Algériens face à la sécheresse des barrages

Récemment, l’Algérie a enregistré une baisse historique du taux de remplissage de ses barrages, une situation qui alerte les pouvoirs publics et les acteurs économiques. Selon les dernières données officielles, la capacité des retenues d’eau a chuté à des niveaux critiques, posant un défi immédiat pour l’agriculture, l’industrie et la consommation urbaine. Cette crise hydrique, aggravée par les changements climatiques, impose aux entrepreneurs et à la diaspora algérienne de repenser leurs modèles économiques autour de la résilience climatique.

Une sécheresse sans précédent touche les ressources en eau

En 2024, les barrages algériens ont atteint des niveaux alarmants. La Tunisie voisine, souvent citée comme référence régionale, a vu son taux de remplissage descendre à 21,7 %, un chiffre qui donne la mesure de l’ampleur du problème. En Algérie, les régions de l’Atlas tellien et du Sahara, où se concentrent les principaux réservoirs, subissent un stress hydrique accru. Les années de sécheresse répétées réduisent les apports en eau des oueds et des nappes phréatiques, tandis que les prélèvements pour l’agriculture et l’eau potable continuent de croître.

Les responsables du ministère des Ressources en eau ont confirmé cette tendance lors de récentes réunions interministérielles. L’absence de pluies significatives depuis 2022 a fragilisé les écosystèmes et mis sous pression les infrastructures de stockage. À titre d’exemple, le barrage de Beni Haroun, l’un des plus grands du pays avec une capacité de 960 millions de m³, n’a rempli qu’à 30 % de sa capacité en 2024, selon des sources proches du dossier.

L’agriculture en première ligne, les entrepreneurs sous pression

L’agriculture, qui consomme près de 70 % des ressources en eau du pays, est la première victime de cette crise. Les cultures irriguées, comme les céréales et les légumes, voient leurs rendements chuter, tandis que les éleveurs subissent des pertes importantes dans les zones steppiques. Les entrepreneurs agricoles, souvent des petits et moyens exploitants, doivent désormais adapter leurs pratiques pour survivre.

Certains ont déjà investi dans des systèmes d’irrigation localisée et des cultures résistantes à la sécheresse, comme l’olivier et les plantes aromatiques. D’autres se tournent vers l’agriculture hors-sol ou les serres hydroponiques, des solutions coûteuses mais nécessaires pour limiter les pertes. Les coopératives agricoles, soutenues par des programmes publics comme le Plan national de développement agricole (PNDA), tentent de mutualiser les ressources, mais les financements restent insuffisants face à l’ampleur des besoins.

Les industries, notamment celles des matériaux de construction et de la chimie, dépendent aussi fortement de l’eau. Des entreprises comme ETRHB Haddad ou LafargeHolcim Algérie ont dû revoir leurs processus de production pour réduire leur consommation, sous peine de sanctions ou de suspensions d’activité. Les entrepreneurs industriels, conscients de leur vulnérabilité, commencent à intégrer des critères de sobriété hydrique dans leurs stratégies d’investissement.

La diaspora algérienne, acteur clé de l’innovation climatique

La diaspora, forte de plus de deux millions de personnes à travers le monde, représente une opportunité majeure pour l’Algérie dans ce contexte. Beaucoup de membres de la communauté, souvent formés dans des secteurs innovants, pourraient contribuer à des solutions durables.

Des initiatives émergent déjà. En 2023, un groupe de diaspora basé en France a lancé un fonds d’investissement dédié aux énergies renouvelables et à l’efficacité hydrique, ciblant notamment les startups algériennes. D’autres entrepreneurs de la diaspora, spécialisés dans la gestion de l’eau ou l’agrotechnologie, collaborent avec des incubateurs locaux comme Startup Your Life ou Algeria Venture pour développer des projets pilotes.

Ces partenariats pourraient s’intensifier avec le soutien de l’État. Le ministère de l’Industrie et des Mines a récemment annoncé des incitations fiscales pour les investisseurs étrangers, y compris ceux issus de la diaspora, dans les secteurs de l’eau et des énergies vertes. Les entrepreneurs de la diaspora pourraient ainsi jouer un rôle pivot dans la modernisation des infrastructures hydriques, en apportant expertise et capitaux.

Un appel à l’action collective

Face à cette situation, les autorités multiplient les annonces pour rassurer. Le président Tebboune a souligné, lors d’un discours récent, l’urgence de « réinventer notre rapport à l’eau » et de « mobiliser toutes les ressources disponibles ». Des projets de dessalement d’eau de mer, comme celui de la wilaya d’El Tarf, sont accélérés, mais leur déploiement prendra encore plusieurs années.

Les entrepreneurs algériens, qu’ils soient installés en Algérie ou à l’étranger, sont appelés à anticiper cette transition. Les opportunités sont nombreuses : technologies de recyclage de l’eau, cultures alternatives, énergies renouvelables couplées à des systèmes de stockage, ou encore services de conseil en adaptation climatique. Les fonds publics, comme ceux gérés par la Banque algérienne de développement (BAD), sont désormais orientés vers des projets à forte valeur ajoutée environnementale.

Les défis sont immenses, mais les leviers d’action existent. Les entrepreneurs qui sauront intégrer ces enjeux dans leurs business models en tireront un avantage concurrentiel durable.

À retenir pour les entrepreneurs :
Les aides publiques pour l’efficacité hydrique et les énergies renouvelables sont renforcées depuis 2024. Les secteurs agricoles et industriels doivent prioriser les technologies sobres en eau. La diaspora algérienne est encouragée à investir dans des solutions innovantes, avec des incitations fiscales.

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