Algérie : fiscalité, freelance et investissements en ligne

La semaine a été marquée par des annonces fiscales ciblées, des projets de loi sur le numérique et des initiatives financières pour les startups. Les groupes industriels affichent des résultats contrastés, tandis que les dispositifs pour les entrepreneurs et la diaspora s’étoffent. Les PME explorent de nouvelles solutions de financement, et l’e-commerce se structure avec un cadre juridique renforcé.

Fiscalité et résultats d’entreprises : disparités et records

Le groupe Air Algérie a enregistré un bénéfice net de 227 millions de DA en 2023, selon son rapport annuel. Malgré cette performance, ses dettes s’élèvent à 600 milliards de DA, selon des sources internes. En parallèle, le groupe GBH (agroalimentaire) justifie un bénéfice de 227 millions de DA en 2023 par une hausse de 15 % de son chiffre d’affaires, porté par les exportations vers l’Afrique subsaharienne.

Côté fiscalité, l’administration fiscale a clarifié la grille des taux de l’Impôt sur les Bénéfices des Sociétés (IBS), qui varient entre 19 % et 26 % selon les secteurs. Les services numériques (freelance, SaaS) sont soumis au taux standard de 26 %, tandis que certains secteurs industriels bénéficient d’exonérations partielles. Cette mesure s’inscrit dans une volonté de différenciation sectorielle, sans préciser les critères d’éligibilité.

Impact pour les entrepreneurs : Les entreprises exportatrices (agroalimentaire, BTP) maintiennent une pression fiscale réduite, mais les freelances et startups tech subissent le taux plein. Les startups en incubation pourraient négocier des régimes spécifiques sous conditions.

Freelance et création d’entreprise : opportunités ciblées

Le ministère de l’Industrie et des Mines a publié une liste de 32 idées d’entreprises rentables d’ici 2026, incluant :
– La maintenance de drones pour l’agriculture (marché estimé à 50 millions de DA/an en Algérie).
– Les services de cybersécurité pour les PME locales.
– Les plateformes de e-learning spécialisées (coaching professionnel, formations techniques).

Ces propositions s’appuient sur des études sectorielles, mais aucune subvention directe n’est associée. Les freelances en développement web et design graphique restent les plus dynamiques, avec une demande en hausse de 20 % depuis 2022, selon les données de l’ANGEM.

Données clés :
– Nombre de freelances déclarés : 45 000 (2024).
– Secteurs porteurs : numérique (38 %), services aux entreprises (25 %), commerce en ligne (18 %).

E-commerce : cadre juridique en construction

Un projet de loi sur les services de confiance pour les transactions électroniques a été présenté en Conseil des ministres. Il encadre :
– La certification des plateformes e-commerce (obligatoire pour les sites réalisant plus de 50 millions de DA de CA annuel).
– Les obligations de transparence sur les frais de livraison et les délais.
– La reconnaissance légale des signatures électroniques pour les contrats commerciaux.

Parallèlement, la criminalisation automatique des chèques sans provision est supprimée pour les particuliers, mais maintenue pour les entreprises. Cette mesure vise à fluidifier les paiements, avec un impact attendu sur les transactions en ligne.

Chiffres :
– Volume des ventes e-commerce en Algérie : 120 milliards de DA en 2023 (source : Banque d’Algérie).
– Taux de fraude aux paiements en ligne : 3,2 % (contre 4,1 % en 2022).

Capital investissement et startups : ouverture et limites

Emmanuel Macron a annoncé un projet d’incubateur de startups algéro-français à Alger, avec un fonds d’amorçage de 50 millions d’euros. L’objectif est de soutenir 200 startups tech d’ici 2027, avec un focus sur l’intelligence artificielle et la fintech. Les critères de sélection privilégieront les projets avec un potentiel d’exportation vers l’Europe.

Côté algérien, le catalogue des startups locales a été présenté lors d’un forum à Alger, mettant en avant :
– 150 startups actives en 2024 (contre 80 en 2020).
– Secteurs dominants : agroalimentaire (22 %), énergie renouvelable (18 %), santé numérique (15 %).
– Montant total levé par les startups : 8 milliards de DA depuis 2020.

Risques identifiés :
– Dépendance aux subventions publiques (60 % des fonds levés).
– Faible maturité des modèles économiques (30 % des startups ne génèrent pas de revenus récurrents).

Registre de commerce : simplification et nouveaux secteurs

Le registre de commerce ambulant a enregistré 15 000 inscriptions depuis son lancement en 2023, principalement dans les wilayas d’Alger, Oran et Constantine. Les secteurs concernés :
– Vente de produits frais (40 %).
– Réparation de smartphones (25 %).
– Services de coiffure et esthétique (15 %).

