : La loi de finances complémentaire 2024 confirme qu’une EURL ne sera pas dissoute automatiquement en cas de décès de l’associé unique. Les héritiers pourront reprendre l’activité sans liquidation, sous réserve d’un accord familial. Cette mesure vise à sécuriser les 45 000 EURL enregistrées en Algérie, dont 60 % sont détenues par des entrepreneurs individuels.
– Micro-entreprises : Les auto-entrepreneurs bénéficient désormais du règlement intégral en devises pour les exportations de services. Auparavant, seuls 70 % des recettes en devises étaient convertibles en dinars. Cette mesure concerne 12 000 freelancers enregistrés, principalement dans les secteurs du numérique et du conseil.
– Freelancers : La Banque d’Algérie a émis une circulaire en mai 2024 imposant aux banques de vérifier l’origine des fonds pour les virements reçus de l’étranger. Les freelancers dénoncent des délais de traitement de 15 à 30 jours, contre 2 à 5 jours avant la circulaire. Le marché du freelancing en Algérie est estimé à 300 millions USD/an, avec une croissance de 20 % depuis 2020.
– CNRC : Le Centre national du registre du commerce (CNRC) a présenté son plan 2024, axé sur la digitalisation des procédures. Objectif : réduire les délais d’immatriculation de 15 à 5 jours pour les entreprises locales et de 30 à 10 jours pour les investisseurs étrangers. Le CNRC gère 1,2 million d’entreprises actives, dont 80 % sont des micro-entreprises.
Investissements étrangers : ouverture contrôlée
– Transferts de fonds : Les Algériens de l’étranger pourront transférer officiellement leurs économies vers l’étranger, selon une annonce du ministère des Finances. Les modalités restent floues, mais le plafond devrait être aligné sur celui des investisseurs étrangers, soit 100 % des bénéfices réinvestis et 50 % des bénéfices non réinvestis. En 2023, les transferts informels étaient estimés à 2 milliards USD.
– IDE : Le marché algérien a attiré 1,5 milliard USD d’IDE en 2023, en hausse de 12 % par rapport à 2022. Les secteurs prioritaires sont les énergies renouvelables (30 % des IDE), l’agroalimentaire (25 %) et les infrastructures (20 %). La Chine et la Turquie concentrent 60 % des investissements.
– Partenariats : La Chambre de commerce Suisse-Algérie a discuté avec le Premier ministre de l’augmentation des échanges bilatéraux, actuellement à 1,2 milliard USD/an. La Suisse est le 3e partenaire européen de l’Algérie, derrière la France et l’Italie.
Formation et accompagnement : cibler les artisans et les startups
– Artisans : Une session nationale a formé 1 200 artisans aux techniques de gestion et d’export. Le secteur artisanal représente 2 % du PIB algérien et emploie 500 000 personnes. Les exportations d’artisanat (tapis, poterie, bijoux) ont atteint 80 millions USD en 2023.
– Startups : 60 startups algériennes ont participé à une mission en Chine et en Corée du Sud pour explorer des partenariats. Les secteurs concernés sont les fintechs (40 %), l’agritech (30 %) et les énergies renouvelables (20 %). L’Algérie compte 300 startups enregistrées, avec un financement moyen de 50 000 USD par projet.
– Industrie : Sinotruk a renforcé son partenariat avec l’usine Tirsam de Batna pour la production de camions lourds. L’objectif est d’atteindre une capacité de 5 000 véhicules/an d’ici 2026, contre 2 000 actuellement. Le marché local des poids lourds est estimé à 10 000 unités/an.
Régulation sectorielle : télécoms et comptabilité sous surveillance
– Télécoms : L’Autorité de régulation de la poste et des communications électroniques (ARPCE) a sanctionné les trois opérateurs mobiles (Djezzy, Mobilis, Ooredoo) pour non-respect des obligations de qualité de service. Les amendes s’élèvent à 500 millions DZD (3,7 millions USD) pour Djezzy, 300 millions DZD pour Mobilis et 200 millions DZD pour Ooredoo. Le marché des télécoms pèse 2,5 milliards USD/an, avec 55 millions d’abonnés (taux de pénétration de 120 %).
– Comptabilité : L’Ordre national des experts-comptables (ONEC) a rejoint la Fédération internationale des comptables (IFAC). Cette adhésion permettra aux 3 500 experts-comptables algériens de se former aux normes internationales (IFRS). Le secteur de l’audit en Algérie génère 150 millions USD/an de revenus.
Bilan de la semaine
À retenir pour les entrepreneurs
Les exportateurs de services et de produits transformés bénéficient de nouvelles facilités de change, mais les délais bancaires restent un obstacle. Les EURL sont désormais protégées en cas de succession, un avantage pour les entrepreneurs individuels. Les IDE en Algérie se concentrent sur trois secteurs : énergies renouvelables, agroalimentaire et infrastructures.
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