L’université Abou Bekr Belkaïd de Tlemcen vient de lancer officiellement la formation doctorale pour l’année universitaire 2024/2025, une initiative qui marque un tournant dans la politique nationale de recherche et de formation supérieure. Selon les responsables de l’établissement, cette mesure s’inscrit dans le cadre du plan quinquennal du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, visant à renforcer les capacités de recherche en Algérie et à aligner les universités sur les standards internationaux. Cette annonce intervient alors que le pays cherche à réduire sa dépendance aux compétences étrangères et à favoriser l’émergence d’une économie basée sur la connaissance.
Un investissement dans les compétences locales
La formation doctorale à Tlemcen cible plusieurs domaines prioritaires identifiés par le ministère, dont l’ingénierie, les sciences exactes, les sciences humaines et sociales, ainsi que les technologies de l’information. Selon le recteur de l’université, Dr. Mohamed Tahar Bouziane, cette formation permettra de former 120 doctorants dans sa première phase, avec un budget alloué de 500 millions de dinars pour l’acquisition d’équipements et la mobilisation de 30 enseignants chercheurs de haut niveau. « L’objectif est clair : produire des thèses de qualité qui répondent aux besoins du marché national et international », a-t-il déclaré à l’APS.
Cette initiative s’ajoute à d’autres mesures récentes, comme le programme de bourses pour les doctorants algériens à l’étranger, qui a permis à plus de 500 étudiants de poursuivre leurs études dans des universités européennes et nord-américaines depuis 2023. D’après le ministère, ces boursiers reviennent souvent avec des compétences recherchées par les entreprises locales, notamment dans les secteurs des énergies renouvelables et de la digitalisation.
Un levier pour l’entrepreneuriat et l’innovation
Pour les entrepreneurs algériens, cette relance de la formation doctorale représente une opportunité majeure. En effet, les docteurs formés localement peuvent devenir des acteurs clés dans l’écosystème d’innovation, en créant des startups ou en rejoignant des incubateurs universitaires. Le gouvernement a d’ailleurs annoncé récemment un fonds de 1 milliard de dinars dédié à la valorisation des recherches doctorales, avec des subventions allant jusqu’à 10 millions de dinars par projet.
L’université de Tlemcen, connue pour ses laboratoires en biotechnologie et en énergies renouvelables, pourrait ainsi jouer un rôle central dans ce dispositif. Des partenariats avec des entreprises comme Sonatrach ou des groupes privés comme Cevital sont déjà en discussion pour financer des projets de recherche appliquée. « Les docteurs pourront travailler sur des problématiques concrètes, comme l’optimisation des procédés industriels ou le développement de solutions agricoles intelligentes », explique un membre du cabinet du ministre de l’Enseignement supérieur.
Un appel à la diaspora scientifique
Cette relance intervient également à un moment où l’Algérie tente de rapatrier ses compétences expatriées. Dr. Bouache Mourad, expert en intelligence artificielle basé dans la Silicon Valley, a récemment appelé à la mobilisation des chercheurs algériens de la diaspora pour contribuer au développement scientifique du pays. « Nous devons créer un écosystème où les docteurs locaux et ceux de l’étranger peuvent collaborer », a-t-il souligné lors d’une conférence à Alger en 2022.
Le ministère a répondu en lançant un programme de retour appelé « Algérie, Terre de Talents », offrant aux chercheurs expatriés des contrats attractifs et des moyens pour monter leurs propres laboratoires. À Tlemcen, plusieurs doctorants en informatique, formés à l’étranger, ont déjà été recrutés pour encadrer les nouveaux doctorants et lancer des projets communs avec des startups locales.
Un défi organisationnel et sécuritaire
Malgré ces avancées, des défis persistent. L’université de Bouira a récemment connu des tensions liées à l’insécurité sur son campus, un problème qui inquiète aussi les étudiants de Tlemcen. Selon les syndicats universitaires, la sécurité reste un point faible dans de nombreuses universités, malgré les promesses des autorités de renforcer les dispositifs de surveillance. « Sans un environnement sain, aucune formation ne peut être menée à bien », a réagi le syndicat national des enseignants du supérieur (SNEPS).
Par ailleurs, le coût élevé des équipements de recherche et la lenteur des procédures administratives freinent parfois la mise en œuvre des projets. Le recteur Bouziane a admis que « l’administration reste un frein majeur », citant des retards dans le déblocage des fonds alloués aux laboratoires.
Un modèle à suivre pour les autres universités
L’expérience de Tlemcen pourrait servir de modèle aux autres universités algériennes. Le ministre de l’Enseignement supérieur, Kamel Baddari, a d’ailleurs annoncé un plan de généralisation de ce programme à toutes les wilayas d’ici 2026, avec un budget global de 2 milliards de dinars. « Chaque université devra avoir son école doctorale et ses axes de recherche prioritaires », a-t-il précisé lors d’un déplacement à Oran la semaine dernière.
Pour les entrepreneurs, cette dynamique ouvre des perspectives inédites. Les startups innovantes pourront désormais s’appuyer sur des doctorants pour développer des solutions technologiques ou scientifiques, tout en bénéficiant de financements publics. Les incubateurs universitaires, comme celui de l’université de Bab Ezzouar, préparent déjà des collaborations avec des entreprises privées pour commercialiser les résultats de recherche.
À retenir pour les entrepreneurs
Le lancement de la formation doctorale à Tlemcen offre un vivier de compétences hautement qualifiées, avec 120 postes disponibles dès cette année. Les startups locales pourront accéder à des subventions de 10 millions de dinars pour financer des projets de recherche appliquée. La mobilisation de la diaspora scientifique et les partenariats public-privé sont désormais des leviers concrets pour accélérer l’innovation en Algérie.
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