Les tensions persistantes entre l’Algérie et le Maroc, notamment sur la question du Sahara occidental, n’empêchent pas Rabat de puiser dans les ressources humaines étrangères pour stabiliser son système de santé. Selon Medias24, le ministre marocain de la Santé, Khalid Ait Taleb, a récemment annoncé le recrutement de médecins étrangers, notamment égyptiens, pour répondre aux besoins criants des hôpitaux publics. Cette initiative interviewe alors que le Maroc fait face à une pénurie de personnel soignant, aggravée par les départs vers des pays du Golfe ou vers l’étranger.
Le recrutement de 300 médecins égyptiens en mars 2021 marque un tournant dans la politique de santé marocaine. Ces professionnels rejoignent des hôpitaux dans des régions sous-dotées, comme Casablanca, Marrakech ou Agadir. Le ministre Khalid Ait Taleb a justifié cette décision par la nécessité de garantir l’accès aux soins pour tous, un objectif affiché dans la stratégie nationale de santé. Cette mesure s’inscrit dans un plan plus large de réforme du système hospitalier, incluant la construction de nouveaux centres et l’amélioration des conditions de travail du personnel local.
Pour l’Algérie, cette stratégie marocaine soulève une question centrale : son propre système de santé peut-il tirer parti des compétences étrangères sans reproduire les mêmes erreurs ? Le pays compte environ 2,5 médecins pour 1 000 habitants, un ratio inférieur à la moyenne régionale. Pourtant, malgré des efforts récents pour former davantage de médecins, les départs massifs vers l’étranger persistent. Selon des chiffres du ministère de la Santé algérien, près de 1 200 médecins ont quitté le pays entre 2018 et 2020, principalement vers la France, le Canada et les pays du Golfe.
La fuite des cerveaux médicaux coûte cher à l’Algérie. Chaque médecin parti représente un investissement public perdu, estimé à plusieurs centaines de milliers de dollars en formation. Pourtant, le pays pourrait, comme le Maroc, recourir à des médecins étrangers pour combler les lacunes. L’Égypte, par exemple, dispose d’un surplus de médecins, formés en masse depuis les années 1980, et pourrait être un partenaire naturel. Une coopération dans ce domaine permettrait à l’Algérie de réduire les délais d’attente dans les hôpitaux publics, souvent de plusieurs mois pour des spécialités comme la cardiologie ou la pédiatrie.
Cependant, cette approche comporte des risques. Le Maroc a été critiqué pour les conditions de travail imposées à ses nouveaux médecins égyptiens, certains dénonçant des salaires inférieurs à ceux des locaux et des contrats précaires. Pour l’Algérie, qui tente de fidéliser ses propres médecins, une telle politique pourrait aggraver les tensions internes. Le Syndicat national des praticiens hospitaliers (SNPH) a déjà alerté sur les risques de démotivation du personnel local si des médecins étrangers sont perçus comme mieux traités.
Un autre enjeu est la régulation des flux migratoires de médecins. L’Algérie pourrait s’inspirer des modèles tunisiens ou marocains, qui imposent des clauses de retour pour les médecins bénéficiant de formations financées par l’État. Une telle mesure, combinée à des incitations salariales, pourrait limiter l’hémorragie des compétences. Mais cela nécessiterait une volonté politique forte, alors que les réformes du secteur restent lentes.
La diaspora algérienne, forte de plusieurs centaines de milliers de professionnels de santé installés à l’étranger, pourrait aussi jouer un rôle. Des programmes de retour temporaire, comme ceux mis en place par le Maroc avec des médecins expatriés, pourraient être envisagés. Ces initiatives permettraient de bénéficier de l’expertise des Algériens de l’étranger sans les contraindre à un retour définitif.
Sur le plan économique, une telle stratégie aurait un impact direct sur les entrepreneurs du secteur médical. Les cliniques privées, qui emploient déjà une part importante des médecins formés en Algérie, pourraient voir leur activité renforcée si l’offre de soins publics s’améliorait. Les investissements dans les équipements hospitaliers, comme les scanners ou les IRM, pourraient aussi augmenter, créant des opportunités pour les entreprises locales spécialisées dans la santé.
Enfin, cette question dépasse le cadre de la santé. Elle touche à la souveraineté des États sur leurs ressources humaines. L’Algérie, qui mise sur une économie diversifiée, doit éviter de perdre ses talents tout en trouvant des solutions pour les retenir. Le modèle marocain montre qu’il est possible de combler les lacunes à court terme, mais la véritable solution réside dans une politique globale de valorisation des compétences locales.
À retenir pour les entrepreneurs :
Le Maroc a recruté 300 médecins égyptiens en 2021 pour renforcer son système de santé public. L’Algérie pourrait explorer des partenariats similaires, mais doit veiller à équilibrer les conditions de travail pour éviter les tensions avec les médecins locaux. Les cliniques privées algériennes pourraient profiter d’un meilleur accès aux soins publics pour développer leur activité.
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