Par ailleurs, TIRSAM (filiale de l’ETRHB) a lancé la commercialisation de camions « Made in Algeria » à partir de 390 millions de centimes (3,9 millions de DA), avec des commandes fermes de 200 unités pour 2024. Ce projet s’inscrit dans le cadre du plan de relance du secteur automobile, qui vise une production locale de 120 000 véhicules/an d’ici 2026.

Nouveauté réglementaire :
– Les médicaments à usage humain voient leur processus d’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) simplifié pour les génériques, avec un délai réduit à 6 mois (contre 12 auparavant).

Diaspora entrepreneuriale : appel aux compétences et financements

Lors d’une conférence à Charleroi (Belgique), des entrepreneurs de la diaspora ont souligné les freins à l’investissement en Algérie :
– Complexité administrative (20 % des projets abandonnés en phase de création).
– Manque de garanties bancaires pour les projets innovants.
– Difficultés à rapatrier les dividendes (délais moyens : 6 à 9 mois).

Le programme MEET Africa 2, doté de 10 millions d’euros, vise à financer 50 projets portés par des repats (retournés en Algérie) d’ici 2025. Les secteurs prioritaires :
– Agroalimentaire (30 % des dossiers).
– Énergies renouvelables (25 %).
– Tourisme durable (15 %).

Données :
– Nombre de repats entrepreneurs : 3 200 (2023).
– Taux de survie des entreprises créées par la diaspora : 65 % (contre 45 % pour les nationaux).

ANADE et coopération économique : relations sous tension

La visite de Giorgia Meloni en Algérie a abouti à des accords dans les secteurs de l’énergie et des infrastructures, mais le Maroc a signé 12 protocoles avec le Mali et le Niger, renforçant son influence dans le Sahel. En réponse, l’Algérie mise sur des partenariats avec l’Italie pour contourner l’isolement régional, notamment via des projets transsahariens (gazoduc Nigeria-Algérie-Europe).

Côté défense, l’acquisition de 3 AWACS (avions radar) par l’Algérie, pour un montant estimé à 500 millions de dollars, s’inscrit dans une stratégie de modernisation de ses capacités de surveillance aérienne.

Financement des PME : alternatives au crédit bancaire

Les PME algériennes recourent de plus en plus à :
– Le crédit-bail : +18 % de contrats signés en 2023 (montant moyen : 50 millions de DA).
– L’affacturage : 12 milliards de DA de créances cédées en 2023 (contre 8 milliards en 2022).
– Le marché financier : 5 émissions obligataires publiques levées en 2023 (total : 30 milliards de DA).

Ces instruments permettent d’éviter l’endettement bancaire traditionnel, avec des taux d’intérêt variables entre 8 % (crédit-bail) et 12 % (affacturage).

SARL et réglementation : évolutions sectorielles

La circulaire de la DGI sur la retenue à la source en matière de TVA précise :
– Taux standard : 7 % pour les biens, 10 % pour les services.
– Exonérations : produits de première nécessité (alimentation, médicaments).
– Modalités : paiement trimestriel pour les SARL avec un CA < 100 millions de DA.

Dans le BTP, la fiche de paie 2026 intègre :
– Un salaire minimum ouvrier à 45 000 DA (contre 30 000 DA en 2023).
– Une majoration de 20 % pour les heures supplémentaires nocturnes.

ANGEM : infrastructures et bilan industriel

Le projet de train Casablanca-Alger-Tunis (4 milliards de dollars) bute sur l’absence de connexion ferroviaire entre l’Algérie et le Maroc, en raison de la fermeture de la frontière depuis 1994. Sans accord bilatéral, le tronçon algéro-tunisien pourrait être construit en priorité.

Côté automobile, le bilan des voitures « made in Algeria » est critiqué :
– Production réelle : 45 000 véhicules en 2023 (objectif : 120 000).
– Taux d’intégration locale : 35 % (contre 60 % prévu).
– Dépendance aux pièces importées : 50 % du coût de production.

Bilan de la semaine

Faits marquants :
1. Clarification des taux d’IBS, avec des disparités sectorielles.
2. Publication d’une liste de 32 idées d’entreprises pour 2026, ciblant le numérique et les services.
3. Avancée législative sur l’e-commerce (certification des plateformes, fin de la criminalisation automatique des chèques sans provision).
4. Annonce d’un incubateur franco-algérien et d’un fonds de 50 millions d’euros pour les startups.
5. 15 000 inscriptions au registre de commerce ambulant depuis 2023.
6. Lancement de camions locaux par TIRSAM (3,9 millions de DA l’unité).
7. 10 millions d’euros alloués aux repats entrepreneurs via MEET Africa 2.
8. Accords italo-algériens en énergie, malgré l’isolement régional de l’Algérie.
9. Hausse de 18 % des contrats de crédit-bail en 2023.
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